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Claude Stéphane PERRIN

Recherches philosophiques qui, inspirées par l'idée du neutre, vont au-delà du scepticisme vers une interprétation moderne et différentielle (historique et intemporelle) du devenir du principe de raison.

Spinoza et la puissance de la pensée intuitive par Lagneau

Spinoza et la puissance de la pensée intuitive par Lagneau

 

  "Si Spinoza n'a été compris par personne tout entier, cela tient à l'extrême condensation et puissance synthétique de sa pensée, puissance que ne peuvent égaler la plupart des esprits qui l'abordent. Cette puissance consiste dans le pouvoir de percevoir dans un seul acte le rapport d'un nombre le plus grand possible de pensées. En développant cette synthèse, perçue dans un acte supérieur d'imagination (de même en tout, en musique par exemple, la puissance de l'esprit se mesure à l'étendue que peut prendre cette synthèse, et il se peut que la rapidité plus ou moins grande de la pensée n'ait pas d'autre cause et se ramène ainsi à la force d'étendue de l'imagination), un Spinoza conserve à travers son exposition analytique le sentiment de la synthèse totale ; le lecteur ordinaire, non. Il ne voit dans Spinoza que des idées, c'est-à-dire des vues, des hypothèses, non le système, c'est-à-dire ce qui fait aux yeux du maître la vérité de l'idée ; ou il croit l'apercevoir, mais ce qu'il voit n'est qu'une amplification, sans mesure, ou plutôt un isolement d'une partie du système. C'est là ce qu'il rejette comme absolu. Les systèmes ne sont tels, absolus, que vus dans une de leurs parties que l'on prend pour le tout (…) non dans les esprits systématiques qui mettent les idées à leur place dans l'ensemble où elles se concilient, en se limitant et s'enfermant dans leurs vraies proportions. C'est faute de puissance systématique qu'un esprit est absolu : l'esprit de système, c'est-à-dire la puissance en étendue profonde de l'esprit est le meilleur préservatif de l'esprit d'absolu. Les absolus, ce sont les sectateurs des idées, non des idées. Ce sont ceux qui cherchent dans Spinoza le matérialisme ou l'athéisme ou le panthéisme, comme si aucune de ces choses ne pouvait s'y trouver. M. Pollock a raison de dire qu'il n'y a pas de système en ce sens dans Spinoza…" [1]  

 

"Comme toujours, l'intuition chez Spinoza est infaillible ; mais il se donne, dans la déduction, l'apparence de se tromper, et cela parce qu'il ne se fait pas, malgré la justice qu'il rend à l'intuition, une idée suffisamment critique de ce que peut en réalité la déduction, et de sa nature (ce qu'établissent les lettres à Tschirnaus). L'analyse critique n'est pas encore chez lui poussée assez loin, bien qu'il ait une intuition critique singulièrement puissante." [2]

 

"Sa déduction n'est que le développement d'une intuition, dont le noyau, la substance, est l'idée même de l'être en soi et conçu par soi, ce qu'il considère déjà comme identique. (…) Il est évident que l'intuition primitive de Spinoza consiste dans cette idée aperçue comme subsistant en elle-même et constituant le fond de tout ce qui est. Dès lors sa démonstration ou plutôt ses démonstrations ne sont plus que des commentaires, des traductions, dans le langage courant de la philosophie, tant de l'idée que du principe." [3]

 

[1] Lagneau (Jules), Célèbres leçons et fragments, Quelques notes sur Spinoza, P.U.F. 1964, p. 68.

[2] Lagneau (Jules), Célèbres leçons et fragments, Quelques notes sur Spinoza, P.U.F. 1964, p. 80.

[3] Lagneau (Jules), Célèbres leçons et fragments, Quelques notes sur Spinoza, P.U.F. 1964, p. 82.

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À propos

claude stéphane perrin

Claude Stéphane PERRIN. Professeur de philosophie à la retraite, j'écris et je lis en méditant sur le problème de la non-violence, notamment à partir d'une idée non indifférente et non nihiliste du neutre .
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