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Claude Stéphane PERRIN

Recherches philosophiques qui, inspirées par l'idée du neutre, vont au-delà du scepticisme vers une interprétation moderne (historique et intemporelle) du principe de raison.

Wittgenstein et la parole

Wittgenstein et la parole

Penser :

 

- "Il est fort remarquable que ce qui se passe lorsque nous pensons ne nous intéresse pour ainsi dire jamais. Remarquable, mais non étrange." [1]

 

- "Nous ne pourrions naturellement pas séparer en lui cette «pensée» de son activité. Car la pensée n'est pas concomitante du travail ; non plus que du discours réfléchi." [2]

 

- "On pourrait également dire : penser, c'est avoir une manière déterminée d'apprendre." [3]

 

- "Ou encore : penser en exécutant un travail, c'est souvent intégrer à celui-ci des activités qui y aident. Mais le mot «pensée» ne dénote pas ces activités auxiliaires, pas plus que Penser n'est Discours. Bien que le concept «penser» soit formé sur le modèle d'une activité auxiliaire imaginaire. (De même que le concept de quotient différentiel est formé, pourrait-on dire, sur le modèle d'un quotient idéal." [4]

 

- "«Penser», c'est un concept qui a de lointaines ramifications. Un concept qui rassemble en lui bien des manifestations de la vie. Les phénomènes de pensée couvrent un bien large champ." [5]

 

- "D'où vient ce saut du fini à l'infini ? (…) La pensée peut pour ainsi dire voler, elle n'a pas à aller pas à pas. Vous ne comprenez pas (i.e. vous ne dominez pas) vos transactions et vous faites comme une projection de votre incompréhension en créant l'idée d'un médium dans lequel ce qu'il y a de plus abracadabrant peut arriver." [6]

 

- "C'est difficile : de s'écarter seulement un peu d'un sillon de pensée ancien." [7]

 

- "Celui qui sait doit savoir qu'il sait : le savoir est son état d'âme propre ; à moins d'un aveuglement spécial. (…) «Je sais qu'il en est ainsi» veut dire alors : Il en est ainsi ou je suis fou…" [8]

 

- "On ne peut douter qu'à partir du moment où l'on a appris quelque chose de certain…" [9]

 

- "En un certain sens, nous ne saurions être trop prudents dans notre commerce avec les erreurs philosophiques, elles contiennent tellement de vérité." [10]

 

- "Je sais simplement comment repose mon bras – sans le savoir parce que… De même que je sais où je ressens une douleur – mais ne le sais pas parce que…" [11]

 

- "Il y a des pensées pleines de peur, d'espoir, de joie, de colère, etc." [12]

 

- " Il ne faut pas regarder la contradiction comme une catastrophe, mais comme un mur qui nous indique que là, nous ne pouvons pas aller plus loin." [13]

 

- "Pourquoi cette mise en ordre ne pourrait-elle pas, pour ainsi dire, procéder du chaos ? Il en serait comme pour certaines plantes qui se multiplient par graines, de telle sorte qu'une graine produit toujours le type de plante qui l'a produite, - alors que rien dans la graine ne correspond à la plante qui naît d'elle ; aussi est-il impossible d'inférer des propriétés ou de la structure de la graine à celles de la plante qui en naît. – Ce n'est qu'à partir de son histoire qu'on peut le faire. De la même façon, un organisme pourrait donc naître de quelque chose de complètement amorphe, pour ainsi dire sans cause ; et il n'y a aucune raison pour qu'il n'en soit pas réellement ainsi en ce qui concerne notre pensée, par conséquent, en ce qui concerne la parole, l'écriture, etc." [14]

 

La pensée de l'esprit :

 

- "Vous utilisez une métaphore et, ici, l'esprit est un agent en un sens différent de celui dans lequel on peut dire que la main est l'agent de l'écriture. (…) Et si nous disons de la tête ou du cerveau qu'ils sont le lieu de la pensée, c'est en utilisant l'expression «lieu de la pensée» en un sens différent."[15]

 

Penser sans parler :

 

- "Essayez de penser les pensées d'une phrase sans la phrase, et voyez si c'est ce qui se passe."[16]

- "Bien qu'il n'eût pas parlé pendant son travail et qu'il ne se fût pas non plus représenté ces paroles (…) ne peut-il pas restituer plus tard sous forme de mots ses pensées sans paroles ? "[17]

 

Penser, écrire et parler :

 

- "Nous pouvons dire que la pensée est essentiellement l'activité qui consiste à opérer avec des signes. Cette activité est accomplie par la main quand nous pensons en écrivant ; par la bouche et le larynx quand nous pensons en parlant."[18]

 

 

Comment parler ?

 

- "Il est bien difficile de se représenter comment l'homme apprend cette façon d'employer les mots. Elle est si subtile." [19]

- "Comment une parole est comprise, c'est ce que les paroles seules ne disent pas (théologie)."[20]

 

Penser et parler :

 

- "Très souvent nous nous trouvons dans l'impossibilité de penser sans nous parler à nous-mêmes presque à haute voix, - et si on demandait de décrire ce qui a lieu dans ce cas, personne ne dirait jamais que quelque chose – la pensée – accompagnait la parole, si on n'était pas amené à dire cela par la paire que forment les verbes «parler»/«penser», et par beaucoup de nos locutions communes dans lesquelles leur utilisation est parallèle. Considère ces exemples : «Réfléchis avant de parler !», «Il parle sans penser à ce qu'il dit»…" [21]

- "Et mes pensées, qui ne sont pas autre chose que des paroles que je profère." [22]

- "«Le désigner en esprit» revient à dire à peu près : parler de lui, et non pas : le montrer. Si je parle de lui, il y a bien sûr un lien entre lui et ce que j'en dis, mais ce lien existe au niveau de l'application de ce que j'en dis, non à celui de l'acte de montrer. L'acte de montrer n'est lui-même qu'un signe, un signe qui dans le jeu de langage peut régler l'application des propositions, donc montrer ce qui est désigné en esprit." [23]

- "Il existe une «pensée primitive» qui doit être décrite à travers un comportement primitif. L'environnement n'est pas la «pensée concomitante» du langage."[24]  

- "Et de fait, pourquoi parler de «pensée» là où il n'y a pas emploi de langage ? En parler, c'est déjà révéler quelque chose du concept de la pensée." [25]

- "Songeons que notre langue pourrait comporter des mots différents : un mot pour «penser à voix haute» ; d'autres mots pour le monologue intérieur que nous pensons lors de nos représentations ; pour une pensée que nous suspendons pendant que tout autre chose nous passe dans l'esprit, mais après quoi nous sommes quand même capables de donner une réponse en toute certitude. Un mot pour la pensée qui s'exprime dans une proposition ; un autre pour l'idée fulgurante que je puis plus tard «habiller de mots» ; un autre pour la pensée sans paroles du travail." [26]

- "Je tiens à dire expressément que les scrupules de pensée commencent dans l'instinct (y ont leur racine). Ou encore : l'origine du jeu de langage n'est pas dans la réflexion. La réflexion est une partie du jeu de langage.  Et c'est pourquoi le concept, dans le jeu de langage, est dans son élément." [27]

 

Penser et dire :

 

- "Si penser et dire étaient dans le même rapport que les mots et la mélodie d'une chanson, nous pourrions laisser de côté l'acte de dire, et nous contenter de penser exactement comme nous pouvons chanter la mélodie sans les mots."[28]

- "Il se peut que l'expérience de penser soit seulement celle de dire quelque chose, ou qu'elle consiste peut-être dans cette expérience plus d'autres qui l'accompagnent."[29]

- " Il se peut qu'il y ait des cas où la présence d'une sensation différente de celles liées aux gestes, intonations, etc. distingue le fait de dire ce que l'on pense du fait de parler sans dire ce que l'on pense. Mais parfois ce qui distingue ces deux choses, ce n'est rien qui ait lieu pendant que nous parlons, mais une série d'actions diverses et d'expériences de types différents, avant et après."[30]

- "C'est pourquoi dans de nombreux cas, nous sommes enclins à dire que «penser ce que je dis» veut dire avoir telles et telles expériences tandis que je parle." [31]

 

Penser, exprimer et parler :

 

- "Certains moyens d'expressivité, comme le ton de la voix et l'accent, personne ne les appellerait accompagnements de la parole, pour des raisons évidentes ; et des moyens d'expressivité tels que le jeu de l'expression du visage, ou les gestes dont on peut dire qu'ils accompagnent la parole, personne ne songerait à les appeler pensée." [32]

- "Par la locution «comprendre un mot», nous ne faisons pas nécessairement référence à ce qui arrive pendant que nous disons ou entendons ce mot, mais à tout ce qui environne l'événement de dire ce mot. Et cela vaut aussi quand nous disons que quelqu'un parle comme un automate, ou comme un perroquet. Parler en comprenant diffère certainement de parler comme un automate, mais cela ne veut pas dire que le fait de parler, dans le premier cas, soit accompagné tout le temps par quelque chose qui manque dans le second cas. De même, quand nous disons que deux personnes évoluent dans des cercles différents, cela ne veut pas dire qu'elles ne puissent se promener dans des quartiers identiques."[33]

 

Parler sans penser :

 

- "Je pourrais prendre une phrase d'un livre et la lire à haute voix, en essayant de m'empêcher d'accompagner la phrase par les images et les sensations qu'elle produirait sinon. Une manière de le faire consisterait à concentrer mon attention sur quelque chose d'autre pendant que je prononce la phrase, par exemple en me pinçant violemment pendant que je parle."[34]

- "Parler en pensant et parler sans penser peuvent être comparés à jouer un morceau de musique en pensant et le jouer sans penser." [35]

 

 

Sentir et parler :

 

- "Les paroles du poète ont le pouvoir de nous toucher jusqu'à la moelle. La cause en est liée naturellement à l'usage que ces paroles ont dans notre vie. Et cela tient aussi à ce que, conformément à cet usage, nous laissons nos pensées vagabonder çà et là dans le domaine familier des mots." [36]

- "La musique qui nous parle. N'oublions pas qu'un poème, quand bien même composé dans le langage de la communication, n'est pas utilisé dans le jeu de langage de la communication."[37]

- "Dans le langage des mots, il y a un fort élément musical (un soupir, l'intonation d'une question, celle de l'annonce, celle des élans du cœur, tous les innombrables gestes de l'intonation)."[38]

-  "Le regard intérieur que nous portons sur la sensation – quelle relation va-t-il établir entre le mot et la sensation ; et à quoi peut bien servir cette relation ? Me l'a-t-on enseigné alors que j'apprenais à employer cette proposition, à penser cette pensée ? (car penser une pensée est bien quelque chose que j'ai dû apprendre.) Assurément nous apprenons aussi à fixer notre attention sur des choses et des sensations. Nous apprenons à observer, et à décrire l'observation." [39]

 

Parler et signifier :

 

- "Ce n'est que dans le flux des pensées et de la vie que les mots prennent une signification."[40]

- "Mais la pensée dans une proposition n'est pas une activité que l'on effectue d'après les mots (comme on le dirait du chant qui s'effectue d'après les notes). [41]

 


[1] Wittgenstein, Fiches n° 88, Idées Gallimard 1970, p.32.

[2] Wittgenstein, Fiches n° 101, Idées Gallimard 1970, p.35.

[3] Wittgenstein, Fiches n° 105, Idées Gallimard 1970, p.36.

[4] Wittgenstein, Fiches n° 106, Idées Gallimard 1970, p.36.

[5] Wittgenstein, Fiches n° 110, Idées Gallimard 1970, p.37.

[6] Wittgenstein, Fiches n° 273, Idées Gallimard 1970, p.77.

[7] Wittgenstein, Fiches n° 349, Idées Gallimard 1970, p.96.

[8] Wittgenstein, Fiches n° 408, Idées Gallimard 1970, p.109.

[9] Wittgenstein, Fiches n° 410, Idées Gallimard 1970, p.109.

[10] Wittgenstein, Fiches n° 460, Idées Gallimard 1970, p.121.

[11] Wittgenstein, Fiches n° 481, Idées Gallimard 1970, p.125.

[12] Wittgenstein, Fiches n° 493, Idées Gallimard 1970, p.129.

[13] Wittgenstein, Fiches n° 687, Idées Gallimard 1970, p.172.

[14] Wittgenstein, Fiches n° 608, Idées Gallimard 1970, p.154.

[15] Wittgenstein, Le Cahier bleu et le Cahier brun, tel Gallimard 1996, p.43.

[16] Wittgenstein, Le Cahier bleu et le Cahier brun, tel Gallimard 1996, p.92.

[17] Wittgenstein, Fiches, Gallimard, 1970, § 100.

[18] Wittgenstein, Le Cahier bleu et le Cahier brun, tel Gallimard 1996, p.42-43.

[19] Wittgenstein, Fiches, Gallimard, 1970, § 39.

[20] Wittgenstein, Fiches, Gallimard, 1970, § 144.

[21] Wittgenstein, Le Cahier bleu et le Cahier brun, tel Gallimard 1996, p.231.

[22] Wittgenstein, Fiches, Gallimard, 1970, § 9.

[23] Wittgenstein, Fiches, Gallimard, 1970, § 24.

[24] Wittgenstein, Fiches n° 99, Idées Gallimard 1970, p.34.

[25] Wittgenstein, Fiches n° 109, Idées Gallimard 1970, p.37.

[26] Wittgenstein, Fiches n° 122, Idées Gallimard 1970, p.39.

[27] Wittgenstein, Fiches n° 391, Idées Gallimard 1970, p.104.

[28] Wittgenstein, Le Cahier bleu et le Cahier brun, tel Gallimard 1996, p.91.

[29] Wittgenstein, Le Cahier bleu et le Cahier brun, tel Gallimard 1996, p.92.

[30] Wittgenstein, Le Cahier bleu et le Cahier brun, tel Gallimard 1996, p.227.

[31] Wittgenstein, Le Cahier bleu et le Cahier brun, tel Gallimard 1996, p.230.

[32] Wittgenstein, Le Cahier bleu et le Cahier brun, tel Gallimard 1996, p.232.

[33] Wittgenstein, Le Cahier bleu et le Cahier brun, tel Gallimard 1996, p.244.

[34] Wittgenstein, Le Cahier bleu et le Cahier brun, tel Gallimard 1996, p.91-92.

[35] Wittgenstein, Recherches philosophiques, Tel / Gallimard, 2004, § 341.

[36] Wittgenstein, Fiches, Gallimard, 1970, § 155.

[37] Wittgenstein, Fiches, Gallimard, 1970, § 160.

[38] Wittgenstein, Fiches, Gallimard, 1970, § 161.

[39] Wittgenstein, Fiches, Gallimard, 1970, § 426.

[40] Wittgenstein, Fiches, Gallimard, 1970, § 173.

[41] Wittgenstein, Fiches, Gallimard, 1970, § 246.

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À propos

claude stéphane perrin

Claude Stéphane PERRIN. Professeur de philosophie à la retraite, j'écris et je lis en méditant sur le problème de la non-violence, notamment à partir d'une idée non indifférente et non nihiliste du neutre .
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