Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Claude Stéphane PERRIN

Recherches philosophiques qui, inspirées par l'idée du neutre, vont au-delà du scepticisme vers une interprétation moderne et différentielle (historique et intemporelle) du devenir du principe de raison.

Vocabulaire de Martin Buber

Vocabulaire de Martin Buber

Vocabulaire de Martin BUBER

 

 

Amour : "Quand un homme aime une femme dont la vie lui est constamment présente, le Tu qu'il voit luire dans les yeux de cette femme lui fait entrevoir un rayon du Tu éternel." [1]

 

Animal : "Les yeux de l'animal nous parlent un grand langage. (…) Ils expriment le mystère que la nature a révélé et enfermé en eux, je veux dire l'appréhension du devenir. Seul l'animal connaît cet état du mystère, seul il peut nous l'ouvrir – car c'est un état qui peut s'ouvrir mais non se découvrir." [2]

 

Cela, ni le Je ni le cela n'existent séparément, ils existent uniquement dans la sphère du Je-cela. - L'homme entre en un "étroit corps-à-corps" [3] avec le monde qu'il veut saisir : le monde du Cela." [4] "L'objet n'est pas durée mais stagnation, arrêt, interruption, raidissement, isolement, absence de relation et de présence." [5] "Le monde du Cela est le règne absolu de la causalité." [6] Le rapport instrumental Je-cela s'ancre dans le monologue, qui transforme le monde et l'être humain en objet. Dans l'ordre du monologue, l'autre est réifié — il est perçu et utilisé —.

 

Création : "Agir, c'est créer ; inventer, c'est trouver ; donner une forme, c'est découvrir. En créant je découvre. J'introduis la forme dans le monde du cela." [7] La création de l’humain est en corrélation avec Dieu : faire naître de l'être, commencer un éveil de la conscience de soi puis de la destinée de chacun qui rend solidaire, car rien ni personne ne se crée de soi. Union de la Créature avec le Créateur et celle, subséquente, des créatures humainement pour qui la Création n’est pas un fait accompli mais une réalité en voie de parachèvement. Dans cette œuvre, l’humain est une fois de plus, le coopérateur (choutaf) de Dieu.

 

Croisement : "Le monde du Cela est cohérent dans l'espace et dans le temps. Le monde du Tu n'est cohérent ni dans l'espace ni dans le temps. Il a sa cohérence au point central où les lignes prolongées des relations se coupent dans le Tu éternel. À l'intérieur du grand privilège de la relation pure, les privilèges du monde du Cela sont abolis. La continuité du monde du Tu est faite de ce privilège : les moments isolés de la relation se groupent pour former une vie universelle de liens réciproques. Ce privilège confère au monde du Tu sa force plastique ; l'esprit est apte à pénétrer et à transformer le monde du Cela. Par ce privilège nous échappons à l'hétérogénéité du monde, à l'irréalité du moi, à la tyrannie des fantômes." [8]

 

Décision : "matière ignée de ma volonté"

 

Destin et liberté : déclaration d’un personnage du roman de Martin Buber, Gog et Magog : « Dieu m’a fait libre et je le trahis si je me laisse contraindre». [9] Le mot Dieu désigne un absolu non conceptualisable, d'où le mystère du destin de la liberté. "Le destin n'est pas une cloche pneumatique renversée sur le monde humain. Nul ne le rencontre si ce n'est en partant de la liberté." [10] "L'homme dominé par le Cela est bien forcé de voir dans le dogme du cours invariable des choses une vérité qui introduit de la clarté dans la confusion ; en réalité ce dogme ne fait que l'assujettir plus fortement au monde du Cela. Mais le monde du Tu n'est pas clos. Quiconque va vers lui d'une âme recueillie, poussé par une force de relation ressuscitée, découvrira en soi la liberté. Et cesser de croire à la servitude, c'est devenir libre." [11]

 

 

 

Dieu : Dieu — le Tu éternel — "embrasse le Tout, mais il n'est pas le Tout." [12]"Certes Dieu est le «tout autre», l'être tout autre que nous, mais il est aussi le «tout même», le tout présent. Certes il est le mysterium tremendum dont l'apparition nous terrasse ; mais il est aussi le mystère d'évidence qui m'est plus proche que mon moi." [13] "Dieu est celui dont l'existence nous est la plus immédiate, la plus proche et plus durablement présente, celui que l'on peut légitimement invoquer, mais que l'on ne peut exprimer." [14] "Le fait que le monde existe, et l'homme et la personne humaine, cela enferme un sens divin." [15] "Le Soi qui est l'Unité divine."[16] "Mais s'il est vrai que Dieu nous enveloppe et demeure en nous, nous ne le possédons jamais en nous. Et nous ne pouvons parler avec lui que lorsque plus rien ne parle en nous." [17] "Je ne crois pas que Dieu ait révélé son nom, qu'il se soit défini aux hommes. La parole de la Révélation, c'est : Je suis celui que je suis. Ce qui se révèle, c'est ce qui se révèle. L'être est, rien de plus. La source éternelle de force jaillit, le contact éternel nous attend, la voix éternelle résonne – rien de plus ." [18]

 

Esprit-verbe-relation : "L'esprit est un, il est la réponse de l'homme au Tu qui surgit du fond du mystère. L'esprit, c'est le Verbe. (…) Ce n'est pas le langage qui est dans l'homme, mais l'homme qui est dans le langage et qui parle du sein du langage. (…) L'esprit n'est pas dans le Je, il est dans la relation du Je au Tu.(…) L'homme vit en esprit quand il sait répondre à son Tu. Il le peut quand il entre de tout son être dans la relation." [19]"Dans l'acte pur, dans l'action nécessaire. C'est là que le Tu apparaît à l'homme. (…) On vit en esprit dans la présence du Tu." [20] "L'esprit (faculté de dire le Tu) n'est vraiment dans son élément que face à face avec le monde qui s'ouvre à lui, ce monde auquel il se donne, qu'il délivre en même temps qu'il est délivré par lui." [21]

 

Éternité : dans un face à face avec l'Absolu, le Tu éternel "intègre le monde (qu'il éclaire) et la sensibilité". [22] -  "Alors, le face à face devient rencontre : non pas événement extérieur ou empirique, subitement imposé à la conscience, mais véritable acte de cet conscience elle-même." [23] La métaphysique est ainsi accompagnée par les sentiments qu'elle inspire. tout en faisant prévaloir la "sympathie" qui affecte le vécu de chacun. Est la "lumière du Tu."[24]

 

Événement :  dialogue.

 

Intériorité entre un Toi et un Je fonde la conscience de soi à partir de la puissance de l'esprit.

 

 

 

Je : "éternel de l'éphémère" [1]"Le sujet humain opère d'abord une action totalisatrice, un rassemblement et comme une concentration de tout son être : alors est rencontré le Tu absolu, dans la disponibilité nouvelle de la conscience." [2] Se présenter à la première personne, dire Je (Ani). "Mais l'homme qui porte, tapi au fond de lui, un fantôme (de l'âme)– le Je privé de réalité-." [3] "Le Je conserve cette garantie qui est la conscience de soi." [4] "La vraie subjectivité ne peut être comprise que de façon dynamique, comme la vibration d'un Je à l'intérieur de la vérité solitaire qui est la sienne. C'est aussi le lieu où naît et grandit le désir d'une relation de plus en plus haute, le désir de la participation totale à l'Être. Dans la subjectivité mûrit la substance spirituelle de la personne. (…) L'individu, en se distinguant des autres êtres, s'éloigne de l'Être.(…) La personne contemple son soi, l'individu s'occupe de ce qui est sien ; il dit : mon espèce, ma race, mon activité, mon génie.(…) Nul homme n'est purement une personne, nul n'est purement un individu. Chacun vit à l'intérieur d'un moi double.(…) Le Je de l'égotiste – qu'il est discordant !" [5]

 

Je-Nature : "Quel son licite et beau rend le Je si riche de Goethe ! C'est le Je d'une pure intimité avec la Nature ; elle se livre à lui et lui parle sans cesse, elle lui révèle ses secrets sans lui trahir son mystère. Il croit en elle, et ayant dit à la rose : C'est donc toi ! il s'associe à elle dans une même réalité. C'est pourquoi, quand ce Je réfléchit sur lui-même, l'esprit du réel lui demeure fidèle, la vision du soleil demeure dans l'œil bienheureux qui se souvient de sa propre nature solaire et l'amitié des éléments accompagne l'homme jusque dans le silence de la mort et du devenir." [6]

 

Je-cela : chosification, "conscience de soi comme d'un sujet (le sujet de la connaissance pratique et de l'usage)." [7]

 

Je-Turencontre : Je-Tu, précède la sphère du Je et la sphère du Tu. Buber découvre un nouveau rapport libre, celui d'un Je avec un Tu, lorsqu'un homme donne "à son Tu une nouvelle réponse décisive." [8] "C'est par la grâce que le Tu vient à moi ; ce n'est pas en le cherchant qu'on le trouve. Mais lui adresser le mot fondamental, c'est l'acte de mon être, c'est mon acte essentiel. Le Tu vient à  ma rencontre. Mais c'est moi qui entre en relation immédiate avec lui. Ainsi il y a dans cette rencontre celui qui élit et celui qui est élu, c'est une rencontre à la fois active et passive. (…) Le mot fondamental Je-Tu ne peut être dit que par la totalité de l'être. Ce n'est pas moi qui peux opérer cette concentration, cette fusion de tout mon être, mais elle ne peut se faire sans moi. Je m'accomplis au contact du Tu, je deviens Je en disant Tu. Toute vie véritable est rencontre." [9] "Le Je du mot fondamental Je-Tu apparaît comme une personne et prend conscience de soi comme d'une subjectivité. L'être subjectif apparaît dans la mesure où il se distingue d'autres êtres isolés. La personne apparaît au moment où elle entre en relation avec d'autres personnes. L'un est le signe intellectuel d'une séparation naturelle, l'autre est le signe intellectuel d'une liaison naturelle." [10]

 

Langage : communication vraie.

 

Liberté En refusant de penser la liberté humaine en fonction des épreuves uniquement individuelles, voire singulières, Buber, inspiré par Max Scheller, "suppose le remplacement des relations autoritaires de subordination et d'exploitation par des relations personnelles de réciprocité et de responsabilité." [11] Concernant la liberté de l'autre, le Je ne la reconnaît en réalité que d'une manière toute relative et formelle, c'est-à-dire dans la mesure où, ayant brisé sa solitude, "il connaîtra dans l'autre, avec toute son altérité, soi-même", c'est-à-dire "la personne en tant que personne". [12] "Mais c'est alors seulement que je commence à me réaliser. Car la décision ne consiste pas à réaliser l'Un et à laisser l'Autre s'amonceler comme une masse éteinte qui, de proche en proche, m'encrasserait l'âme. C'est en dérivant dans l'accomplissement de l'Un toute la force de l'Autre, en faisant entrer, dans la réalisation de ce qui a été choisi, la passion intacte de ce qui a été répudié, c'est «en servant Dieu avec nos mauvais instincts», que nous nous décidons et que nous décidons de l'événement.(…) La causalité ne pèse pas à l'homme qui  possède le garant de sa liberté. Il sait que sa vie mortelle oscille perpétuellement entre le Tu et le Cela, et il pressent le sens de cette oscillation. (…) Ce qui porte chez les hommes le nom de la Nécessité ne peut l'effrayer, car il en a connu là-bas la forme vraie, la Destinée. Destinée et Liberté sont fiancées l'une à l'autre. Seul l'homme qui réalise la liberté rencontre la destinée. Quand je découvre l'action qui me requiert, c'est dans ce mouvement de ma liberté que se révèle à moi le mystère ; mais il se révèle aussi dans le fait que je ne peux accomplir cette action telle que je la voulais. Celui qui, négligeant toutes les causes, prend sa décision du fond même de son être, celui qui se dépouille de ses biens et de ses vêtements pour se présenter nu devant la Face, cet homme-là, cet homme libre voit lui apparaître comme une réplique de sa liberté, la destinée. Elle n'en est pas la limite, mais le complément ; liberté et destinée enlacées donnent un sens à la vie, et à la lumière de ce «sens» la destinée, au regard naguère encore si sévère, s'adoucit au point de ressembler à la Grâce elle-même." [13] "L'homme libre est celui dont la Volonté est exempte d'arbitraire. Il croit à la réalité, c'est-à-dire au lien réel qui joint la dualité réelle du Je et du Tu. Il croit à sa destinée, il croit qu'elle a besoin de lui ; elle ne le tient pas en lisières, elle l'attend ; il faut qu'il aille vers elle et il ne sait encore où elle est, mais il faut qu'il aille à elle de tout son être, il le sait. Ce qui arrivera ne ressemblera pas à ce que sa résolution imagine ; mais ce qui adviendra n'adviendra que s'il est résolu à vouloir ce qu'il est capable de vouloir. Il lui faut sacrifier son petit vouloir esclave, régi par les choses et par les instincts, à son grand vouloir qui s'éloigne de l'action déterminée pour aller à l'action prédestinée." [14]

 

Loi doit nécessairement être interprétée pour que son sens soit clairement décidé.

 

Mouvement : "Un double mouvement (de la dualité entre monde et non-monde) : l'un qui se détournant de l'origine première entretient le Tout en état de devenir, et l'autre qui revenant à cette origine première permet au Tout la rédemption dans l'être. Ces deux mouvements se déploient nécessairement dans le temps, mais ils sont enclos par grâce dans la Création intemporelle, qui, de façon inconcevable, est à la fois libération et retenue, abandon et liaison. La conscience que nous avons de cette dualité fait silence devant le paradoxe du mystère initial." [15]

 

Présence d'une communauté qui reconnaîtrait les différences entre les êtres humains, y compris, et surtout entre leurs esprits et leurs instincts (comme dans une maladie) : "Une présence n'est pas quelque chose de fugitif et de glissant, c'est un être qui nous attend et qui demeure." [16] "Mais dans l'instant de la contemplation, ce n'était pas une chose entre les choses, un phénomène entre les phénomènes, c'était l'unique présence.(…) Le peloton serré de l'événement a été aperçu d'ensemble dans le cas particulier, dans la réciprocité de la présence. Et maintenant il est enclos dans la forme du Cela, qui est celle de la connaissance conceptuelle." [17] "Il faut un troisième facteur qui est la présence centrale du Tu ou, pour le dire en toute vérité, le Tu central conçu dans la présence." [18]

 

Réciprocité du Je et du Tu implique l'intériorité "active", [19] la reconnaissance de l'autre comme sujet dans "la sphère de l'«Entre-deux» (…) qui est le véritable lieu et support de ce qui se passe entre humains." [20]

 

Relation-communauté : "Au commencement est la relation." [21] "La vérité superintelligible de la relation qui enveloppe tout l'intelligible." [22] "La vraie communauté ne naît pas de ce que les gens ont des sentiments les uns pour les autres (bien qu'elle ne puisse naître sans cela), elle naît de ces deux choses : de ce qu'ils sont tous en relation vivante et réciproque avec un centre vivant, et de ce qu'ils sont reliés les uns aux autres par les liens d'une vivante réciprocité. La seconde relation résulte de la première, mais n'est pas donnée avec la première. La relation vivante et réciproque implique des sentiments, mais ne provient pas de ces sentiments. La communauté s'édifie sur la relation vivante et réciproque, mais c'est le centre agissant et vivant qui en est le véritable ouvrier." [23] "Le but de la relation, c'est son être propre, c'est-à-dire le contact du Tu. Car dans le contact d'un Tu, quel qu'il soit, nous sentons passer un souffle de ce Tu qui est la Vie éternelle." [24]"Ne rien exclure, ne rien oublier, tout inclure, le monde entier dans le Tu, reconnaître au monde son droit et sa vérité, ne rien saisir hors de Dieu, mais tout saisir en lui, voilà la relation parfaite." [25] "Dans la relation pure (du point de vue de l'âme) tu t'es senti entièrement dépendant, plus dépendant que dans aucune autre relation, mais pleinement libre aussi, plus libre que tu ne l'as jamais été auparavant ni nulle part ailleurs, créature et créateur. Ce que tu possédais alors, ce n'était pas l'un de ces deux sentiments limité par l'autre, tu les possédais tous deux sans réserve et simultanément." [26] "Le monde de la relation se construit dans trois sphères. La première est la vie avec la nature ; la relation y bute au seuil du langage. La deuxième sphère est la vie avec les hommes ; la relation y devient explicite. La troisième sphère est la vie avec les essences spirituelles ; la relation y est muette, mais elle engendre un langage.Dans chacune de ces sphères, dans tout acte de relation, dans tout ce dont nous sentons la présence, nous effleurons du regard l'ourlet du Tu éternel, un souffle vient de lui à nous, chacun de nos Tu est adressé à l'Éternel, selon le mode particulier à chacune de ces sphères. Toutes ces sphères sont encloses en lui, il n'est enclos dans aucune. Une présence unique irradie à travers toutes ces sphères." [27]

 

Rencontre : La surprenante spontanéité de la rencontre de l'autre, en tant que personne, en tant que sujet indépendant, efface les nuances concrètes de chacun qui "s'offre à la rencontre". [28]  Dans cette mutuelle présence de l'homme-avec-l'homme où se rencontrent le Je et le Tu… "Toute grande civilisation commune à un groupe de peuples repose sur un phénomène primitif de rencontre, sur une réponse au Tu, telle qu'elle a été donnée aux origines ; elle découle d'un acte essentiel de l'Esprit.(…) Mais cela n'est vrai que tant qu'il (l'homme) est apte à faire et à subir dans sa propre vie cet acte essentiel, tant qu'il a le pouvoir d'entrer dans la relation ; alors seulement il est libre, donc créateur." [29] "L'instant de la rencontre n'est pas une «expérience intérieure» qui s'éveille dans l'âme en état de réceptivité et qui s'y arrondisse complaisamment : l'homme y subit une action. C'est tantôt comme un souffle qui l'effleure, tantôt une lutte où il est engagé, peu importe ; c'est un fait. Au sortir de l'acte de la relation pure, l'homme a dans son âme un plus, un accroissement dont il ne savait rien auparavant et dont il ne saurait désigner correctement l'origine. (…) L'homme a reçu quelque chose, et ce qu'il reçoit n'est pas un «contenu», mais une présence, une présence qui est une force. Cette présence et cette force impliquent trois réalités inséparables, mais que nous sommes justifiés à envisager séparément. En premier lieu, une pleine et réelle et entière réciprocité ; le sentiment d'être accueilli, d'entrer dans une relation, sans que l'on puisse dire le moins du monde comment est fait ce à quoi l'on est relié et sans que cette liaison nous facilite en rien l'existence – elle alourdit la vie, elle la rend plus lourde de sens. Le deuxième point, c'est l'indicible confirmation qui nous est donnée du sens de toutes choses.(…) Le problème du sens de la vie ne se pose plus (…) et cependant il est pour toi plus certain que les données de tes sens. (…) Ce mystère en présence duquel nous vivons, dans lequel nous vivons, dans lequel nous entrons pour en sortir, ce mystère est demeuré intact. Il nous est devenu présent et s'est révélé à nous dans la présence, comme le salut ; nous l'avons «reconnu» mais nous n'avons de lui aucune connaissance qui nous le rendrait moins mystérieux…" [30]

 

 

Revirement : "Révélation la plus concrète de la liberté dont la force paisible change la face de la terre (…) permet de triompher de la lutte universelle" [31] (instincts pour l'utile). "Le revirement consiste à reconnaître que l'on a atteint le milieu du chemin (voir le croisement), et à faire volte-face." [32]

 

Sentiment : "À la différence de la relation, le sentiment varie selon une échelle. Mais surtout chaque sentiment se place à l'intérieur d'une polarité ; il tire sa couleur et sa signification non de lui seul mais aussi du pôle qui lui est opposé ; tout sentiment est conditionné par son contraire." [33]

 

Silence-liberté : "Seul le silence en présence du Tu, le silence de tous les langages, l'attente muette dans la parole informulée, indifférenciée, préverbale, laisse au Tu sa liberté, s'établit avec lui dans ce rapport d'équilibre où l'esprit, sans se manifester, est présent. Une réponse quelle qu'elle soit enchaîne Le Tu au monde du Cela." [34]

 

Totalité: "De son geste, de sa parole, l'homme de l'esprit maîtrise la résistance des amis du chaos et ordonne la communauté." [35]

 

Tu : "illimité" [36] "éternel de l'impérissable". [37] Le Tu constitue le Je comme personne, se pose comme sujet : "Mais sans voisins et hors de toute connexion, il est le Tu et il remplit l'horizon. Non qu'il n'existe rien en dehors de lui ; mais toutes choses vivent dans sa lumière." [38]"Chaque Tu ici-bas est condamné à devenir chose ou tout au moins à retomber sans cesse dans le monde des choses." [39] "Au commencement est la Relation qui est une catégorie de l'être, une disposition d'accueil, un contenant, un monde psychique ; c'est l'a priori de la relation, le Tu inné. Les relations réelles sont des incarnations du Tu inné dans le Tu rencontré ; ce Tu est conçu comme le partenaire unique, celui que l'on accueille exclusivement, auquel on peut enfin adresser le mot fondamental, tout cela étant fondé dans l'a priori de la relation." [40]"Le tu (…) se manifeste dans le temps, mais dans l'instant qui possède par soi-même la plénitude, parce qu'il n'est pas le maillon d'une chaîne fixe et solidement articulée, l'instant qu'on vit «en un éclair» et dont la dimension purement intensive ne se définit que par lui-même. Il se manifeste à la fois en ce qu'il agit et en ce qu'il subit une action, mais il n'est pas engagé dans une chaîne de causes, car dans la relation de réciprocité où il est avec le Je, il est en même temps l'origine et la fin du phénomène. C'est une des vérités fondamentales du monde humain : seul le Cela peut être rangé dans un ordre. C'est en cessant d'être notre Tu pour devenir notre Cela que les choses deviennent coordonnables. Le Tu ne connaît aucun système de coordonnées." [41] "un souffle de ce Tu qui est la Vie éternelle." [42]"L'instinct du Tu qui ne peut s'assouvir avant d'avoir trouvé son Tu infini se l'est représenté dès l'origine…" [43]

 

Un : "Recueil et sortie de soi" [44]

 

 

 

[1] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, p.136.

[2] Misrahi (Robert), Encyclopædia Universalis, 5, 1968, p.538.

[3] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, p.92.

[4] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, p.96.

[5] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, pp.98-101.

[6] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, p.102.

[7] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, p.97.

[8] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, p.87.

[9] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, pp.29-30.

[10] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, p.97.

[11] Misrahi (Robert), Encyclopædia Universalis, 5, 1968, p.538.

[12] Buber (Martin), Le Problème de l'homme, Aubier Montaigne, 1962, p.112.

[13] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, pp.83-84.

[14] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, p.93.

[15] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, p.148.

[16] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, p.32.

[17] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, p.68.

[18] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, p.75.

[19] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, p.124.

[20] Buber (Martin), Le Problème de l'homme, Aubier Montaigne, 1962, p.113.

[21] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, p.38.

[22] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, p.69.

[23] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, p.74.

[24] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, p.97.

[25] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, pp.118-119.

[26] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, p.122.

[27] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, p.148.

[28] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, p.93.

[29] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, pp.85-86.

[30] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, pp.158-161.

[31] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, p.90.

[32] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, p.147.

[33] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, p.122.

[34] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, p.67.

[35] Buber (Martin), Le Problème de l'homme, Aubier Montaigne, 1962, p.107.

[36] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, p.132.

[37] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, p.136.

[38] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, p.26.

[39] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, p.38.

[40] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, p.51.

[41] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, p.55.

[42] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, p.97.

[43] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, p.120.

[44] Buber (Martin), Je et Tu, Aubier, 1970, p.140.

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

À propos

claude stéphane perrin

Claude Stéphane PERRIN. Professeur de philosophie à la retraite, j'écris et je lis en méditant sur le problème de la non-violence, notamment à partir d'une idée non indifférente et non nihiliste du neutre .
Voir le profil de claude stéphane perrin sur le portail Overblog

Commenter cet article