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Claude Stéphane PERRIN

Recherches philosophiques qui, inspirées par l'idée du neutre, vont au-delà du scepticisme vers une interprétation moderne (historique et intemporelle) du principe de raison.

Brève présentation de mes livres

Brève présentation de mes livres

 

   Claude Stéphane PERRIN est né en 1942 à Saint-Étienne (Loire). Il a enseigné la philosophie et publié de nombreux essais. 

Articles sur la littérature : 

 - Racine et la nouvelle critique.  Analyse et réflexions sur Phèdre de Racine, La passion, Ellipses, éditions Marketing, 1983. 

-  Kafka et l'écriture de l'inachevé. Analyse et réflexions sur Kafka, Le Château, Ellipses, éditions Marketing, 1984. 

Baudelaire : une esthétique de la modernité. Analyse et réflexions sur Baudelaire, Spleen et Idéal, Ellipses, éditions Marketing, 1984.

La Gaieté de Beaumarchais. Analyse et réflexions sur Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, Ellipses, éditions Marketing, 1985.

 - Henri Michaux (Perpétuelles, n° 2, 1985).

 - Violence et beauté. Analyse et réflexions sur Mishima, Le Pavillon d'Or, Ellipses, éditions Marketing, 1986.

 - Borges et le mythe du cercle. Analyse et réflexions sur Borges, Fictions, Mythe et récit. Ellipses, éditions Marketing, 1988.

 - Giraudoux et l'ironie du destin. Analyse et réflexions sur Giraudoux, La Guerre de Troie n'aura pas lieu, l'histoire. Ellipses, éditions Marketing, 1989.

 

Ouvrages :

 

Sur le cinéma :

-  Carl Th. Dreyer, Seghers, 1969.

Pour un cinéma d'auteur, Eris-Perrin, 2015. 

Sur l'art :

-  Penser l’art de Léon Zack, L’Âge d’homme, 1984.

-  L'Art et le neutre, Eris-Perrin, 2010. 

La métaphysique naturaliste de Paul Klee, Eris-Perrin, 2015.

-  Au-delà des images, Eris-Perrin, 2016.

Sur la philosophie :

-  Le Neutre et la pensée, L’Harmattan, 2009.

-  Philosophie et non-violence, Eris-Perrin, 2012.

-  Les démons de la pensée, Eris-Perrin, 2013.

-  L'Esprit de simplicité, Eris-Perrin, 2014. 

Nietzsche et l'amour, Eris-Perrin, 2014. 

Philosophie et mysticisme - La rose de Silesius, Eris-Perrin, 2015.  

-  Le gouffre, l'abîme et l'infini, Eris-Perrin, 2017.

Livret pour la jeunesse :

Fifi le philosophe, Eris-Perrin, 2016.

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  L'écriture est une parole silencieuse, adressée aux autres comme à soi-même, et au-dessus de soi-même lorsqu'elle est créatrice. Or, dans un projet philosophique, elle permet de penser par soi-même (en clarifiant), contre soi-même (en doutant) et avec les autres (en dialoguant avec eux). Pour ce qui me concerne plus précisément, je cherche à donner un sens à mon existence en tenant compte de la puissance de l'invisible, en concrétisant librement mes pensées (y compris par des métaphores) et en cherchant à approcher la vérité de mon rapport à la Nature à partir d'un point simple, parfois neutre, c'est-à-dire à partir d'un point capable de surplomber d'abord toutes les complexités. Ainsi, à l'écart de toute simplification qui serait oublieuse des contradictions, l'esprit de simplicité m'inspire d'approcher la véritable et lointaine source créatrice de la Nature dans tout acte qui se veut instantanément désintéressé (comme dans un simple don par exemple ou comme dans l'unification d'une multiplicité) ; sachant que chaque acte simple retombe aussitôt dans la complexité, c'est-à-dire dans l'entrelacement des contraires qui détermine le devenir des existences humaines.

   L'esprit de simplicité est ainsi pour moi la prime idée d'une constante exigence philosophique de vérité ; même si prévaut un tenir pour vrai sur toutes les évidences et sur toutes les convictions. Et ce tenu pour vrai, volontairement posé par une raison empirique, anime peut-être le contact de chaque vie avec l'éternité, c'est-à-dire un contact du fini avec l'infini, notamment lorsque la puissance infinie de la Nature est éprouvée par une intelligence ouverte sur l'imprévisible, et non sur la seule exploration de choses banales ou les moins complexes. C'est dans ces conditions que ma démarche philosophique, tournée vers des domaines aussi variés que l'art (pictural, poétique et cinématographique), la littérature, l'imaginaire, les mythes, la mystique et l'histoire de la philosophie, se veut humaniste (non violente), métaphysique (déterminée comme chez Anaximandre et M. Conche par l'infinité de la Nature), perspectiviste (ouverte sur tous les domaines en dépassant le scepticisme par le rationalisme) et créatrice, comme chez les philosophes-artistes (Lucrèce, Montaigne, Nietzsche)…

   Le doute naît d'une certitude, celle de notre remarquable incertitude. Affirmations et négations alors s'entrelacent mystérieusement, même si le silence de l'Obscur, de la nuit infinie qui précède tous les mondes, prévaut parfois sur les lueurs de nos diverses intelligences très variées. Nous sommes en effet embarqués dans l'infinité imprévisible, in­compréhensible, inconnaissable et non to­talisable de la Nature qui contredit toutes les représentations que nous imaginons à son sujet, y compris lorsque nous déployons la plus authentique probité intellectuelle ou les idées les plus importantes de la raison. Cependant, les murs de nos propres mondes demeurent infranchissables, même si, loin de toute forme d'ascétisme logique, c'est-à-dire loin d'une fuite du réel dans la froideur de l'abstraction, nous avons néanmoins dans nos doutes, et à partir de nos doutes, de brefs contacts intellectuels et sensibles avec l'infini ; des contacts certes douloureux ou paisibles, en tout cas jamais indifférents.

   Ma problématique générale consiste alors à dénouer la complexité du réel et à remonter vers quelques points de contact possibles avec l'infini, c'est-à-dire avec le Deus sive natura de Spinoza, notamment dans la fulgurance d'instants créatifs qui espèrent toucher et éclairer un peu notre rapport raisonnable avec les choses de nos mondes éphémères, pourtant inséparables de l'Éternité de la Nature.

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      Pour commencer, ce fut à partir de l'expression d'une singularité soucieuse de l'intuition de ma propre recherche de la vérité que j'ai cherché, dans mon premier livre, à comprendre la pertinence du processus créateur du ci­néaste Carl Th. Dreyer (Seghers, 1969). 

    Dans ce projet, une vérité simple et universelle, n'était-elle pas manifes­tement vécue par le style de l'auteur de La Passion de Jeanne d'Arc (1928) ? Sans doute, car l'âme de ce film reflète bien la personnalité authentique de Dreyer dès lors que le mot âme est saisi, notamment dans l'orientation néo-platonicienne qui était la mienne à cette époque (1969), à partir de l'intuition d'une subjectivité à la fois spirituelle et psychologique : concentrée, comprimée, active… et intelligente. Cette expérience intériori­sée ne permet-elle pas à chacun d'assumer le chaos de ses sensations et de donner un sens aux souffrances de son exis­tence, par exemple en visant sa propre perfection par un accord avec la Nature ? Assurément, dès lors qu'il est possible que le corps et le monde soient dans l'âme (et non l'inverse), et que les profondeurs de l'intime contiennent à la fois le sensible et le spirituel.

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Brève présentation de mes livres
Brève présentation de mes livres

       Après de multiples recherches concernant les rapports entre l'art et la philosophie, mon deuxième livre (Penser l’art de Léon Zack, L’Âge d’homme, 1984) m'a conduit à étudier le processus de la création en fonc­tion de la singularité d'un artiste qui avait eu une grande exigence de vérité (Léon Zack).    

    Pourtant, ce travail m'a malheureusement entraîné dans une perspective plus religieuse, voire mystique, que philosophique. Je me suis alors laissé enfermer dans des recherches d'homologies dont les paradoxes impliquaient de mystérieuses hiérarchies et sacralisations entre l'art (pictural et poétique) et la philosophie. Je regrette de m'être laissé emporter par un mystérieux désir d'absolu ainsi que par la perspective alogique (l'union irrationnelle du même et de l'autre) d'un peintre qui fut également poète et dont la philoso­phie hésitait entre le polemos d'Héraclite et l'esprit de simplicité de Bergson. En effet, même en voulant dire clairement quelque chose d'inexprimable (p.102), les hiérarchies du réel ne se dialectisent que très peu ; elles se per­dent plutôt dans une fusion avec l'impondérable.

Brève présentation de mes livres
Brève présentation de mes livres

 

      Dans mon troisième livre intitulé Le Neutre et la pensée (L’Harmattan, 2009), ma recherche philosophique m'a conduit à viser le point d'équilibre simple (neutre) à partir duquel une intuition fondamentale et non violente de la vérité serait possible.

 

le neutre et la pensée

 

   Comment satisfaire cette exigence ?  Tout d'abord, dans une perspective singulière, le neutre ne saurait être considéré comme un fait objectif. Il n'est pas donné. Il est plutôt l'idée (hypothétique) qui précède tout don et tout retrait. Il est l’idée virtuelle (dans un sens indéterminé) à partir de laquelle la violence des ca­tégories absolues du réel et de la pensée peut être refusée.
   Oublier cette idée conduirait au fait neutre, brut et actuel de l’il y a : à un effondrement des apparences (Pyrrhon), à un état moyen et provisoire de la matière (Hegel), à l'attribut impersonnel d’un déficit ontique et ontologique (Heidegger), à un trop-plein d’être pesant (Levinas), à une épreuve inconnue du vide, du souffrir, de la fatigue ou du mourir (Blanchot), ou à d'imprévi­sibles oscillations fantasmées entre le distinct et l’indistinct (Barthes).
   En conséquence, une pensée, soucieuse de refuser indifférence, insensibilité, violence et nihilisme, commence plutôt par se rapporter, en deçà d’une éventuelle harmonie des contraires, à une idée du neutre qui devrait être porteuse de promesses plus libres et plus humaines. 

 

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   Dans mon quatrième livre (L'Art et le neutre, Eris-Perrin, 2010), j'ai voulu compléter l'essai précédent en confrontant l'idée hypothétique du neutre à l'histoire de l'art - picturale, poétique, théâtrale et cinématographique - que j'avais étudiée pendant une dizaine d'années.

 

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   Mon affirmation centrale a été la suivante : si l'idée du neutre précède toutes les disjonctions du réel, sa probable vérité non violente prévaut né­cessairement dans tout projet qui refuse la fascination des formes de l'art et qui recherche un style ouvert sur l'humain au cœur de chaque création sin­gulière.

   Dans le cadre d'une philosophie de l'art qui a dû interroger Kant, Nietzsche, Heidegger et Levinas, l'idée du neutre m'a servi de point de repère pour fon­der une catharsis des formes esthétiques violentes, extravagantes ou déli­rantes. En fait, l'idée du neutre idée anticipe d'abord en créant des formes imprévisibles et dis­tantes. Ensuite elle déconstruit les passions pour valoriser les différences les plus nuan­cées au cœur d'un abri provisoire, certes plus intellectuel que sensible. Enfin elle compose des vérités singulières et régule les formes en rendant possibles des relations éthiques et politiques.

   Cet essai a ainsi cherché à faire prévaloir plusieurs distances nécessaires aux possibles libertés de chacun : celle d'un langage symbolique et humanisant, celle d'une créativité singulière et authentique, celle de la sublimation des souffrances (préservant la dignité de chacun) et enfin celle d'une bienveillance capable de justice. 

 

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  C'est ensuite très logiquement que mon cinquième essai (Philosophie et non-violence, Eris-Perrin, 2012) a cherché les fondements d'un engagement moral et politique. Comment ?

   En réalité, née de l'incapacité humaine à tout connaître, la philosophie est une activité de conceptualisation problématisée et méthodique qui vise, par-delà toute cohé­rence seulement formelle, à rendre un peu non violente la vie de chaque homme, aussi bien singulière que ci­toyenne du monde. Pour cela la philosophie promeut des valeurs qui rapportent la Morale universelle des droits de l'Homme (dont le fondement a été clai­rement mis en évidence par le philosophe contemporain M. Conche) à diverses éthiques de la moindre violence.

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   Ces relations, qui s'inscrivent dans le cadre de l'esprit de la Nature, instau­rent des rapports complexes entre le Droit universel fondé et exprimé par la raison des hommes et les engagements de chacun, notamment dans diverses éthiques possibles : de la liberté, de l'obligation, du neutre, de la pudeur, du bonheur, de la sagesse, de l'amour, de l'amitié et de la politique…

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   L'injonction de la Morale universelle ne me suffisait pourtant pas pour orienter mon existence. Car ma pensée était, notamment dans ses réflexions sur l'art, encore dominée par quelques divagations. Comment les contrôler, comment les apaiser ? Ce fut l'objet de mon sixième essai intitulé Les démons de la pensée (Eris-Perrin, 2013).

   J'ai alors cherché à répondre aux questions suivantes : les démons (dai­mônes) sont-ils des dieux, des figures du destin, de bons génies comme des anges célestes, de mauvais génies comme les anges déchus ; ou bien sont-ils le fruit imagé d'une simple hypothèse pour penser, voire une simple anticipa­tion pour rêver ou pour interroger ses phantasmes ? Bien qu'ils soient inconnaissables, ces êtres mythiques nous in­fluen­cent pourtant.

Brève présentation de mes livres

 

    Dès lors, comment échapper à leurs complexes actions fictives sur la pen­sée ? Ne faudrait-il pas aller au cœur de leurs images en approchant une idée simple qui libérerait de toutes leurs influences ? Par ailleurs, comment se débarrasser des démons sinistres du néant, de l'orgueil, de la duperie, de la violence, de la mort, de l'insensibilité ou de la folie ?

   Enfin comment créer les conditions nécessaires pour supposer des vérités moyennes et non ambiguës à partir desquelles chaque homme pourrait échap­per à tout angélisme mystique ainsi qu'à tout paganisme bestial ?

Brève présentation de mes livres

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   Toutes les interrogations de mes livres précédents renvoyaient en fait à une pensée de Bergson qui me paraissait essentielle : "L'esprit de simplicité est la marque du vrai philosophe" (Correspondance, 2002, p. 1649). Cette affirmation était-elle fondée ? Pour le savoir, j'ai écrit mon septième essai intitulé L'Esprit de simplicité (Eris-Perrin, 2013).

   Mon projet peut d'abord être ainsi résumé : l'esprit de simplicité requiert de philo­sopher simplement, le plus simple­ment possible, c'est-à-dire de toujours vouloir créer de nouveaux actes libres ouverts sur l'infini, sans se laisser en­fermer dans le devenir contraint de sa propre finitude existentielle, et en ayant cependant conscience de se trouver, à chaque nouvel instant, au bord de l'in­fini (de la Nature ou du vide), ou au contact de l'infini (dans un acte créatif, libre ou vertueux). 

 

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    Dans mon dialogue avec certains philosophes, notamment avec Nietzsche, avec cet ange souvent glacial et impitoyable, une perspective me man­quait, celle raisonnable et chaleureuse de Socrate. Qui pourrait en effet se satisfaire d'une âme délirante, mourante ou éclatée ? Or, inspiré par une ardente vo­lonté qui n'obscurcit pas la simplicité de ses commencements, l'acte de philosopher peut se vouloir libre, modéré et responsable. Ma recherche a pour cela rejoint la "simplicité volontaire" du sage Gandhi et quelques philo­sophes qui ont pensé différemment le simple, par exemple Silesius (dans l'amour), Bergson (comme un plus), Jankélévitch (dans sa pureté), ou M. Conche (comme infini).

   Dans ces conditions, chaque pensée peut se réaliser dans l'acte instantané où elle commence vraiment à naître pour soi, à partir de soi, afin de rencontrer l'autre et afin de créer de nouvelles libertés. Car, entre la simplicité du vide et celle d'une perfection (comme celle de la Nature naturante), il n'y a que les formes complexes et évanescentes du réel matériel. En tout cas, ces choses, dérisoires ou non, ne de­vraient pas obscurcir la probable simplicité de chaque commencement. 

   L'écho de cet ouvrage sur un public a été très faible. Je retiens pourtant quelques jugements du philosophe Alain Panero : "Faisant d’une exigence théorique de simplicité et d’un idéal pratique de modération les deux piliers de sa quête résolument humaniste de l’absolu, Claude Perrin n’entend pas ici suivre les règles habituelles de ce jeu de langage qu’est la philosophie instituée. À ses yeux, les philosophes, quels que soient leurs mérites, parviennent toujours, à un moment ou à un autre, à fausser les choses. Quelle que soit la grandeur de leur pensée (et l’A. ne nie jamais cette grandeur), ils tendent immanquablement à tout compliquer, au risque d’une démesure qui les reconduit, en quelque sorte malgré eux, à des croyances d’allure religieuse. Il faut reconnaître que la perspective de C. Perrin, étayée d’analyses fines, d’ailleurs pleinement mises en valeur par une écriture maîtrisée, ne manque pas de cohérence. L’argumentation, à la fois sceptique, critique et même anarchisante, nous rappelle que non seulement le commencement de la philosophie suppose une conscience qui l’effectue présentement (et sans laquelle toute l’histoire de la philosophie serait lettre morte) mais encore que le devenir de la philosophie en tant que telle – c’est-à-dire en tant que recherche continue de savoir et de sagesse – présuppose chez le philosophe qui l’assume une capacité de repousser la double tentation des systèmes clos et des ouvertures mystiques. Comment demeurer philosophe quand on est saisi par le démon de la philosophie ? Le déploiement prétendument méthodique de la philosophie aurait conduit, jusqu’à présent, à une sortie de la philosophie et non à son extension : telle est la thèse soutenue ici." (Revue philosophique de la France et de l'étranger, 2015/1, tome 140, Presses Universitaires de France)

 
Brève présentation de mes livres

 

    J'ai publié, en 2014, Nietzsche et l'amour. Cet essai est le fruit de trente ans de réflexions. Il a été construit autour de la question suivante : l'amour hu­manise-t-il ou divinise-t-il ? Mais peut-on choisir ? Nietzsche, poussé par une mystérieuse fatalité, a aimé les dieux grecs de l'antiquité. Ainsi sa phi­losophie s'est-elle déployée en de multiples perspectives, y compris ex­trêmes, orientées, concentrées et renforcées par un amour incandescent et clair qui embrassait religieusement le don de la totalité du réel ! Dans cet esprit, la Nature pouvait être aimée dans son innocente puissance infinie, la vie être désirée en dépit des pires cruautés qui taraudent ses formes ter­restres, et l'intense mélodie de son écriture s'étirer amoureusement au bord des abîmes les plus tragiques. En tout cas, lorsqu'un amour est créatif, il se divinise en surmontant ou en transfigurant les haines qui l'ont parasité ; car il est le fruit de divers instincts entrelacés, même opposés, qui peuvent être dominés, clarifiés, purifiés et spiritualisés par l'action d'un vouloir capable de se sacrifier avec joie pour devenir éternel.

   Dans sa préface à mon ouvrage, le philosophe Philippe Granarolo a ainsi interprété mon projet : "Peu nombreux sont les commentateurs qui ont repéré la proximité de ces formules nietzschéennes avec la notion stoïcienne de « sympathie universelle » (συμπάθεια) qui désigne chez les Stoïciens la connivence de tous les êtres liés les uns aux autres par la Nécessité. Lorsque Perrin écrit qu’« il résulte de cette relation complexe entre le fini et l’infini que le concept de causalité doit être remplacé par celui d’enchevêtrement », il confirme mon intuition d’un « quantisme nietzschéen » que j’avais pour la première fois mis en avant dans les dernières pages de mon essai de 1993 L’individu éternel / L’expérience nietzschéenne de l’éternité[1], puis que j’avais développé en 1992 dans un article intitulé Dans le corps l’univers[2]. Sympathie stoïcienne, enchevêtrement nietzschéen, inséparabilité quantique, n’exprimeraient-ils pas, à des siècles d’intervalle et dans des contextes certes fort différents, un identique paradigme qu’une science occidentale excessivement causaliste a relégué au second plan ? On ne s’étonnera donc guère du fait que le nietzschéen que je suis se sente en harmonie avec les pages consacrées au grand « Oui » amoureux dit par Nietzsche à la vie, au corps et à la Nature."


[1] L’individu éternel / L’expérience nietzschéenne de l’éternité, Paris, Vrin, Bibliothèque d’histoire de la philosophie, 1993, p. 165 sq.

[2]  In Le corps, Paris,  Éditions Bréal, 1992, p. 279-288. Article en ligne sur mon site www.granarolo.fr

 

Brève présentation de mes livres
Brève présentation de mes livres

 

   Cet essai intitulé Pour un cinéma d'auteur ras­semble quelques textes consacrés à des œuvres cinématographiques qui n'ont pas été déterminées par un inté­rêt seulement commercial, in­dustriel, spec­ta­culaire ou divertissant. Dans cet esprit, un film d'auteur ne relève pas d'un lan­gage collectif, qui n'a du reste jamais été codifié, mais d'une ciné­matogra­phie, c'est-à-dire d'une écriture singulière qui donne à penser de multiples relations avec le réel, y compris politiques comme chez Eisens­tein. En fait, plus précisément, cet essai a interrogé quelques cinéastes importants qui ont ré­pondu selon trois perspectives qui se croisent parfois aux exigences d'un cinéma authentique.

   La première perspective est métaphysique. Elle fait un saut hors de la finitude humaine vers l'infini, comme dans La Passion de Jeanne d'Arc de Dreyer, ou bien elle retarde ses possibles con­tacts avec l'infini (Bergman).    

   La deuxième perspective, postmoderne, aborde les auteurs qui ont préféré déconstruire leur moi, voire les apparences, afin de problématiser les profondeurs non humaines du réel, notamment en faisant surgir des failles, des discordances, ou bien en se rapportant à un mystérieux point indiscernable entre le visible et l'invisible, la réalité et la fiction, comme dans les films d'An­tonioni ou de Godard.

   La troisième pers­pective met surtout en relief les for­ces humaines qui expriment des tensions remarquables entre de multiples grandeurs et faiblesses, notamment chez Chaplin, Kurosawa ou Jean Vigo.

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Brève présentation de mes livres

 

    Dans La Métaphysique naturaliste de Paul Klee j'ai abordé ce peintre remarquable de la modernité en fonction de ses propres orientations philosophiques.

     En fait, la métaphysique de la création artistique de Paul Klee paraît d'abord fulgurante, car elle frappe avec la même rapidité l'affect et la pensée, le clair et l'obscur, sans se perdre dans le feu de quelque transcendance. Dès lors, cette métaphysique ne doit pas être interprétée à partir d'un au-delà ou d'un après aristotélicien de la physique, mais plutôt dans le sens où le préfixe grec μετά signifie avec.

   L'inspiration qui attise très philosophiquement cet art est précisément instaurée par une relation constante entre la finitude du monde terrestre (finitude affirmée par des images disséminées, décentrées, entrelacées) et l'infinité de la Nature qui crée éternellement de nouvelles formes.

     Or, si ce contact entre le fini et l'infini s'effectue bien dans l'éclair silencieux de chaque nouvel instant où rayonnent les formes, le spectateur des œuvres de Paul Klee ne parvient-il pas à toucher ainsi un "point infini" de la Nature ? 

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   Dans un bref essai intitulé Philosophie et mysticisme – La rose de Silesius, j'ai interprété la création poétique en tant qu'expression d'un rapport obscur au réel, notamment à partir de l'abîme des sensations humaines. Plus précisément, chez Silesius, l'acte poétique a refusé les images en les transfigurant et en les purifiant dans une perspective mystique qui a conservé le rapport à l'obscur en cherchant à fusionner avec lui. Les paroles évidentes alors produites ne s'interrogent pas sur elles-mêmes, car elles donnent plus à penser qu'elles n'ont vraiment pensé. Elles affirment plutôt avec fulgurance pour faire voir et entendre Dieu, le sans pourquoi de la rose, l'invisible  et l'obscur.

   En revanche, la pensée philosophique qui veut interpréter ces épreuves instaure un autre cheminement. Elle privilégie les lumières de l'esprit pour recouvrir l'obscur, certes sans y parvenir totalement. Ou bien elle nourrit l'acte poétique et le prolonge en le contrôlant, c'est-à-dire en rassemblant dans une problématique cohérente la constellation de quelques nouveaux concepts déployés sur l'obscur.

   En tout cas, d'un point de vue philosophique, la raison humaine prévaut. Elle est l'activité de l'esprit qui crée des rapports ordonnés, clairs et accordés entre des concepts. Dès lors, la rose de Silesius ne serait-elle pas comme Dieu (ou comme la Nature pour Spinoza), ce qui n'est pas sans raison, mais l'action d'une raison inconnaissable et pourtant bien présente lorsque la pensée saute du sans pourquoi de la rose (l'abîme du sans fondement) dans la raison de sa floraison : la rose fleurit parce qu'elle fleurit ?

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Brève présentation de mes livres

 

   Le philosophe ne se contente pas de créer des concepts, des repères intellectuels clairs et distincts, il problématise aussi son rapport à l'irrationnel en pensant la complexité de sa propre singularité qui peut alors méditer sur de possibles contacts avec l'infini. Dans ces conditions, les images et les concepts entrelacent leurs devenirs, aléatoires et nécessaires, abstraits et sensibles, en fonction d'une possible cohérence entre la pensée et les images.    

   Ensuite, le philosophe peut entrevoir cette cohérence entre une image sentie et l'infinité de la Nature dont il n'a aucune image, notamment lorsqu'il cesse de penser pour contempler, c'est-à-dire pour percevoir, d'une manière involontaire, donc inattentive, puis réfléchie, l'apparence pure et silencieuse de la Nature naturante qui, pour Pyrrhon et Marcel Conche,[1] n'est ni l'apparence de quelque chose, ni une apparence pour quelqu'un. En conséquence, au-delà des images, il n'y a rien d'autre que le silence d'une âme qui contemple "la porte invisible" [2] de la Nature infinie.

   De son côté, l'artiste crée et pense ses images en fonction de germes primordiaux (diagrammes, schèmes) qui ne sont pas étrangers aux concepts de la pensée, même si ces derniers sont plus explicites et plus clairs. Dès lors, qu'elles soient imagées ou conceptualisées, la pensée des images permet à chacun de méditer, de penser par rapport à lui-même et par rapport à un monde ouvert sur l'infinité de la Nature, dans un constant entrelacement du concret avec l'abstrait, des images avec des concepts.

   Dans une méditation sur les images, que ces dernières soient pesantes ou légères, de multiples dialogues silencieux sont également possibles entre les forces créatrices de la pensée qui les interprète (dans son rapport à l'infinité de la Nature) et les formes singulières de celui qui les éprouve dans sa finitude spatio-temporelle. Enfin, dans le dialogue secret qui se noue entre raison et déraison, profondeurs et altitudes, animus et anima, les images de la pensée et la pensée des images demeurent entrelacées comme le silence et la parole, y compris lorsqu'un profond repli sur soi conduit inéluctablement à l'oubli de ses propres images.


[1] Conche (Marcel), Pyrrhon ou l'apparence, PUF, 1994.

[2] Léon Zack, Les Chevaux et les Jours, XIII, poèmes et gravures, Lafranca, Locarno, 1978.

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    Ce livret est destiné à tous les jeunes écoliers (à partir de 8 ans) qui veulent faire un premier pas vers la philosophie… Dans une lettre qu'il m'a adressée, le philosophe Marcel Conche a relevé la problématique suivante : "Ce livre a beaucoup de charme et j'y ai été très sensible. Je me suis senti enfant, content de penser que je suis environné par une multitude de cadeaux. Mais l'imprévisible malice de Fanou m'a fait me demander si l'homme faisait aussi partie de ces cadeaux. Les délicates illustrations sont ce qu'il fallait. " [1]

 

[1] Conche (Marcel), Lettre du 18 juin 2016.

Brève présentation de mes livres

 

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   Chaque fragment pensé peut être mis en doute isolément, mais est-il alors possible que tous ces fragments constituent un ensemble indéfiniment ouvert sur ce qui le dépasse ? Non précisément, car cet ensemble n'est jamais complètement donné. L'imagination devant toujours remplir des vides, la pensée de chacun ne peut que sauter en dehors d'elle-même, du possible vers l'impossible, voire du fini vers l'infini. Pourquoi ces sauts ? Sans doute pour fuir dialectiquement la destruction des sensations ainsi que le sentiment d'une mort inéluctable. Car chaque saut sauve quelque chose, notamment la possibilité de toujours créer de nouvelles relations au-delà du gouffre de la mort et de l'abîme de toutes nos sensations.

   Quoi qu'il en soit, dans son rapport spontané avec l'idée non figurable, active, inconnue et pourtant positive de l'infini, la pensée peut sauter hors d'elle-même sans prétendre expliquer l'infini, car une lente explication, pas à pas, dépli après dépli, ajouterait indéfiniment du fini à du fini sans se rapporter à l'infini.

   Par ailleurs, lorsqu'elle accomplit la volatile spontanéité de l'esprit de la Nature, la pensée peut aussi s'envoler en un acte vif et plein vers l'infini, sans chercher à comprendre ce qu'elle est ni ce qu'elle vise (aucun objet n'étant imaginé dans son ouverture). Et, lorsqu'elle vole vers l'infini, chacune de ses pensées, même sous une forme aphoristique, possède peut-être la même puissance créatrice que celle de la Nature infinie qui l'inspire intimement et diversement dans son éternel devenir.

 

Brève présentation de mes livres

 

Quelques exemplaires sont encore disponibles à l'adresse suivante (franco de port) :

 

ERIS-PERRIN

7, rue de la Paix

51310- ESTERNAY

 

- L'Art et le neutre, (12 euros).

- Philosophie et non-violence, (15 euros).

- Les démons de la pensée, (12 euros).

- L'Esprit de simplicité, (15 euros).

Nietzsche et l'amour, (14 euros).

La métaphysique naturaliste de Paul Klee, (10 euros).

Pour un cinéma d'auteur, (12 euros).

Philosophie et mysticisme - La rose de Silesius, (9 euros).

- Au-delà des images, (12 euros).

Fifi le philosophe, (5 euros).

-  Le gouffre, l'abîme et l'infini, (13 euros).

 

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À propos

claude stéphane perrin

Claude Stéphane PERRIN. Professeur de philosophie à la retraite, j'écris et je lis en méditant sur le problème de la non-violence, notamment à partir d'une idée non indifférente et non nihiliste du neutre .
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Djofolo DOUMBIA 27/07/2016 18:09

Je suis séduit par l'esprit d'analyse et de synthèse de M. Perrin. Je crois que je vais m'approprier de l'intelligence de ces œuvres. c'est un grand penseur et je m’étonne de ne l'avoir pas connu plus tôt.

Djofolo DOUMBIA 27/07/2016 18:06

Je suis séduit par l'esprit d'analyse et de synthèse de M. Perrin. c'est un grand penseur. Je crois que je vais m'approprier de ses ouvrages.

réparation iphone paris 75015 02/06/2014 12:27

Merci très beaucoup pour cet extrait de littérature. Sympa.