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Recherches philosophiques qui, inspirées par l'idée du neutre, vont au-delà du scepticisme vers une interprétation moderne et différentielle (historique et intemporelle) du devenir du principe de raison.

Biographie de Claude Stéphane PERRIN

Biographie de Claude Stéphane PERRIN


   

Claude Stéphane PERRIN est né en 1942 à Saint-Etienne (Loire).

 

 

Aquarelle d'Alain Colomb (2015). Déchargement d'une camionnette devant la petite usine de paillons. Au fond, à droite, la maison familiale, à gauche, celle de notre arrière grand-père Jean-Pierre Perrin.

Aquarelle d'Alain Colomb (2015). Déchargement d'une camionnette devant la petite usine de paillons. Au fond, à droite, la maison familiale, à gauche, celle de notre arrière grand-père Jean-Pierre Perrin.

   Ses parents étaient négociants à Usson-en-Forez (Loire).

"Mon existence n'est pas séparée des racines de l'enfance, même si elle a dû s'en éloigner. Maintenant, après beaucoup d'années de maturation, je peux aimer mon passé sans nostalgie à partir de la lumière de mes plus purs souvenirs.

Le village de mon enfance est sis sur une petite montagne du Massif central, à une altitude de neuf cents mètres : Usson-en-Forez (Loire). La lumière de ses ruelles rayonnait pour moi à partir de la maison familiale. Mais chaque point de vue était surtout coloré par tous ceux qui m'appor­taient de l'amour et des repères constants.

Du village, je me souviens de quelques lieux précis. Il m'est impossible d'oublier l'image lumineuse de la maison carrée de la famille qui abritait enfants, parents et grands-parents. Je revois avec précision les maisons avoisinantes (même détruites aujourd'hui) où habitaient oncles et tantes. J'ai l'impression de ne jamais avoir quitté l'église où j'avais été enfant de chœur, et où planent encore les images de tant de défunts.

Concernant ce village de quelques centaines d'âmes, ma mémoire est moins sensible à l'architec­ture austère de ses maisons en granit, recouvertes de tuiles, qu'à la chaleureuse et étrange présence de ses habitants. Je revois surtout des sourires, des colères, des gestes tendres…

Avec le recul des années, je ne sais pas vraiment si je me sentais complètement chez moi dans ce coin de montagne parfois peu hospitalier, notamment lors des froidures hivernales.

- Il a encore gelé à pierre fendre, s'écriait mon père, et il le disait parfois en patois…"

 

Claude Stéphane PERRIN a d'abord été, dès l'enfance, passionné par le cinéma. Il a écrit à ce sujet :

  Ma passion créatrice pour le cinéma est très an­cienne. Elle précède de dix ans mon amour de la philosophie. Pour­quoi cette passion pour des ima­ges animées ? Sans doute parce qu'elles créaient du lien, parce qu'elles renfor­çaient les relations familiales, comme c'était déjà le cas pour mon père, Jean Perrin, qui ai­mait filmer, dès 1945, avec une caméra Kodak (16mm), les événements impor­tants du village et de la famille (fiançailles, mariages, fêtes locales…). Parfois, quelques films loués en ville, bien que muets, agrémentaient nos soirées familiales. Je me souviens sur­tout des Charlot. Le spectacle de la séance était lui-même co­casse : le projecteur, posé sur un escabeau dans la cui­sine, animait un grand drap blanc, tendu avec soin contre un mur. Lorsque la séance devait durer tard dans la nuit, la soi­rée était écourtée pour les petits, c'est-à-dire pour mon frère ca­det Jean-Fran­çois et pour moi-même. Avec une grande amertume, j'écoutais alors, du fond de mon lit, le bruit du projecteur et quelques rires lointains. Cet intérêt pour les images ne m'a jamais quitté et il fonde encore souvent mon rapport aux autres, à la culture et à la vie. Dans ma jeunesse, sans télévision et sans Inter­net, l'ou­verture sur le monde passait par le cinémato­graphe, cette inven­tion récente, d'à peine cinquante ans… Il y avait d'ailleurs des cinémas locaux et parlants : celui de Madame Mantrand à Usson-en-Fo­rez (Loire), voire celui de Saint-Pal-de-Chalen­con, sis à cinq kilomètres de notre village. Nous y allions, serrés à l'avant d'une vieille camionnette Renault.

   En 1953, devenu pensionnaire de l'école de Valbenoite, à Saint-Étienne, j'ai eu la chance d'être initié, dès la classe de sixième, au "lan­gage" cinématographique. Le Frère Vallet, professeur de philo­sophie, animait le ciné-club. Puis, en quatrième, il nous fit étudier son livre sur les genres du ci­néma. Je me sou­viens tout particulièrement du magnifique Louisiana Story (1948) de Fla­herty. Ce documentaire m'inspira mon premier petit court métrage : Rêve d'enfant (1956). Puis, en classe de Seconde, en 1958, j'ai été très fortement marqué par le climat austère du film de Robert Bresson in­titulé Le Jour­nal d'un curé de campagne (1950). Le style de ce cinéaste influença d'ailleurs, peu de temps après, mon se­cond film d'amateur : Le Révolté (1958). Financé par mon père, et tourné avec sa caméra Kodak en 16 mm, j'avais alors été marqué par un fait divers, lu dans le jour­nal local : la mort d'un adolescent au cours d'un cambrio­lage. Le Ré­volté voulait être un film d'auteur, au même titre que s'il s'agissait d'un écrit littéraire. Pour cela, je donnais libre cours au style exalté qui corres­pondait à mon état psychique d'adolescent. Ma pulsion de mort, très forte à cette époque, était renforcée par une très probable mystique du sacri­fice. En tout cas, il m'était diffi­cile de maîtriser cette vio­lence autrement que par cette création. Peu à peu, au cours du montage, mon film qui durait d'abord trente minutes n'en fit plus que huit. Mon lyrisme et mon goût pour les belles images avaient alors cédé la place à une volonté de rigueur et de maîtrise de l'expression cinématographi­que. Tout désir de contemplation était ainsi transfiguré en action ; des plans très brefs s'enchaînant inexorablement. Les acteurs et actrices étaient mon frère, ma mère, mon père, mon grand-père, ma grand-mère, ma tante et une voisine. Cha­cun était ravi de parti­ciper, mais plutôt inquiet à propos du scé­nario. Mon autre grand-père, plus réservé, aurait préféré me faire travailler au jar­din. Aucune critique ne m'atteignait alors ; ma passion n'avait pas de limites, et je délaissais parfois mon travail scolaire. Je fil­mais souvent des paysa­ges de ma région, ou bien je dé­couvrais au cinéma d'Art et d'Essai de Saint-Étienne les films de Wajda, Coc­teau et Bergman… Et je lisais tous les livres que je pouvais acheter sur l'art ciné­matographi­que : Mitry, Bazin, Agel, Malraux.

   Puis j'ai fait mon service militaire à Paris, à Du­pleix en 1962, dans le même régiment qu'Eddy Mitchell, cet autre passionné du ci­néma, avec le­quel j'eus de très intéres­santes discussions à propos des films américains. En même temps, j'ai fréquenté assidûment la Cinémathèque de la rue d'Ulm diri­gée par Gé­rard Langlois, puis celle du Palais de Chail­lot... C'est là que j'ai côtoyé les illustres représentants de la Nou­velle Va­gue, notamment Godard dont le style inspira en partie mon dernier film d'amateur Le Chemin des enfers (1962). Après avoir assisté à une rétrospective des films de Ku­ro­sawa, j'ai rencontré Michel Estève, et grâce à lui, j'ai pu écrire mes premiers articles pour sa revue : Études Ciné­ma­tographi­ques (de 1964 à 1966). Ces textes m'ont per­mis d'approfondir ma passion pour le cinéma avant de me consacrer à la philosophie. Mon livre sur Dreyer (Seghers, 1969) témoigna de cet intérêt bifide qui cherchait à unir une réflexion sur mon existence et la dé­couverte de véritables auteurs de films.

   Après cette passion pour le cinéma, Claude Stéphane PERRIN se tourna vers la philosophie en 1967. Il étudia cette dernière à la Sorbonne (Paris) où il eut notamment comme professeur Yvon Belaval, Jacques Bouveresse, Marcel Conche, Vladimir Jankélévitch et Robert Misrahi…

   Ensuite, professeur de philosophie au Lycée Eugène Delacroix de Maisons-Alfort (94) pendant vingt-deux ans, puis au Lycée de Sézanne (51) jusqu'à sa retraite, il a parallèlement enseigné les Lettres en classes préparatoires pour les concours scientifiques (HEC et VÉTO au Cours Duquesne), puis la philosophie de l'art à L'EAC (Paris).

 

  Claude Stéphane PERRIN a recherché dans la création philosophique les conditions d'une possible non-violence (ou moindre violence), allant de l'implicite (d'un retrait sceptique, neutre, silencieux…) vers l'explicite (la Morale universelle des droits de l'homme), tout en restant dans le champ d'une philosophie de la Nature.

   Ce qui l'a, plus précisément, intéressé est le moment créatif où la pensée dépasse les doutes par des propositions, les métaphores par des concepts, et où sa singularité s'ouvre raisonnablement sur la reconnaissance de celle des autres, notamment à partir du passage du neutre vers un engagement social et politique (juste et responsable). Le silence des commencements est alors remplacé par une parole et par une écriture volontairement claires et sensées, tout en restant sur le seuil de l'infini, comme dans des actes de liberté ou d'amour qui dépassent le scepticisme en se fondant sur la rationalité qui éclaire les images éphémères des choses...

  Dans cet esprit, il est nécessaire de maîtriser le sentiment de l'infini, du sans forme, et ne jamais désirer le feu dévorant de l'absolu qui nous absorbe lorsque notre imagination nous le fait désirer.

   En tout cas, il s'agit de construire sa propre philosophie, par soi-même, contre soi-même et avec les autres, en tenant compte de toutes les complexités de la Nature... Puis le souvenir lumineux de chacune de ses multiples clarifications devrait rendre tout travail, même inachevé, plus créateur et plus humain, donc accessible à tous ceux qui décideront aussi de philosopher.

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   Une constante exigence philosophique de vérité est inséparable d'un tenu pour vrai sur toutes les évidences et sur toutes les convictions. Et ce tenu pour vrai, volontairement posé par une raison empirique, anime peut-être le contact de chaque vie avec l'éternité, c'est-à-dire un contact du fini avec l'infini, notamment lorsque la puissance infinie de la Nature est éprouvée par une intelligence ouverte sur l'imprévisible, et non sur la seule exploration de choses banales ou trop complexes.

   Nous sommes en effet embarqués dans l'infinité imprévisible, in­compréhensible, inconnaissable et non to­talisable de la Nature qui contredit toutes les représentations que nous imaginons à son sujet, y compris lorsque nous déployons la plus authentique probité intellectuelle ou les idées les plus importantes de la raison. Cependant, les murs de nos propres mondes demeurent infranchissables, même si, loin de toute forme d'ascétisme logique, c'est-à-dire loin d'une fuite du réel dans la froideur de l'abstraction, nous avons néanmoins dans nos doutes, et à partir de nos doutes, de brefs contacts intellectuels et sensibles avec l'infini ; des contacts douloureux ou paisibles, en tout cas jamais indifférents.

   C'est dans ces conditions que ma démarche philosophique, tournée vers des domaines aussi variés que l'art (pictural, poétique et cinématographique), la littérature, l'imaginaire, la mystique et l'histoire de la philosophie, se veut humaniste (non violente), naturaliste, métaphysique (déterminée comme chez Anaximandre par l'infinité de la Nature), perspectiviste (ouverte sur tous les domaines en dépassant le scepticisme par le rationalisme) et créatrice, comme chez les philosophes-artistes (Lucrèce et, surtout, Nietzsche)…

   Ma problématique générale consiste alors à dénouer la complexité du réel et à remonter vers quelques points de contact possibles avec l'infini, par exemple avec le Deus sive natura de Spinoza, notamment dans la fulgurance d'instants créatifs qui espèrent toucher et éclairer un peu notre rapport raisonnable avec les choses de nos mondes éphémères, pourtant englobés par l'Éternité de la Nature.

Articles : 

Sur le cinéma :

    Lettres modernes Minard dans la série Études cinématographiques : 30-31, Printemps 1964, - 36-37, Hiver 1964, - 46-47 et 51-52 en 1966. 
- Kurosawa (Akira) : 
   - Les Bas-fonds (Donzoko) 
   - La Forteresse cachée (Kakushi toride no san akkunin) 
   - L'Ange ivre (Yoidore tenshi) 
- Antonioni (Michelangelo) : L'Univers fragmenté de L'Avventura 
- Bergman (Ingmar) :  À travers le miroir ( Sosom i en Spegel) 
- Vigo (Jean) : Jean Vigo ou la beauté de l'informe. 

Sur la littérature : 

 - Racine et la nouvelle critique.  Analyse et réflexions sur Phèdre de Racine, La passion, Ellipses, éditions Marketing, 1983. 

Kafka et l'écriture de l'inachevé. Analyse et réflexions sur Kafka, Le Château, Ellipses, éditions Marketing, 1984. 

Baudelaire : une esthétique de la modernité. Analyse et réflexions sur Baudelaire, Spleen et Idéal, Ellipses, éditions Marketing, 1984.

La Gaieté de Beaumarchais. Analyse et réflexions sur Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, Ellipses, éditions Marketing, 1985.

Henri Michaux (Perpétuelles, n° 2, 1985).

 - Violence et beauté. Analyse et réflexions sur Mishima, Le Pavillon d'Or, Ellipses, éditions Marketing, 1986.

 - Borges et le mythe du cercle. Analyse et réflexions sur Borges, Fictions, Mythe et récit. Ellipses, éditions Marketing, 1988.

 - Giraudoux et l'ironie du destin. Analyse et réflexions sur Giraudoux, La Guerre de Troie n'aura pas lieu, l'histoire. Ellipses, éditions Marketing, 1989.

 

 Sur la philosophie :

- La Métaphore, Analyse et réflexions sur le langage, 2. Philosophie et sciences humaines, Ellipses, éditions Marketing, 1986. 
- Droit et cruauté (Cercles autour de Nietzsche). Analyse et réflexions sur le droit, Ellipses, éditions Marketing, 1988. 
- Images et pouvoirs. Analyse et réflexions sur le pouvoir, volume 1, Ellipses, éditions Marketing, 1994. 
- Nietzsche (Perpétuelles, n°4 et 5, 1986).  
     

 

Ouvrages :

Sur le cinéma :

-  Carl Th. Dreyer, Seghers, 1969.

Pour un cinéma d'auteur, Eris-Perrin, 2015. 

Sur l'art :

-  Penser l’art de Léon Zack, L’Âge d’homme, 1984.

-  L'Art et le neutre, Eris-Perrin, 2010. 

La métaphysique naturaliste de Paul Klee, Eris-Perrin, 2015.

-  Au-delà des images, Eris-Perrin, 2016.

- Cézanne  Le désir de vérité, L'Harmattan, 2018.

- Esthétique du gracieux, Eris-Perrin, 2019.

Livret pour la jeunesse :

Fifi le philosophe, Eris-Perrin, 2016.

Sur la philosophie :

-  Le Neutre et la pensée, L’Harmattan, 2009.

-  Philosophie et non-violence, Eris-Perrin, 2012.

-  Les démons de la pensée, Eris-Perrin, 2013.

-  L'Esprit de simplicité, Eris-Perrin, 2014. 

Nietzsche et l'amour, Eris-Perrin, 2014. 

Philosophie et mysticisme - La rose de Silesius, Eris-Perrin, 2015.  

Le gouffre, l'abîme et l'infini, Eris-Perrin, 2017.

- Concepts de l'amour, L'Harmattan, 2020.

- Bien vivre et philosopher, L'Harmattan, 2022. 

 

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À propos
claude stéphane perrin

Claude Stéphane PERRIN. Professeur de philosophie à la retraite, j'écris et je lis en méditant sur le problème de la non-violence, notamment à partir d'une idée non indifférente et non nihiliste du neutre .
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