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Claude Stéphane PERRIN

Recherches philosophiques qui, inspirées par l'idée du neutre, vont au-delà du scepticisme vers une interprétation moderne (historique et intemporelle) du principe de raison.

Images des anges

 

Claude Stéphane PERRIN

 

Images des anges

 

a) L'image populaire.

 

 

   L'engagement le plus mystérieusement élevé vers le simple et vers le pur est celui du reli­gieux, même si le chemin est préala­blement tracé par des textes. Il suffit à l'homme de se mettre à l'écoute de la parole di­vine, sachant que cette parole, donnée pour toujours, aime les cimes célestes en faisant intervenir des anges.

   Afin de ne pas caricaturer cette perspective, il faut commencer par écarter toutes les interprétations superstitieuses, certes populaires, de la réalité des anges. Ces derniers veillent peut-être, mais ils ne suppriment pas la bêtise des hommes ni le danger des précipices. L'image stéréotypée d'un ange gardien n'est donc qu'une fiction rassurante, et d'autant plus rassurante qu'elle ne fait pas prendre conscience de la menaçante et dévorante profondeur de l'abîme. Il vaut donc mieux sentir l'horreur d'un gouffre pour pouvoir s'en méfier. Et l'ange ne sera plus, en l'âme de chacun, qu'une image insaisissable de la vertu, notamment celle de la prudence.

 

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b) Maïmonide et l'image des anges.

 

 

   L'image, familière ou non, d'un ange ne serait-elle pas trop naïve pour être vraie ? Sans doute, car aucune révélation religieuse ne saurait être représentée par une image, même si une analogie est possible entre la nature intermédiaire de l'ange (qui est le messager d'une invisible transcendance) et celle de l'image (qui montre en cachant et qui dissimule en rendant certains aspects visibles). Du reste, les textes prophétiques des trois religions abrahamiques qui évoquent l'intervention des anges sont d'abord des songes parlés et non imagés : "Et l'ange de Dieu me dit dans un songe : Jacob ! et je lui répondis : Me voici." (1) Ensuite, selon Maïmonide, les anges sont nécessairement invisibles puisqu'ils n'ont pas de corps, puisqu'ils ne sont pas des corps. Dès lors, ils paraissent, certes uniquement dans des visions prophétiques, en s'habillant soit de formes humaines simples ou redoutables, soit dans des flammes de feu.

   En réalité, de la tête aux pieds, les anges sont des Intelligences, des esprits, des forces individuelles physiques et psychiques, des facultés surtout imaginatives, des réalités vivantes stables (permanentes) ou périssables, des actions déterminées vers une seule mission ; mais ces Intelligences restent pourtant enveloppées d'obscurité : "Car l'action des Intelligences est obscure, et leur influence ne se manifeste (à nous) que lorsque nous nous sommes livrés à l'étude, et cela pour deux raisons, dont l'une est en elles et l'autre en nous, je veux parler de la faiblesse de notre compréhension et de la difficulté de comprendre l'Intelligence séparée dans sa réalité." (2) Maïmonide reprend ainsi l'expression aristotélicienne d'intelligence séparée en lui ajoutant une dimension créatrice conforme au Livre : "Aristote croit que toutes ces choses sont éternelles et que ce sont des choses qui par nécessité viennent ainsi de Dieu ; tandis que nous, nous croyons que tout cela est créé, que Dieu a créé les Intelligences séparées et a mis dans la sphère céleste une faculté de désir (qui l'attire) vers elles, et c'est lui (en un mot) qui a créé les Intelligences et les sphères et qui y a mis ces facultés directrices".

   Plus précisément, dans les textes bibliques qui rat­tachent l'Éternel (Élohîm) à l'idée d'un ange, à l'idée d'un messager (malakh), l'interprétation reste obscure. Qu'en penser ? Élohîm crée d'abord le ciel… puis il rend possible une praxis humaine qui devra agir selon la Loi qu'il a révélée. Pour cela, Élohîm, le très-haut, signifie aussi Juge, la puissance qui a l'autorité pour juger. Et l'Éternel juge peut-être d'abord… Puis il juge les anges, les domine, gouverne par leur intermédiaire, les envoie et leur dicte ses propres paroles. Élohîm est donc la perfection qui parle du fond de l'obscur, qui crée un épanchement (féidh) de sa nature séparée et de sa vie incorporelle. Il est donc bien le Tétragramme qui dirige les anges. Ces derniers devront révéler une vision aux prophètes, une vision nécessaire pour apporter la Loi aux autres hommes : "La croyance à l'exis­tence des anges doit précéder la croyance au prophétisme, et cette dernière doit précéder la croyance à la Loi."

 

 

 

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1. Genèse, 31, 11 et 18, 2.

2. Maïmonide (Moïse), Le Guide des égarés, Verdier, 1979, pp. 96, 97, 258, 259, 260, 261,

   262, 572.

 

 

 

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À propos

claude stéphane perrin

Claude Stéphane PERRIN. Professeur de philosophie à la retraite, j'écris et je lis en méditant sur le problème de la non-violence, notamment à partir d'une idée non indifférente et non nihiliste du neutre .
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Marie- Pierre 28/01/2013 18:55


Qu' on ne puisse pas se le représenter, peu importe pour moi. J' aime mon ange gardien qui m' accompagne, dans le Bien et le Mal, et qui a su éclairer des moments de ma vie. Et, si c' est l'
Esprit- Saint qui l' a inspiré, il en est le médiateur le plus fidèle...C' est ma vision de cet " être "invisible mais présent dans mon chemin de vie terrienne...