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Claude Stéphane PERRIN

Recherches philosophiques qui, inspirées par l'idée du neutre, vont au-delà du scepticisme vers une interprétation moderne et différentielle (historique et intemporelle) du devenir du principe de raison.

Cézanne en sa problématique

Cézanne en sa problématique

 

 

- Une esthétique des sensations transposées, de la simplicité et des désirs réalisés

 

 

La problématique de Cézanne, c'est-à-dire le champ où se manifestent tous les événements sensoriels et intellectuels de l'artiste, se développe en fonction de trois concepts évolutifs : transposer, simplifier et réaliser. Le premier concept relie un sujet à peindre (un motif) et les sensations colorantes qu'il provoque intimement en relation avec la palette du peintre ainsi qu'avec la nécessaire transposition de ces primes sensations en sensations singulières ; celles du peintre en son tableau. Cela signifie que Cézanne n'imite pas ce qu'il perçoit de la nature, même en partie, mais qu'il transpose ses sensations naissantes dans un tableau qui crée de multiples relations (événements) imprévisibles et parfois harmonieuses entre des sensations peintes, plus ou moins intenses, en tout cas visant une expression pertinente du devenir des sensations humaines.  

   Le deuxième concept qui intervient dans le processus créatif de Cézanne est celui de la simplicité. Les sensations, évanescentes et confuses par nature, sont néanmoins polarisées par la mutation qu'elles rendent possible à l'intérieur d'un tableau, entre le motif et son interprète, sachant que cette mutation dépend surtout du peintre qui, mû par un constant désir de vérité, doit, le plus simplement possible, donner une cohérence à ses sensations. Plus précisément, entre les sensations inhérentes à un motif et celles qui interprètent singulièrement ce motif, s'instaurent les relations de réciprocité et de continuité sans lesquelles il n'y aurait pas de transposition possible. Par exemple, dans ses peintures qui ont pour motif la Montagne Sainte-Victoire, comme dans celle intitulée La Montagne Sainte-Victoire vue de la carrière Bibémus, l'espace perçu du motif est transposé dans des sensations colorantes de relief et de rugosité (l'ocre des rochers), de lisse (un ciel radieux), et de mouvement (dans les branches des arbres)… Comment unifier toutes ces sensations du proche et du lointain, de la profondeur (sombre), de la hauteur (la montagne), et des lignes transversales qui élargissent le tableau en une seule tension ? En réalité, le désir de simplicité, dans sa plus forte exigence de vérité indivisible, permet d'unifier la tridimensionalité de l'espace initial ainsi transfiguré et recréé en fonction de couleurs apaisées (transversales et vertes), intenses (profondes et d'apparence ocre) et allégées (ascendantes, blanches et bleues). 

   Le désir de simplicité précède ainsi la réalisation des apparences senties et perçues, dans et par le tableau. Ce n'est donc qu'a posteriori, et non en fonction du processus créatif du peintre, que l'interprétation de Maldiney est pertinente lorsqu'il écrit : "Dans l'art de Cézanne, la montagne est le lieu où s'accomplit la mutation de la hauteur et de l'étendue. Elle ne se dresse pas sur un socle. Elle est l'émergence de la terre et s'enracine en elle. Elle n'est pas logée dans le ciel. Elle irradie en lui, il se condense en elle." [1] Manque, dans cette interprétation, l'idée d'un point infini, soit extérieur au tableau, soit invisible, qui seul permettrait, par la singulière affirmation d'un Ouvert commun à l'art et à la Nature, de créer l'événement imprévisible qui réaliserait (en la composant harmonieusement) une forme picturale conforme à l'unitridimensionalité de l'espace fictif, intraversable et rayonnant du tableau, ce dernier étant plutôt authentiquement senti que vaguement et illusoirement perçu.

 

[1] Henri Maldiney, L'Art, l'éclair de l'être, Éditions Comp'Act, collection Scalène, 1993, p.35.

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À propos

claude stéphane perrin

Claude Stéphane PERRIN. Professeur de philosophie à la retraite, j'écris et je lis en méditant sur le problème de la non-violence, notamment à partir d'une idée non indifférente et non nihiliste du neutre .
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