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Claude Stéphane PERRIN

Recherches philosophiques qui, inspirées par l'idée du neutre, vont au-delà du scepticisme vers une interprétation moderne (historique et intemporelle) du principe de raison.

Biographie de Claude Stéphane PERRIN

La maison familiale à Usson-en-Forez (Loire)

La maison familiale à Usson-en-Forez (Loire)


   

Claude Stéphane PERRIN est né en 1942 à Saint-Etienne (Loire).

 

Ses parents étaient négociants à Usson-en-Forez (Loire).

 

"Mon existence n'est pas séparée des racines de l'enfance, même si elle a dû s'en éloigner. Maintenant, après beaucoup d'années de maturation, je peux aimer mon passé sans nostalgie à partir de la lumière de mes plus purs souvenirs.

Le village de mon enfance est sis sur une petite montagne du Massif central, à une altitude de neuf cents mètres : Usson-en-Forez (Loire). La lumière de ses ruelles rayonnait pour moi à partir de la maison familiale. Mais chaque point de vue était surtout coloré par tous ceux qui m'appor­taient de l'amour et des repères constants.

Du village, je me souviens de quelques lieux précis. Il m'est impossible d'oublier l'image lumineuse de la maison carrée de la famille qui abritait enfants, parents et grands-parents. Je revois avec précision les maisons avoisinantes (même détruites aujourd'hui) où habitaient oncles et tantes. J'ai l'impression de ne jamais avoir quitté l'église où j'avais été enfant de chœur, et où planent encore les images de tant de défunts.

Concernant ce village de quelques centaines d'âmes, ma mémoire est moins sensible à l'architec­ture austère de ses maisons en granit, recouvertes de tuiles, qu'à la chaleureuse et étrange présence de ses habitants. Je revois surtout des sourires, des colères, des gestes tendres…

Avec le recul des années, je ne sais pas vraiment si je me sentais complètement chez moi dans ce coin de montagne parfois peu hospitalier, notamment lors des froidures hivernales.

- Il a encore gelé à pierre fendre, s'écriait mon père, et il le disait aussi en patois…"

À gauche, la maison de l'enfance.

À gauche, la maison de l'enfance.

Une aquarelle d'Alain Colomb (2015), mon cousin, d'après une photo du 1.08.1946.

Une aquarelle d'Alain Colomb (2015), mon cousin, d'après une photo du 1.08.1946.

Aquarelle du cousin Alain Colomb (2015). Déchargement d'une camionnette devant la petite usine de paillons. Au fond, à droite, la maison familiale, à gauche, celle de notre arrière grand-père Jean-Pierre Perrin.

Aquarelle du cousin Alain Colomb (2015). Déchargement d'une camionnette devant la petite usine de paillons. Au fond, à droite, la maison familiale, à gauche, celle de notre arrière grand-père Jean-Pierre Perrin.

Aquarelle du cousin Alain Colomb représentant le jeu des biches lors de la fête du village. Au milieu se trouve la maison familiale avec ses remises.

Aquarelle du cousin Alain Colomb représentant le jeu des biches lors de la fête du village. Au milieu se trouve la maison familiale avec ses remises.


   

Claude Stéphane PERRIN a d'abord été, dès l'enfance, passionné par le cinéma. Il a écrit à ce sujet :

 

  "Ma passion créatrice pour le cinéma est très an­cienne. Elle précède de dix ans mon amour de la philosophie. Pour­quoi cette passion pour des ima­ges animées ? Sans doute parce qu'elles créaient du lien, parce qu'elles renfor­çaient les relations familiales, comme c'était déjà le cas pour mon père, Jean Perrin, qui ai­mait filmer, dès 1945, avec une caméra Kodak (16mm), les événements impor­tants du village et de la famille (fiançailles, mariages, fêtes locales…). Parfois, quelques films loués en ville, bien que muets, agrémentaient nos soirées familiales. Je me souviens sur­tout des Charlot. Le spectacle de la séance était lui-même co­casse : le projecteur, posé sur un escabeau dans la cui­sine, animait un grand drap blanc, tendu avec soin contre un mur. Lorsque la séance devait durer tard dans la nuit, la soi­rée était écourtée pour les petits, c'est-à-dire pour mon frère ca­det Jean-Fran­çois et pour moi-même. Avec une grande amertume, j'écoutais alors, du fond de mon lit, le bruit du projecteur et quelques rires lointains. Cet intérêt pour les images ne m'a jamais quitté et il fonde encore souvent mon rapport aux autres, à la culture et à la vie. Dans ma jeunesse, sans télévision et sans Inter­net, l'ou­verture sur le monde passait par le cinémato­graphe, cette inven­tion récente, d'à peine cinquante ans… Il y avait d'ailleurs des cinémas locaux et parlants : celui de Madame Mantrand à Usson-en-Fo­rez (Loire), voire celui de Saint-Pal-de-Chalen­con, sis à cinq kilomètres de notre village. Nous y allions, serrés à l'avant d'une vieille camionnette Renault.

   En 1953, devenu pensionnaire de l'école de Valbenoite, à Saint-Étienne, j'ai eu la chance d'être initié, dès la classe de sixième, au "lan­gage" cinématographique. Le Frère Vallet, professeur de philo­sophie, animait le ciné-club. Puis, en quatrième, il nous fit étudier son livre sur les genres du ci­néma. Je me sou­viens tout particulièrement du magnifique Louisiana Story (1948) de Fla­herty. Ce documentaire m'inspira mon premier petit court métrage : Rêve d'enfant (1956). Puis, en classe de Seconde, en 1958, j'ai été très fortement marqué par le climat austère du film de Robert Bresson in­titulé Le Jour­nal d'un curé de campagne (1950). Le style de ce cinéaste influença d'ailleurs, peu de temps après, mon se­cond film d'amateur : Le Révolté (1958). Financé par mon père, et tourné avec sa caméra Kodak en 16 mm, j'avais alors été marqué par un fait divers, lu dans le jour­nal local : la mort d'un adolescent au cours d'un cambrio­lage. Le Ré­volté voulait être un film d'auteur, au même titre que s'il s'agissait d'un écrit littéraire. Pour cela, je donnais libre cours au style exalté qui corres­pondait à mon état psychique d'adolescent. Ma pulsion de mort, très forte à cette époque, était renforcée par une très probable mystique du sacri­fice. En tout cas, il m'était diffi­cile de maîtriser cette vio­lence autrement que par cette création. Peu à peu, au cours du montage, mon film qui durait d'abord trente minutes n'en fit plus que huit. Mon lyrisme et mon goût pour les belles images avaient alors cédé la place à une volonté de rigueur et de maîtrise de l'expression cinématographi­que. Tout désir de contemplation était ainsi transfiguré en action ; des plans très brefs s'enchaînant inexorablement. Les acteurs et actrices étaient mon frère, ma mère, mon père, mon grand-père, ma grand-mère, ma tante et une voisine. Cha­cun était ravi de parti­ciper, mais plutôt inquiet à propos du scé­nario. Mon autre grand-père, plus réservé, aurait préféré me faire travailler au jar­din. Aucune critique ne m'atteignait alors ; ma passion n'avait pas de limites, et je délaissais parfois mon travail scolaire. Je fil­mais souvent des paysa­ges de ma région, ou bien je dé­couvrais au cinéma d'Art et d'Essai de Saint-Étienne les films de Wajda, Coc­teau et Bergman… Et je lisais tous les livres que je pouvais acheter sur l'art ciné­matographi­que : Mitry, Bazin, Agel, Malraux.

   Puis j'ai fait mon service militaire à Paris, à Du­pleix en 1962, dans le même régiment qu'Eddy Mitchell, cet autre passionné du ci­néma, avec le­quel j'eus de très intéres­santes discussions à propos des films américains. En même temps, j'ai fréquenté assidûment la Cinémathèque de la rue d'Ulm diri­gée par Gé­rard Langlois, puis celle du Palais de Chail­lot... C'est là que j'ai côtoyé les illustres représentants de la Nou­velle Va­gue, notamment Godard dont le style inspira en partie mon dernier film d'amateur Le Chemin des enfers (1962). Après avoir assisté à une rétrospective des films de Ku­ro­sawa, j'ai rencontré Michel Estève, et grâce à lui, j'ai pu écrire mes premiers articles pour sa revue : Études Ciné­ma­tographi­ques (de 1964 à 1966). Ces textes m'ont per­mis d'approfondir ma passion pour le cinéma avant de me consacrer à la philosophie. Mon livre sur Dreyer (Seghers, 1969) témoigna de cet intérêt bifide qui cherchait à unir une réflexion sur mon existence et la dé­couverte de véritables auteurs de films.

   Après cette passion pour le cinéma, Claude Stéphane PERRIN se tourna vers la philosophie en 1967. Il étudia cette dernière à la Sorbonne (Paris) où il eut comme professeur Yvon Belaval, Vladimir Jankélévitch, Robert Misrahi, Michel Fichant, Jacques Bouveresse et, pour son diplôme de maîtrise, Marcel Conche.

   Ensuite, professeur de philosophie au Lycée Eugène Delacroix de Maisons-Alfort (94) pendant vingt-deux ans, puis au Lycée de Sézanne (51) jusqu'à sa retraite, il a parallèlement enseigné les Lettres en classes préparatoires pour les concours scientifiques (HEC et VÉTO) ainsi que la philosophie de l'art à L'EAC (Paris).

 

  Claude Stéphane PERRIN a recherché dans la création philosophique les conditions d'une possible non-violence (ou moindre violence), allant de l'implicite (d'un retrait sceptique, neutre, silencieux…) vers l'explicite (la Morale universelle des droits de l'homme), tout en restant dans le champ d'une philosophie de la Nature.

   Ce qui l'a, plus précisément, intéressé est le moment créatif où la pensée dépasse les doutes par des propositions, les métaphores par des concepts, et où sa singularité s'ouvre raisonnablement sur la reconnaissance de celle des autres, notamment à partir du passage du neutre vers un engagement social et politique (juste et responsable). Le silence des commencements est alors remplacé par une parole et par une écriture volontairement claires et sensées, tout en restant sur le bord de l'infini, comme dans des actes de liberté ou d'amour qui dépassent le scepticisme en se fondant sur la rationalité qui éclaire les images éphémères des choses...

  Dans cet esprit, il est nécessaire de maîtriser le sentiment de l'infini, du sans forme, et ne jamais désirer le feu dévorant de l'absolu qui nous absorbe lorsque notre imagination nous le fait désirer.

   En tout cas, il s'agit de construire sa propre philosophie, par soi-même, contre soi-même et avec les autres, en tenant compte de toutes les complexités de la Nature... Puis le souvenir lumineux de chacune de ses multiples clarifications devrait rendre tout travail, même inachevé, plus créateur et plus humain, donc accessible à tous ceux qui décideront aussi de philosopher.

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   Une constante exigence philosophique de vérité est inséparable d'un tenu pour vrai sur toutes les évidences et sur toutes les convictions. Et ce tenu pour vrai, volontairement posé par une raison empirique, anime peut-être le contact de chaque vie avec l'éternité, c'est-à-dire un contact du fini avec l'infini, notamment lorsque la puissance infinie de la Nature est éprouvée par une intelligence ouverte sur l'imprévisible, et non sur la seule exploration de choses banales ou les moins complexes.

   Nous sommes en effet embarqués dans l'infinité imprévisible, in­compréhensible, inconnaissable et non to­talisable de la Nature qui contredit toutes les représentations que nous imaginons à son sujet, y compris lorsque nous déployons la plus authentique probité intellectuelle ou les idées les plus importantes de la raison. Cependant, les murs de nos propres mondes demeurent infranchissables, même si, loin de toute forme d'ascétisme logique, c'est-à-dire loin d'une fuite du réel dans la froideur de l'abstraction, nous avons néanmoins dans nos doutes, et à partir de nos doutes, de brefs contacts intellectuels et sensibles avec l'infini ; des contacts douloureux ou paisibles, en tout cas jamais indifférents.

   C'est dans ces conditions que ma démarche philosophique, tournée vers des domaines aussi variés que l'art (pictural, poétique et cinématographique), la littérature, l'imaginaire, les mythes, la mystique et l'histoire de la philosophie, se veut humaniste (non violente), métaphysique (déterminée comme chez Anaximandre et M. Conche par l'infinité de la Nature), perspectiviste (ouverte sur tous les domaines en dépassant le scepticisme par le rationalisme) et créatrice, comme chez les philosophes-artistes (Lucrèce, Montaigne, Nietzsche)…

   Ma problématique générale consiste alors à dénouer la complexité du réel et à remonter vers quelques points de contact possibles avec l'infini, par exemple avec le Deus sive natura de Spinoza, notamment dans la fulgurance d'instants créatifs qui espèrent toucher et éclairer un peu notre rapport raisonnable avec les choses de nos mondes éphémères, pourtant inséparables de l'Éternité de la Nature.

 

Articles sur la littérature :

- Racine et la nouvelle critique. Analyse et réflexions sur Phèdre de Racine, La passion, Ellipses, éditions Marketing, 1983.

- Kafka et l'écriture de l'inachevé. Analyse et réflexions sur Kafka, Le Château, Ellipses, éditions Marketing, 1984.

- Baudelaire : une esthétique de la modernité. Analyse et réflexions sur Baudelaire, Spleen et Idéal, Ellipses, éditions Marketing, 1984.

- La Gaieté de Beaumarchais. Analyse et réflexions sur Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, Ellipses, éditions Marketing, 1985.

- Henri Michaux (Perpétuelles, n° 2, 1985).

- Violence et beauté. Analyse et réflexions sur Mishima, Le Pavillon d'or, Ellipses, éditions Marketing, 1986.

- Borges et le mythe du cercle. Analyse et réflexions sur Borges, Fictions, Mythe et récit. Ellipses, éditions Marketing, 1988.

- Giraudoux et l'ironie du destin. Analyse et réflexions sur Giraudoux, La Guerre de Troie n'aura pas lieu, l'histoire. Ellipses, éditions Marketing, 1989.

 

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Ouvrages :

Sur le cinéma :

- Carl Th. Dreyer, Seghers, 1969.

Pour un cinéma d'auteur, Eris-Perrin, 2015.

Sur l'art :

- Penser l’art de Léon Zack, L’Âge d’homme, 1984.

- L'Art et le neutre, Eris-Perrin, 2010.

La métaphysique naturaliste de Paul Klee, Eris-Perrin, 2015.

- Au-delà des images, Eris-Perrin, 2016.

Sur la philosophie :

- Le Neutre et la pensée, L’Harmattan, 2009.

- Philosophie et non-violence, Eris-Perrin, 2012.

- Les démons de la pensée, Eris-Perrin, 2013.

- L'Esprit de simplicité, Eris-Perrin, 2014.

Nietzsche et l'amour, Eris-Perrin, 2014.

Philosophie et mysticisme - La rose de Silesius, Eris-Perrin, 2015.

-  Le gouffre, l'abîme et l'infini, Eris-Perrin, 2017.

Livret pour la jeunesse :

Fifi le philosophe, Eris-Perrin, 2016.

 

Biographie de Claude Stéphane PERRIN

   Une vérité simple et universelle, n'était-elle pas manifes­tement vécue par le style de l'auteur de La Passion de Jeanne d'Arc (1928) ? Sans doute, car l'âme de ce film reflète bien la personnalité authentique de Dreyer dès lors que le mot âme est saisi, notamment dans l'orientation néo-platonicienne qui était la mienne à cette époque (1969), à partir de l'intuition d'une subjectivité à la fois spirituelle et psychologique : concentrée, comprimée, active… et intelligente.

Biographie de Claude Stéphane PERRIN

Ce livre m'a conduit à étudier le processus de la création en fonc­tion de la singularité d'un artiste qui avait eu une grande exigence de vérité (Léon Zack) en se situant dans une perspective à la fois mystique et philosophique. Le mystérieux désir d'absolu d'un peintre qui fut également poète s'est constitué dans une perspective alogique (l'union irrationnelle du même et de l'autre) dont la philoso­phie hésitait entre le polemos d'Héraclite et une fusion avec l'impondérable.

Biographie de Claude Stéphane PERRIN

   Ma recherche philosophique m'a conduit à viser le point d'équilibre simple (neutre) à partir duquel une intuition fondamentale et non violente de la vérité serait possible. Comment satisfaire cette exigence ? Tout d'abord, dans une perspective singulière, le neutre ne saurait être considéré comme un fait objectif. Il n'est pas donné. Il est plutôt l'idée (hypothétique) qui précède tout don et tout retrait. Il est l’idée virtuelle (dans un sens indéterminé) à partir de laquelle la violence des ca­tégories absolues du réel et de la pensée peut être refusée. En conséquence, une pensée, soucieuse de refuser indifférence, insensibilité, violence et nihilisme, commence plutôt par se rapporter, en deçà d’une éventuelle harmonie des contraires, à une idée du neutre qui est porteuse de promesses à la fois libres et humaines. 

Biographie de Claude Stéphane PERRIN

Dans le cadre d'une philosophie de l'art qui a interrogé Kant, Nietzsche, Heidegger et Levinas, l'idée du neutre a servi de point de repère pour fon­der une catharsis des formes esthétiques violentes, extravagantes ou déli­rantes. En fait, l'idée du neutre idée anticipe d'abord en créant des formes imprévisibles et dis­tantes. Ensuite, elle déconstruit les passions pour valoriser les différences les plus nuan­cées au cœur d'un abri provisoire, certes plus intellectuel que sensible. Enfin, elle compose des vérités singulières et régule les formes en rendant possibles des relations éthiques et politiques.

Biographie de Claude Stéphane PERRIN

   Née de l'incapacité humaine à tout connaître, la philosophie est une activité de conceptualisation problématisée et méthodique qui vise, par-delà toute cohé­rence seulement formelle, à rendre un peu non violente la vie de chaque homme, aussi bien singulière que ci­toyenne du monde. Pour cela la philosophie promeut des valeurs qui rapportent la Morale universelle des droits de l'Homme (dont le fondement a été clai­rement mis en évidence par le philosophe contemporain M. Conche) à diverses éthiques de la moindre violence.

Biographie de Claude Stéphane PERRIN

   Les démons (dai­mônes) sont-ils des dieux, des figures du destin, de bons génies comme des anges célestes, de mauvais génies comme les anges déchus ; ou bien sont-ils le fruit imagé d'une simple hypothèse pour penser, voire une simple anticipa­tion pour rêver ou pour interroger ses fantasmes ? Bien qu'ils soient inconnaissables, ces êtres mythiques nous in­fluen­cent pourtant. Dès lors, comment échapper à leurs complexes actions fictives sur la pen­sée ? Ne faudrait-il pas aller au cœur de leurs images en approchant une idée simple qui libérerait de toutes leurs influences ? Par ailleurs, comment se débarrasser des démons sinistres du néant, de l'orgueil, de la duperie, de la violence, de la mort, de l'insensibilité ou de la folie ?

Biographie de Claude Stéphane PERRIN

   L'esprit de simplicité requiert de philo­sopher simplement, le plus simple­ment possible, c'est-à-dire de toujours vouloir créer de nouveaux actes libres ouverts sur l'infini, sans se laisser en­fermer dans le devenir contraint de sa propre finitude existentielle, et en ayant cependant conscience de se trouver, à chaque nouvel instant, au bord de l'in­fini (de la Nature ou du vide), ou au contact de l'infini (dans des actes créatifs, libres ou vertueux).

   Dans ces conditions, chaque pensée peut se réaliser dans l'acte instantané où elle commence vraiment à naître pour soi, à partir de soi, afin de rencontrer l'autre et afin de créer de nouvelles libertés. Car, entre la simplicité du vide et celle d'une perfection (comme celle de la Nature naturante), il n'y a que les formes complexes et évanescentes du réel matériel. En tout cas, ces choses, dérisoires ou non, ne de­vraient pas obscurcir la probable simplicité de chaque commencement.

   L'écho de cet ouvrage sur un public a été très faible. Je retiens pourtant quelques jugements du philosophe Alain Panero : "Faisant d’une exigence théorique de simplicité et d’un idéal pratique de modération les deux piliers de sa quête résolument humaniste de l’absolu, Claude Stéphane Perrin n’entend pas ici suivre les règles habituelles de ce jeu de langage qu’est la philosophie instituée. À ses yeux, les philosophes, quels que soient leurs mérites, parviennent toujours, à un moment ou à un autre, à fausser les choses. Quelle que soit la grandeur de leur pensée (et l’auteur ne nie jamais cette grandeur), ils tendent immanquablement à tout compliquer, au risque d’une démesure qui les reconduit, en quelque sorte malgré eux, à des croyances d’allure religieuse. Il faut reconnaître que la perspective de C.S. Perrin, étayée d’analyses fines, d’ailleurs pleinement mises en valeur par une écriture maîtrisée, ne manque pas de cohérence. L’argumentation, à la fois sceptique, critique et même anarchisante, nous rappelle que non seulement le commencement de la philosophie suppose une conscience qui l’effectue présentement (et sans laquelle toute l’histoire de la philosophie serait lettre morte) mais encore que le devenir de la philosophie en tant que telle – c’est-à-dire en tant que recherche continue de savoir et de sagesse – présuppose chez le philosophe qui l’assume une capacité de repousser la double tentation des systèmes clos et des ouvertures mystiques. Comment demeurer philosophe quand on est saisi par le démon de la philosophie ? Le déploiement prétendument méthodique de la philosophie aurait conduit, jusqu’à présent, à une sortie de la philosophie et non à son extension : telle est la thèse soutenue ici." (Revue philosophique de la France et de l'étranger, 2015/1, tome 140, Presses Universitaires de France)

Biographie de Claude Stéphane PERRIN

   L'amour hu­manise-t-il ou divinise-t-il ? Mais peut-on choisir ? Nietzsche, poussé par une mystérieuse fatalité, a aimé les dieux grecs de l'antiquité. Ainsi sa phi­losophie s'est-elle déployée en de multiples perspectives, y compris ex­trêmes, orientées, concentrées et renforcées par un amour incandescent et clair qui embrassait religieusement le don de la totalité du réel ! Dans cet esprit, la Nature pouvait être aimée dans son innocente puissance infinie, la vie être désirée en dépit des pires cruautés qui taraudent ses formes ter­restres, et l'intense mélodie de son écriture s'étirer amoureusement au bord des abîmes les plus tragiques. En tout cas, lorsqu'un amour est créatif, il se divinise en surmontant ou en transfigurant les haines qui l'ont parasité ; car il est le fruit de divers instincts entrelacés, même opposés, qui peuvent être dominés, clarifiés, purifiés et spiritualisés par l'action d'un vouloir capable de se sacrifier avec joie pour devenir éternel.

   Dans sa préface à mon ouvrage, le philosophe Philippe Granarolo a ainsi interprété mon projet : "Peu nombreux sont les commentateurs qui ont repéré la proximité de ces formules nietzschéennes avec la notion stoïcienne de « sympathie universelle » (συμπάθεια) qui désigne chez les Stoïciens la connivence de tous les êtres liés les uns aux autres par la Nécessité. Lorsque Perrin écrit qu’« il résulte de cette relation complexe entre le fini et l’infini que le concept de causalité doit être remplacé par celui d’enchevêtrement », il confirme mon intuition d’un « quantisme nietzschéen » que j’avais pour la première fois mise en avant dans les dernières pages de mon essai de 1993 L’individu éternel / L’expérience nietzschéenne de l’éternité[1], puis que j’avais développé en 1992 dans un article intitulé Dans le corps l’univers[2]. Sympathie stoïcienne, enchevêtrement nietzschéen, inséparabilité quantique, n’exprimeraient-ils pas, à des siècles d’intervalle et dans des contextes certes fort différents, un identique paradigme qu’une science occidentale excessivement causaliste a relégué au second plan ? On ne s’étonnera donc guère du fait que le nietzschéen que je suis se sente en harmonie avec les pages consacrées au grand « Oui » amoureux dit par Nietzsche à la vie, au corps et à la Nature."

 

[1] L’individu éternel / L’expérience nietzschéenne de l’éternité, Paris, Vrin, Bibliothèque d’histoire de la philosophie, 1993, p. 165 sq.

[2]  In Le corps, Paris,  Éditions Bréal, 1992, p. 279-288. Article en ligne sur mon site www.granarolo.fr

Biographie de Claude Stéphane PERRIN

   L'essai intitulé Pour un cinéma d'auteur ras­semble quelques textes consacrés à des œuvres cinématographiques qui n'ont pas été déterminées par un inté­rêt seulement commercial, in­dustriel, spec­ta­culaire ou divertissant. Dans cet esprit, un film d'auteur ne relève pas d'un lan­gage collectif, qui n'a du reste jamais été codifié, mais d'une ciné­matogra­phie, c'est-à-dire d'une écriture singulière qui donne à penser de multiples relations avec le réel, y compris politiques comme chez Eisens­tein. En fait, plus précisément, cet essai a interrogé quelques cinéastes importants qui ont ré­pondu, selon trois perspectives qui se croisent parfois, aux exigences d'un cinéma authentique.

   La première perspective est métaphysique. Elle fait un saut hors de la finitude humaine vers l'infini, comme dans La Passion de Jeanne d'Arc de Dreyer, ou bien elle retarde ses possibles con­tacts avec l'infini (Bergman).   

   La deuxième perspective, postmoderne, aborde les auteurs qui ont préféré déconstruire leur moi, voire les apparences, afin de problématiser les profondeurs non humaines du réel, notamment en faisant surgir des failles, des discordances, ou bien en se rapportant à un mystérieux point indiscernable entre le visible et l'invisible, la réalité et la fiction, comme dans les films d'An­tonioni ou de Godard.

   La troisième pers­pective met surtout en relief les for­ces humaines qui expriment des tensions remarquables entre de multiples grandeurs et faiblesses, notamment chez Chaplin, Kurosawa ou Jean Vigo.

Biographie de Claude Stéphane PERRIN

     En fait, la métaphysique de la création artistique de Paul Klee paraît d'abord fulgurante, car elle frappe avec la même rapidité l'affect et la pensée, le clair et l'obscur, sans se perdre dans le feu de quelque transcendance. Dès lors, cette métaphysique ne doit pas être interprétée à partir d'un au-delà ou d'un après aristotélicien de la physique, mais plutôt dans le sens où le préfixe grec μετά signifie avec. Dans l'éclair de chaque nouvel instant et dans le silence où rayonnent des contacts ou des vibrations entre les formes, le spectateur des œuvres de Paul Klee ne parvient-il pas surtout à toucher un "point infini" de la Nature ?

Biographie de Claude Stéphane PERRIN

   D'un point de vue philosophique, la raison humaine prévaut. Elle est l'activité de l'esprit qui crée des rapports ordonnés, clairs et accordés entre des concepts. Dès lors, la rose de Silesius ne serait-elle pas comme Dieu (ou comme la Nature pour Spinoza), ce qui n'est pas sans raison, mais l'action d'une raison inconnaissable, et pourtant bien présente lorsque la pensée saute du sans pourquoi de la rose (l'abîme du sans fondement) dans la raison de sa floraison : la rose fleurit parce qu'elle fleurit ?

Biographie de Claude Stéphane PERRIN

   Dans une méditation sur les images, que ces dernières soient pesantes ou légères, de multiples dialogues silencieux sont possibles entre les forces créatrices de la pensée qui les interprète (dans son rapport à l'infinité de la Nature) et les formes singulières de celui qui les éprouve dans sa finitude spatio-temporelle. Cependant, dans le dialogue secret qui se noue entre raison et déraison, profondeurs et altitudes, animus et anima, les images de la pensée et la pensée des images demeurent entrelacées comme le silence et la parole, y compris lorsqu'un profond repli sur soi conduit inéluctablement à l'oubli de ses propres images.

Biographie de Claude Stéphane PERRIN

    Ce livret est destiné à tous les jeunes écoliers (à partir de 8 ans) qui veulent faire un premier pas vers la philosophie… Dans une lettre qu'il m'a adressée, le philosophe Marcel Conche a relevé la problématique suivante : "Ce livre a beaucoup de charme et j'y ai été très sensible. Je me suis senti enfant, content de penser que je suis environné par une multitude de cadeaux. Mais l'imprévisible malice de Fanou m'a fait me demander si l'homme faisait aussi partie de ces cadeaux. Les délicates illustrations sont ce qu'il fallait. " [1]

 

[1] Conche (Marcel), Lettre du 18 juin 2016.

Biographie de Claude Stéphane PERRIN

   Dans son rapport spontané avec l'idée non figurable, active, inconnue et pourtant positive de l'infini, la pensée peut sauter hors d'elle-même sans prétendre expliquer l'infini, car une lente explication, pas à pas, dépli après dépli, ajouterait indéfiniment du fini à du fini sans se rapporter à l'infini. En revanche, lorsqu'elle accomplit la volatile spontanéité de l'esprit de la Nature, la pensée peut aussi s'envoler en un acte vif et plein vers l'infini, sans chercher à comprendre ce qu'elle est ni ce qu'elle vise (aucun objet n'étant imaginé dans son ouverture). Et, lorsqu'elle vole vers l'infini, chacune de ses pensées, même sous une forme aphoristique, possède peut-être la même puissance créatrice que celle de la Nature infinie qui l'inspire intimement et diversement dans son éternel devenir.

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À propos

claude stéphane perrin

Claude Stéphane PERRIN. Professeur de philosophie à la retraite, j'écris et je lis en méditant sur le problème de la non-violence, notamment à partir d'une idée non indifférente et non nihiliste du neutre .
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