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Claude Stéphane PERRIN

Recherches philosophiques qui, inspirées par l'idée du neutre, vont au-delà du scepticisme vers une interprétation moderne (historique et intemporelle) du principe de raison.

L'ouvert sur l'invisible

Tableau de Elise DESTRAZ

Tableau de Elise DESTRAZ

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 L'homme n'est pas nécessairement englouti dans et par ses épreuves sensorielles, car il peut souvent leur donner une forme. Par exemple, la sensation procurée par des lumières et des couleurs est inséparable du cadre où chacun la situe afin de l'interpréter. La couleur bleue est ainsi rapportée à l'immensité du ciel ou de la mer, le jaune à la sphère du soleil ou à l'horizon d'un champ de blé. Cependant, si couleurs et lumières sont impensables sans leur cadre, ce cadre peut aussi contenir un vide sans cou­leur : tout noir ou tout blanc… Cela signifie que la pensée d'une sensation a plus d'ex­tension à partir de son cadre qu'à partir de la rhapsodie des sensations elles-mêmes. De plus, cela implique qu'il n'y a pas de sensation pure, hormis celle d'un cadre vide capable d'accueillir des apparences visibles ou bien l'idée virtuelle du point invisible qui pourrait précéder la rencontre de toutes choses  visibles. Cependant, l'intention de voir l'invisible paraît vite ab­surde. Car voir instaure une relation nécessaire entre un sujet regardant et un objet regardé. Or l'invisible est préci­sé­ment ce qui ne peut pas être vu, c'est-à-dire l'en deçà ou l'au-delà de tout objet. Soit l'invisible précède la vision des apparences comme un point mystérieux situé au cœur de la pensée d'un sujet regardant, comme une source infinie capable de rendre possible la structuration du surgisse­ment de toutes les apparences… soit il est comme un vide (relatif) qui peut subsister dans la mémoire après la dispa­rition des objets apparents … Mais, située entre ces deux invisibles temporels (source infinie ou vide relatif posé par la pensée), la vision de chacun est ordinairement inconsciente de ses propres fon­dements et prolongements. Elle erre d'abord et surtout dans un espace perceptible entre le proche et le loin­tain, selon des intérêts divers et changeants…  Pourtant, elle pourrait découvrir la tension inhérente à chaque épreuve intellectuelle et sensible du réel. Elle pourrait sentir des forces invi­sibles (comme celles des sons ou des couleurs) même si elle ne parvient pas à les penser distinctement. De plus, elle pourrait penser claire­ment l'apparence finie des objets dont elle ne sent que quelques aspects, notamment quelque apparence structu­rée comme dans les tableaux de Cézanne. Elle pourrait aussi sentir l'infini de la possible liberté de sa propre pen­sée, car cette liberté peut nourrir chaque intention de voir plutôt ceci que cela. Et elle pourrait enfin penser le flot­tement précaire de sa vision au sein d'un espace, sans cesse reconstruit, toujours inachevé, puisqu'il n'est jamais complètement ni définitivement donné. Cependant, en de brefs moments exceptionnels, la ten­sion inhérente au jeu du senti et du pensé, de l'infini et du fini, devient moins forte. La perception des objets est plus floue, voire indistincte… Une lumière profonde et claire nourrit dans ce cas des couleurs douces qui semblent en­traîner la vision au bord de l'invisi­ble. Le monde perçu paraît apaisé, serein, tendrement enchanté. Dès lors le sujet regardant s'intériorise vers la même quiétude. Il s'ouvre sur l'invisible de sa propre nature sans quitter la sensation de l'infini qui accompagne cette libre intériori­sation des apparences. L'image, à peine perçue, semble mystérieusement coïncider avec sa propre image mentale (très intime) ou bien elle s'accorde un peu avec elle. Ainsi l'invisible et l'infini se trouvent-ils sans doute au plus près de notre plus intime réalité ! 

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À propos

claude stéphane perrin

Claude Stéphane PERRIN. Professeur de philosophie à la retraite, j'écris et je lis en méditant sur le problème de la non-violence, notamment à partir d'une idée non indifférente et non nihiliste du neutre .
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Clovis Simard 06/10/2012 20:45

Blog(fermaton.over-blog.com).No-8. - THÉORÈME SANDWICH.- La structure de la pensée.