Biographie de Claude Stéphane PERRIN

par claude stéphane perrin 3 Décembre 2011, 09:57 Biographie de C.S. PERRIN

 

 

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   Claude Stéphane PERRIN est né en 1942 à Saint-Etienne (Loire).

 

 Ses parents étaient négociants à Usson-en- Forez (Loire). Il eut, très jeune, trois passions créatrices : pour le cinéma, pour la peinture et pour la philosophie. Il étudia cette dernière à la Sorbonne (Paris) où il eut comme professeur, notamment pour son diplôme de maîtrise, Marcel Conche. Il suivit, par ailleurs, les cours de F. Alquié, Y. Bélaval, R. Misrahi, M. Fichant, J. Bouveresse  et V. Jankélévitch.

 

   Professeur de Philosophie au Lycée de Maisons Alfort (94), puis de Sézanne (51), il a également enseigné les Lettres en classes préparatoires pour les concours scientifiques (HEC et VÉTO) ainsi que la philosophie de l'art à L'EAC (Paris), après avoir écrit un livre sur le peintre Léon Zack.

 

Le village de l'enfance

 

   "Mon existence n'est pas séparée des racines de l'enfance, et elle n'y est plus vraiment attachée. Maintenant, après beaucoup d'années d'éloignement, donc de souffrances, je peux aimer mon passé sans nostalgie.

    Le village de mon enfance est sis sur une petite montagne du massif central, à une altitude de neuf cents mètres : Usson-en-Forez (Loire). La lumière de ses ruelles rayonnait pour moi à partir de la maison familiale. Mais chaque point de vue était surtout coloré par tous ceux qui m'appor­taient de l'amour et des repères constants.

   Du village, je me souviens de quelques lieux précis. Il m'est impossible d'oublier l'image lumineuse de la maison carrée de la famille qui abritait enfants, parents et grands-parents. Je revois avec précision les maisons avoisinantes (même détruites aujourd'hui) où habitaient oncles et tantes. J'ai l'impression de ne jamais avoir quitté l'église où j'avais été enfant de chœur, et où planent encore les âmes de tant de défunts.

   Concernant ce village de quelques centaines d'âmes, ma mémoire est moins sensible à l'architec­ture austère de ses maisons en granit, recouvertes de tuiles, qu'à la chaleureuse et étrange présence de ses habitants. Je revois surtout des sourires, des colères, des gestes tendres…

   Avec le recul des années, je ne sais pas vraiment si je me sentais chez moi dans ce coin de terre parfois peu hospitalier, notamment lors des froidures hivernales.

   - Il a encore gelé à pierre fendre, s'écriait mon père, et il le disait parfois en patois…"

  

 Quelques anecdotes concernant l'amour du cinéma :

 

      "Ma passion créatrice pour le cinéma est très an­cienne. Elle précède de dix ans mon amour de la philosophie. Pourquoi cette passion pour des ima­ges animées ? Sans doute parce qu'elles créaient des liens affectifs et culturels. Elles transfiguraient les relations familiales, notamment grâce à mon père, Jean Perrin, qui aimait filmer, dès 1945, avec une caméra Kodak (16mm), les événements importants du village et de la famille (fiançailles, ma­riages…).

   Parfois quelques films loués en ville, bien que muets, agrémentaient nos soirées familiales. Je me souviens sur­tout des Charlot. Le spectacle de la séance était lui-même co­casse : le projecteur, posé sur un escabeau dans la cuisine, animait alors un grand drap blanc, tendu avec soin contre un mur.

   Lorsque la séance devait durer tard dans la nuit, la soirée était écourtée pour les petits, c'est-à-dire pour mon frère cadet Jean-Fran­çois et pour moi-même. Avec une grande amertume j'écoutais alors, du fond de mon lit, le bruit du projecteur et quelques rires lointains.

   Cet intérêt pour les images ne m'a jamais quitté et il fonde encore souvent mon rapport aux autres, à la culture et à la vie. Dans ma jeunesse, sans télévision et sans Internet, l'ouverture sur le monde de la culture passait autant par l'école que par le cinématographe, cette inven­tion récente, d'à peine cinquante ans…

   De plus, il y avait des cinémas locaux et parlants. Le premier et le plus proche était situé à Saint-Pal-de-Chalencon, à cinq kilomètres de notre village, sis au milieu de forêts de pins à Usson-en-Fo­rez dans la Loire. Nous y allions, très serrés à l'avant d'une camionnette Renault.

   Je me souviens d'avoir vu, en 1946, quelques films trau­matisants dont je n'ai pas retenu les titres. Mais je me rappelle très préci­sé­ment de scènes de cadavres, de tor­tures et d'incendie. Je pense, aujourd'hui, que ce film devait se dé­rouler pendant les guerres de religion. Cependant, plus tard,  j'ai eu la joie d'être rasséréné par d'autres films, et notamment par Blanche Neige et les Sept nains (1937) de Walt Disney.

   En 1953, devenu pensionnaire de l'école de Valbenoite, à Saint-Étienne, j'ai eu la chance d'être initié, dès la classe de sixième, au lan­gage cinématographique. Le Frère Vallet, professeur de philo­sophie, animait le ciné-club. Puis, en quatrième, il nous fit étudier un livre sur les genres du cinéma. Je me sou­viens très particulièrement du magnifique Louisiana Story (1948) de Fla­herty. En classe de Seconde, en 1958, j'ai été très fortement marqué par le climat austère du film de Robert Bresson in­titulé Le Journal d'un curé de campagne (1950).

   Le style de ce cinéaste influença d'ailleurs, peu de temps après, mon se­cond film d'amateur : Le Révolté. Financé par mon père et tourné avec sa caméra Kodak en 16 mm, j'avais alors été marqué par un fait divers, lu dans le journal local : la mort d'un adolescent au cours d'un cambriolage. Le Révolté voulait être un film d'auteur, au même titre que s'il s'agissait d'un écrit littéraire. Pour cela, je donnais libre cours au style exalté qui corres­pondait à mon état psychique d'adolescent. Ma pulsion de mort, très forte à cette époque, était renforcée par une très probable mystique du sacri­fice. La violence de mes refus rejoignait ainsi celle du sacré : créer d'irréversibles séparations. En tout cas, il m'était alors difficile de  maîtriser cette vio­lence.

   Peu à peu, au cours du montage, mon film qui durait d'abord trente minutes n'en fit plus que huit. Mon lyrisme et mon goût pour les belles images avaient alors cédé la place à une volonté de rigueur et de maîtrise eu égard au langage cinématographi­que.

   Les acteurs étaient mon frère, ma mère, mon père, mon grand-père, ma grand-mère, ma tante et une voisine. Chacun était ravi de parti­ciper, mais plutôt inquiet à propos du scénario. Mon autre grand-père, plus réservé, aurait préféré me faire travailler au jar­din… car il ne comprenait pas mon ambition de me réaliser dans et par le ci­néma.

   Aucune critique ne m'atteignait alors ; ma passion n'avait pas de barrière, et je délaissais parfois mon travail scolaire. Je fil­mais souvent des paysa­ges de ma région, ou bien je découvrais au cinéma d'Art et d'Essai de Saint-Étienne les films de Wajda, Coc­teau et Bergman… Et je lisais tous les livres que je pouvais acheter sur l'art cinématographi­que : Malraux, Mitry, Agel, Bazin…

   Puis j'ai fait mon service militaire à Paris, à Du­pleix en 1962, dans le même régiment qu'Eddy Mitchell, cet autre passionné du ci­néma, avec le­quel j'eus de très intéressantes discussions sur les films américains. En même temps, j'ai fréquenté assidûment la Cinémathèque de la rue d'Ulm dirigée par Gé­rard Langlois, puis celle du Palais de Chaillot... C'est là que j'ai côtoyé les illustres représentants de la Nou­velle Va­gue : Truffaut, Ri­vette, Rohmer et Godard…

   Après avoir assisté à une rétrospective des films de Ku­rosawa, j'ai rencontré Michel Estève, et grâce à lui, j'ai écrit, mes premiers articles pour sa revue : Études Cinématographi­ques (de 1964 à 1966). Ces textes m'ont permis d'approfondir ma passion pour le cinéma qui a vite été prolon­gée par la volonté de philosopher. Mon livre sur Dreyer (Seghers, 1969) témoigna de cet intérêt complexe pour une réflexion sur l'art, pour la dé­couverte de véritables auteurs de films et pour les interrogations philosophiques.

   C'est dans une perspective créatrice, et non en tant que consommateur, que j'ai en tout cas abordé les œuvres de l'art cinématographique. Car les films n'étaient pas pour moi des objets ; ils pouvaient exprimer le rayonnement d'un homme et créer la rencontre, avec d'autres, de multiples exigences d'authenticité ou de vérité.

   Dès lors, j'ai cherché dans les œuvres de divers cinéastes des proximités et des distances. J'ai ainsi décou­vert, à travers l'histoire du 7° art, l'inspiration remar­quable de nombreux authentiques auteurs. Ceux qui ont le plus nourri mes pro­pres intérêts étaient Chaplin, Eisenstein, Dreyer, Welles, Bergman, Kurosawa, Antonioni, Vigo, Godard et Rivette. Et si leur style ne correspond pas toujours à mes goûts personnels, cela ne m'empêche pas d'aller à leur rencontre en sachant que nul ne saurait penser et sentir à ma place. Ce perspectivisme, du reste, caractérise sans aucun doute ma propre manière de penser…

   Dès lors importe toujours pour moi la rencontre d'œuvres singulières par leur manière de transfigurer le réel dans une écriture personnelle, car c'est à partir d'un style singulier qu'une ouverture peut s'effectuer sur l'universel concret de toute réalité humaine vraiment digne dans ses dimensions    philosophiques, éthiques et politi­ques.

   Du reste, dans un film d'auteur, le style est une manière sin­gu­lière de traduire des sensations, d'exprimer un état ou des tensions internes, notamment par des cadrages, des plans, le tempo des séquences. Le style fait ainsi rayonner les ryth­mes secrets qui révè­lent un créateur, avec ses émotions, ses projets intimes et la liberté de son rapport au monde et aux autres…"

   

Précisions :

 

       Claude Stéphane PERRIN recherche dans la création philosophique les conditions d'une nécessaire non violence, allant de l'implicite (d'un retrait neutre, silencieux…) vers l'explicite (la Morale universelle des droits de  l'homme). 

   Ce qui l'intéresse, plus précisément, est le moment créatif où la pensée dépasse les métaphores par des concepts, celui où une singularité s'ouvre raisonnablement sur l'universel, celui du passage du neutre vers un engagement social et politique juste et responsable, celui où un silence est remplacé par une parole claire ou bien par une écriture sensée, en restant simplement sur le bord de l'infini d'une liberté ou de l'amour.

   Cela signifie que, pour philosopher, il est nécessaire de partir d'un fondement clair et simple qui ne peut être que celui d'une volonté raisonnable capable de clarifier son rapport nécessaire à la réalité matérielle de chacun. Dès lors, il s'agit  de philosopher simplement, le plus simplement possible, et sans oublier que la philosophie se définit par l'ouverture de la réflexion de chacun sur tous les sujets qui concernent l'homme, et notamment sur la totalité de tous les mondes englobés par la Nature, afin d'en rechercher l'éventuelle vérité.

   Philosopher simplement, ce serait ainsi s'interroger d'une manière raisonnable en assumant sa propre finitude existentielle, en ayant conscience de se trouver au bord de l'infini, et parfois au contact de l'infini (par un acte moral ou par un amour intellectuel). La simplicité de l'acte de philosopher consiste en tout cas à ne pas aller au-delà. Elle refuse donc toute démesure ou fusion sublime avec l'Infini, l'Illimité, l'Un absolu, l'Imprésentable ou l'Inaccessible. 

     Pour être simple, il faut en effet mettre entre parenthèses le sentiment de l'infini, du sans forme, et ne jamais désirer le feu dévorant de l'absolu qui absorbe parce que notre imagination nous l'impose. Reste pourtant un possible contact libre du fini avec l'infini, comme dans le bref instant où une conscience éprouve une possible liberté intérieure, avant de s'engager raisonnablement et sérieusement pour s'accorder  avec le réel. Ce contact infime, non violent et raisonnable peut aussi inspirer un bref moment de sagesse, alors qu'une fusion avec l'infini crée soit le cercle mythique du savoir absolu, soit la poésie de l'Obscur ; dans les deux cas l'oubli ou le silence de la philosophie.

 

   Dans tous les cas, la simplicité nécessaire pour philosopher, pour éclairer ce qui est complexe, est un acte de la pensée qui s'interroge sur la possibilité de dépasser ses propres tensions intimes. Certes, cette orientation paraît paradoxale. Lorsqu'une singularité, forcément complexe, s'interroge sur le simple n'est-elle pas en effet contrainte de le dédoubler, donc de le rendre complexe ? Sans doute. Dès lors, l'idée du simple ne devrait-elle pas être pure, originelle, c'est-à-dire avant toute explication ou appropriation singulière ? Elle serait en quelque sorte a priori ; elle serait comme le surgissement imprévisible d'un acte libre, avant toutes les épreuves simples que chacun peut effectuer en se situant dans la perspective modérée du raisonnable.

    Cependant, à chaque instant où surgit la volonté du simple, la pensée se sent plus légère, plus libre. Elle peut bien sûr chercher ensuite à construire sa propre philosophie, par soi-même, contre soi-même et avec les autres, en tenant compte de toutes les complexités du réel, mais le souvenir lumineux de chacun de ses commencements rendra son œuvre, même inachevée, plus créatrice donc accessible à tous les hommes qui auront librement décidé de philosopher . 

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      Sur la couverture, détail d'une œuvre d'Élise Perrin-Destraz, 2013.

 

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