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Claude Stéphane PERRIN

Recherches philosophiques qui, inspirées par l'idée du neutre, vont au-delà du scepticisme vers une interprétation moderne (historique et intemporelle) du principe de raison.

Nietzsche et l'Arbre de Vie

Détail d'un tableau de Van Gogh intitulé Verger en fleurs, avril 1888, collection V.W.Van Gogh, Laren, et reproduit p.93 du livre de Frank Elgar, Van Gogh, Hazan, 1958.

Détail d'un tableau de Van Gogh intitulé Verger en fleurs, avril 1888, collection V.W.Van Gogh, Laren, et reproduit p.93 du livre de Frank Elgar, Van Gogh, Hazan, 1958.

 

 Le champ culturel et l'Arbre de vie.

 

   La poésie, la science et la philosophie puisent aux mêmes sources naturelles de la création, mais pas de la même manière, car toutes les œuvres  culturelles se situent dans le prolongement de ladite Nature qui les a rendues possibles, sans les déterminer complètement eu égard à l'indétermination des auteurs de ces créations imprévisibles et en partie aléatoires. C'est du reste sans doute à partir de cette indétermination que Nietzsche a désiré découvrir la lumière qui surplombe tous les abîmes, loin de l'Arbre de la Science qui a remplacé la vérité par la vraisemblance et la liberté par son apparence. [1] Par delà mensonges et illusions, le philosophe affirme alors : "À une hauteur correcte, tout s'assemble au-dessus de l'un : les pensées du philosophe, les œuvres de l'artiste et les bonnes actions. - In einer rechten Höhe kommt alles zusammen und über eins – die Gedanken des Philosophen, die Werke des Künstlers und die guten Taten."[2] Cet aphorisme exprime en fait le jeu de l'un (l'unité de la Nature) et du multiple (les œuvres culturelles, y compris éthiques) dès lors qu'une hauteur correcte est vécue. Laquelle ? Celle qui permet l'unification et l'expansion des forces vitales, car "tout ce qui est vivant ne peut devenir sain, fort et fécond que dans les limites d'un horizon déterminé." [3] Cela signifie d'abord pour Nietzsche que, comme pour l'image d'un arbre, une hauteur correcte est inséparable de ses largeurs et de ses profondeurs, et qu'une analogie entre un arbre et soi-même est également possible : "La hauteur est un élément où je me sens profondément, solidement et définitivement enraciné dans mon sol et mon fond propre." [4] Loin de la métaphore de Descartes qui instaurait une comparaison entre la philosophie et un arbre solitaire, sans aucun fruit, privé de ciel, d'eau, de terre, et figurant ainsi les racines de la métaphysique, le tronc de la physique, et les branches de la mécanique, de la morale et de la médecine… l'arbre de Nietzsche est d'abord celui de la Vie tendue fermement vers l'infini, puis celui de chaque homme qui trouve dans la source éternelle de la Nature la puissance qui peut nourrir ses forces ascendantes et déclinantes en une physique dynamique qui ne sépare pas le ciel, l'air, la terre, la mer et le soleil, car il est lui-même transporté par toutes ces forces matérielles : "La mer veut être baisée et aspirée par le soleil altéré ; elle veut devenir air et hauteur et sentier de lumière, et lumière elle-même ! En vérité, pareil au soleil, j’aime la vie et toutes les mers profondes. Et ceci est pour moi la connaissance : tout ce qui est profond doit monter à ma hauteur ! " [5] Ainsi l'Arbre de vie est-il pour Nietzsche, comme pour moi-même, la métaphore qui rassemble avec un constant scepticisme, toutes les perspectives possibles d'un monde terrestre nourri par la Nature infinie. Et ce monde fructifie dans les multiples bifurcations (ou ramifications) du devenir incertain et abyssal de l'humanité, car imprévisible et fragile, à l'image de ce grand arbre solitaire qui, dans Ainsi parlait Zarathoustra, a déployé fermement ses grandes branches au-dessus des durs rochers d'une montagne escarpée ! Puis, au-delà de la métaphore de l'Arbre de Vie un signe est donné par le désir d'infini du prophète du surhumain, c'est-à-dire du dépassement de l'humain, ou plutôt de la divinisation de l'humain : "Que ne donnerais-je pas pour avoir une chose : ces enfants, cette vivante plantation de ma volonté et de mon espérance la plus haute !" [6]

 


[1] Nietzsche, Le Voyageur et son ombre, §1.

[2] Nietzsche, Le Livre du philosophe, § 16.

[3]  Nietzsche, Seconde considération intempestive,  De l'utilité et de l'inconvénient des études historiques pour la vie - (Unzeitgemäße Betraachtungen), 1874. Trad. Henri Albert, GF-Flammarion, 1988, n° 483, p. 79.

[4]  Nietzsche, Poèmes, L'enchanteur, p. 131.

[5]  Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, De l’immaculée connaissance.

[6] Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, La salutation.

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À propos

claude stéphane perrin

Claude Stéphane PERRIN. Professeur de philosophie à la retraite, j'écris et je lis en méditant sur le problème de la non-violence, notamment à partir d'une idée non indifférente et non nihiliste du neutre .
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