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Claude Stéphane PERRIN

Recherches philosophiques qui, inspirées par l'idée du neutre, vont au-delà du scepticisme vers une interprétation moderne (historique et intemporelle) du principe de raison.

Quelques variations du bleu

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Claude Stéphane PERRIN

 

 

Quelques variations du bleu

 

 

   Les sensations produites par la couleur bleue paraissent tristes à Stendhal et à Goethe. Ce dernier souligne leur grande profondeur, vide et froide. La couleur des mers profondes dériverait du noir en engendrant quelques ombres pourtant attrayantes et fraîches : "Cette couleur fait à l'œil une impression étrange et presque informulable. En tant que couleur, elle est une énergie ; mais elle se trouve du côté négatif, et dans sa pureté la plus grande, elle est en quelque sorte un néant attirant. Il y a dans ce spectacle quelque chose de contradictoire entre l'excitation et le repos" (Goethe, Traité des couleurs, Triades, 1990, p.262.).

   Immenses, froides, célestes et aquatiques selon Baudelaire, décadentes pour Mallarmé... les apparences bleues attirent parce qu'elles reculent devant le spectateur. Elles renvoient sans doute à d'autres sensations antérieures, au calme éloignement de la pureté du ciel ou des montagnes, à quelques infinis liquides ou plus particulièrement aux images des choses bleues qui ont déterminé les premières interprétations de cette couleur.

   D'un point de vue plus objectif "le bleu ralentit les mouvements du cœur et peut même, momentanément au moins, les paralyser" (Matisse, Écrits et propos sur l'art, p.206). Retournées vers leur source lumineuse la plus calme, les ombres, jadis rendues en peinture par des terres ou par des couleurs embrunies, deviennent bleues, tout comme l'arête lumineuse qui sépare le ciel de l'horizon (Cézanne), tout comme l'air, les collines et les arbres dans le lointain. 

   Et n'est-ce pas pour humaniser et, en même temps, pour spiritualiser le champ des apparences que Giotto a situé l'homme au cœur d'un fond bleu, intense, profond et très opaque ? Ce complément du soleil doré ouvre aussi les portes de l'éternité ; il est l'intelligence spirituelle et pure du réel. 

   Tout différemment, le bleu n'est que le reflet d'un paisible et formel désir de communication ordinaire : "Le bleu rappelle tout au plus la mer et le ciel, ce qu'il y a, après tout, de plus abstrait dans la nature tangible et visible" (Yves Klein).

   Par ailleurs, confronté ou associé à d'autres couleurs, le bleu paraît chaud, heureux, vivant, ou froid, triste, mort. Matisse souligne la différence "entre un noir teinté de bleu de Prusse et un noir teinté de bleu outremer. Le noir avec l'outremer a la chaleur des nuits tropicales, teinté de bleu de Prusse, la fraîcheur des glaciers" (Matisse, Écrits et propos sur l'art, p.206).

   Les chevaux de Franz Marc obéissent d'ailleurs à cette secrète grammaire expressive et symbolique. "Les couleurs s'aiment" affirme le peintre qui oppose un jaune passif et féminin, à un bleu froid, spirituel et masculin : " Si tu mélanges du rouge et du jaune pour obtenir de l'orange, tu donnes au jaune passif et féminin une puissance sensuelle de mégère, de sorte que le bleu froid, spirituel devient indispensable à son tour, l'homme, et ainsi, le bleu se place automatiquement à côté de l'orange."

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À propos

claude stéphane perrin

Claude Stéphane PERRIN. Professeur de philosophie à la retraite, j'écris et je lis en méditant sur le problème de la non-violence, notamment à partir d'une idée non indifférente et non nihiliste du neutre .
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