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Claude Stéphane PERRIN

Recherches philosophiques qui, inspirées par l'idée du neutre, vont au-delà du scepticisme vers une interprétation moderne (historique et intemporelle) du principe de raison.

Quelques citations sur la parole

Annonciation, Le Titien, I565.

Annonciation, Le Titien, I565.

 

 

Parole : Du latin parabola (parabole divine), de parabôlê en grec et paraula en latin vulgaire (comparaison). Mode d'extériorisation empirique, vocal, visuel ou gestuel, immédiat ou non, qui est soit réduit à la communication (signal ou signe); soit à un dire pur : "Lorsque quelqu'un parle tout simplement pour parler, c'est justement alors qu'il dit ce qu'il peut dire de plus original et de plus vrai."(Novalis). Dans le second mode, la parole est expressive de l'originalité du locuteur (symbolique et affective). Au mieux, elle est une affirmation pour le futur : "Les événements les plus grands et les pensées les plus grandes ne sont intelligibles qu'à la longue; les générations qui leur sont contemporaines ne vivent pas ces événements : elles vivent à côté." (Nietzsche). Dans cette dernière possibilité, la parole ouvre sur l’incontrôlable : "C’est une belle folie : parler. Avec cela, l’homme danse sur et par-dessus toutes choses." (Nietzsche).

 

 

La parole et le silence :

 

- "Il y a un temps pour se taire et un pour par­ler." [1]

- "Le prince dont l'oracle est à Delphes ne parle pas, ne cache pas, mais signifie." [2]  

- "Les paroles les plus belles sont les voix même du silence". [3]

- "En réalité l'apparence, comme telle, comporte une présence muette à elle-même, elle est auto-apparence." [4]

- "Les choses sont transparentes, nous offrent leur simplicité, se tiennent là comme en elles-mêmes." [5]

 

La parole divine

 - "L'ichnocratie, c'est ce qu'on entend quand on part du commandement par la voix, de la trace de Dieu dans le monde, c'est-à-dire de la hauteur de la parole de Dieu."[6]

-  "Moïse ne comprenait pas : Comment est-il possible que 600 000 voient la Parole ? Le feu, il l'avait déjà vu, lui. Il avait vu un buisson qui brûlait et ne se consumait pas. Il n'avait pas de doute sur la possibilité d'une expérience prophétique. Mais une expérience prophétique à 600 000? Inconcevable. Il l'a appris du Sinaï. (…) Faut-il croire à l'Impossible, à un lieu de l'absolu, à un lieu de l'impossible ? Selon Benny Lévy, dans le chapitre 33 du Guide des égarés, Maïmonide part d'une constante du récit du Sinaï : "Nous avons entendu la voix du sein du feu (Mitoch ha ech). Il est toujours question de voix (kol) et non pas de parole distincte (dibour) de paroles (devarim) (…) Le kol, c'est immédiat, le traumatisme du phonique, le feu qui détruit. Dans la nuit de feu, Moïse et les Hébreux sont égaux (…) Le premier pacte, c'est le traumatisme phonique; le traumatisme phonique institue le tous." [7]

 

La parole et le silence de l'âme :

 

- "L'âme, parce qu'elle est raison, ne peut rien recevoir qu'une raison sans paroles et d'autant plus silencieuse qu'elle est davantage raison. User du langage est pour l'âme une faiblesse, car dans le monde intelligible elle n'en a pas besoin. L'âme qui connaît ne fait plus qu'un avec l'objet connu, sa contemplation reste en elle-même, et elle-même devient parfaitement silencieuse. Tout discours suppose la dualité du sujet et de l'objet, la contemplation est silencieuse parce qu'elle est suppression de cette dualité." [8]

-"L'âme est ce qui refuse le corps. (…) Le fou n'a aucune force de refus; il n'a plus d'âme. On dit aussi qu'il n'a plus conscience et c'est vrai. Qui cède absolument à son corps soit pour frapper, soit pour fuir, soit seulement pour parler, ne sait plus ce qu'il fait ni ce qu'il dit. On ne prend conscience que par une opposition de soi à soi."  [9]

 

La parole et la pensée :

 

- "La parole et la pensée rapportées réciproquement l'une à l'autre et simultanées (contemplation active) produisent le miracle – engendrent une substance (flamme), qui forme harmonieusement les deux, parole et pensée – et les stimule."[10]

- "L'enfant parle naturellement avant de penser, il est compris des autres bien avant qu'il se comprenne lui-même."[11]

- "Nous parlons plutôt que nous pensons."[12]

 

La parole et la nature :

 

 

- "Quand au parler, il est certain que, s'il n'est pas naturel, il n'est pas nécessaire." [13]

 

La parole et l'éternité :

 

 - "Quiconque parle vraiment est rempli de vie éternelle."[14]

 

Parler et voir :

 

- "Le regard qui «avance» ou qui «retarde» ne comprend pas, ou ne comprend plus, mais le regard qui est contemporain de ce qui se passe, comprend. Les mots alors sont presque inutiles. Dans la sphère de l'apparence, tout, d'une certaine façon, est langage, de sorte qu'avec ceux qui vivent de la même vie, font parie de la même «sphère», il n'y a pas besoin d'expliquer, de s'expliquer." [15]

- "Le savoir est irréductiblement double, parler et voir, langage et lumière, et c'est la raison pour laquelle il n'y a pas d'intentionnalité. (…) Le pli de l'être, selon Heidegger ou Merleau-Ponty, ne donne pas à voir sans donner aussi à parler…C'est le même monde qui se parle dans le langage et qui se voit dans la vue… La Lumière ouvre un parler comme si les significations hantaient le visible pendant que le visible murmurait le sens. (…) Que puis-je être, de quels plis m'entourer ou comment me produire comme sujet ? Le je ne désigne pas un universel, mais un ensemble de positions singulières occupées dans un On parle-On voit. (…) Et d'abord, d'après le savoir comme problème, penser, c'est voir et c'est parler, mais penser se fait dans l'entre-deux, dans l'interstice ou la disjonction du voir et du parler. C'est chaque fois inventer l'entrelacement, chaque fois lancer une flèche de l'un contre la cible de l'autre, faire miroiter un éclair de lumière dans les mots, faire entendre un cri dans les choses visibles. Penser, c'est faire que voir atteigne à sa limite propre, et parler, à la sienne, si bien que les deux soient la limite commune qui les rapporte l'un à l'autre en les séparant." [16]

 

La parole et le devenir psychique de l'être humain 

 

- "La nature, selon nous, ne fait rien en vain ; et l'homme, seul de tous les animaux, possède la parole. Or, tandis que la voix (phonè) ne sert qu'à indiquer la joie et la peine, et appartient pour ce motif aux autres animaux également (car leur nature va jusqu'à éprouver les sensations de plaisir et de douleur, et à se les signifier les uns aux autres), le discours (logos) sert à exprimer l'utile et le nuisible, et, par suite aussi, le juste et l'injuste : car c'est le caractère propre de l'homme par rapport aux autres animaux, d'être le seul à avoir le sentiment du bien et du mal, du juste et de l'injuste, et des autres notions morales, et c'est la communauté de ces sentiments qui engendre famille et cité."[17]

- "La pensée en s'exprimant dans une image nouvelle s'enrichit en enrichissant la langue. L'être devient parole. La parole apparaît au sommet psychique de l'être. La parole se révèle le devenir immédiat du psychisme humain." [18]

- "Je saisirais peut-être les instants où la parole, aujourd'hui comme toujours, crée de l'humain... Je développerais alors – folle ambition ! - une doctrine de la spontanéité, car la spontanéité pure, où peut-elle être plus aérée, aérienne que dans le langage ?" [19]-

- "Le philosophe est l'homme qui s'éveille et qui parle, et l'homme contient silencieusement les paradoxes de la philosophie, parce que, pour être tout à fait homme, il faut être un peu plus et un peu moins qu'homme."[20]

 

 

La parole et l'abolition du réel (voire du sujet) :

 

 

- "Ne faut-il pas affirmer qu'on ne parle même pas quand il arrive du moins qu'on entreprend d'énoncer du non-existant." [21]

- "Le mot me donne ce qu'il signifie, mais d'abord il le supprime." [22]

- "Je profère la parole pour la replonger dans son inanité."[23]

- "Le sujet n'est pas une plénitude individuelle qu'on a le droit ou non d'évacuer dans le langage (...), mais au contraire un vide autour duquel l'écrivain tresse une parole infiniment transformée (insérée dans une chaîne de transformation), en sorte que toute écriture qui ne ment pas désigne, non les attributs intérieurs du sujet, mais son absence. Le langage n'est pas le prédicat d'un sujet, inexprimable ou qu'il servirait à exprimer, il est le sujet (...) Ce qui emporte le symbole, c'est la nécessité de désigner inlassablement le rien du je que je suis." [24]

 

 

La parole et l'émotion :

 

- "J'essaierais d'aller, si possible, à l'origine de la joie de parler." [25]

 

 

La parole poétique :

 

- "La poésie, c'est le langage qui est libre à l'égard de soi-même." [26]

- "L'existence poétique, où nous apercevions la possibilité d'une attitude souveraine, est vraiment l'attitude mineure (…), elle n'est qu'une attitude d'enfant, qu'un jeu gratuit (...) Le royaume de l'impossible, de l'inassouvissement(…) La poésie, en un premier mouvement, détruit les objets qu'elle appréhende, elle les rend, par une destruction, à l'insaisissable fluidité de l'existence du poète, et c'est à ce prix qu'elle espère retrouver l'identité du monde et de l'homme. Mais en même temps qu'elle opère ce dessaisissement, elle tente de saisir ce dessaisissement. Tout ce qu'elle put fut de substituer le dessaisissement aux choses saisies de la vie réduite : elle ne put faire que le dessaisissement ne prit la place des choses (…) C'est qu'à l'origine, les chaînes tombent, et seule demeure la liberté impuissante." [27]

- "Exprimer tout cela, le langage ordinaire y est impuissant (et cette impuissance même invite à la mystérieuse transmutation dont est capable le poète, et par lesquelles les choses dites ne sont plus des ombres, des généralités, mais sont là elles-mêmes, «en personne» et vivantes." [28]

 

La parole et le bavardage :

 - "En nous mettant en présence du Néant, l'angoisse nous coupe la parole et nous réduit au silence. Mais c'est un silence tellement vide et opprimant que nous nous efforçons aussitôt de le masquer par notre bavardage." [29]

 

La parole et la bêtise :

 

- "Exactement ce que notre animal (notre corps) fera de lui-même s'il n'est pas dressé. La bêtise est plus choquante dans les paroles que dans les actions ; et chacun sait que les paroles vont souvent toutes seules. Si on a bien compris cela, la bêtise n'offense plus personne ; elle fait rire."[30]

 

La parole et la manipulation politique :

 

- "Dans une campagne électorale, chaque candidat parle au nom de tous. Est gagnant celui qui a trouvé la petite astuce langagière de la totalité symbolique. Une formule qui reconnaisse la division en la disant unité. Trouver la petite formule qui dise la duplicité, c'est effectivement un métier - celui du politicien moderne."[31]

 

La parole mythique :

 

Du grec muthos (parole, fable, récit, légende), de muthein (parler, converser). Contrairement à la légende qui poétise ou qui valorise un objet, le mythe est une parole fabuleuse (fictive, voire mensongère, rapportée à des temps héroïques), en plus, qui interprète le domaine irrationnel et silencieux qui précède une origine, qui succède à des fins ou à des recommencements.

 

La parole et le sens :

 

- "La parole n'est pas le «signe» de la pensée, si l'on entend par là un phénomène qui en annonce un autre comme la fumée annonce le feu. La parole et la pensée n'admettraient cette relation extérieure que si elles étaient l'une et l'autre thématiquement données ; en réalité elles sont enveloppées l'une dans l'autre, le sens est pris dans la parole et la parole est l'existence extérieure du sens." [32]

- "Structuralement, le sens ne naît point par répétition mais par différence, en sorte qu'un terme rare, dès lors qu'il est saisi dans un système d'exclusions et de relations, signifie tout autant qu'un terme fréquent." [33]

 

La parole et la vérité :

 

 - "C'est quand un homme parle, simplement pour parler, qu'il prononce les vérités les plus belles et les plus originales." [34]

 

_________________________________ 

 [34] Novalis, Monologue, 1788, cité p.99 de Novalis par Pierre Garnier, Seghers, 1962

[33] Barthes, Critique et vérité, Seuil, 1966, p.66.

[32] Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception, 1945, Gallimard, p.211.

[31] Benny Lévy, Le meurtre du Pasteur, Grasset, p.286.

[30] Alain, Définitions, Les arts et les dieux, Pléiade, 1958, p.1038.

[29] J. Rassam, op.cit, p.86.

[28] Conche, Orientation philosophique – essai de déconstruction, Les Belles Lettres, 2011, collection «encre marine», p.315.

[27] Bataille, La Littérature et le mal, Idées / Gallimard n°128, 1957, pp.41, 49, 50, 99

[26] Bachelard, Fragments inédits de l'Introduction à la Poétique du Phénix, cités dans le livre sur Bachelard de Jean-Claude Margolin, écrivains de toujours/Seuil, 1974, p.98.

[25] Bachelard, Fragments inédits de l'Introduction à la Poétique du Phénix, cités dans le livre sur Bachelard de Jean-Claude Margolin, écrivains de toujours/Seuil, 1974, p.98.

[24] R. Barthes, Critique et vérité, Seuil, 1966, p.70.

[23] Mallarmé, Igitur ou la Folie d'Elbehnon, 1925.  

[22] Bataille, La Part du feu, p.312.

[21] Platon, Le Sophiste.

[20] Merleau-Ponty, Éloge de la philosophie, Idées n°75, 1965, p.73.

[19] Bachelard, Fragments inédits de l'Introduction à la Poétique du Phénix, cités dans le livre sur Bachelard de Jean-Claude Margolin, écrivains de toujours/Seuil, 1974, p. 97.

[18] Bachelard, L'Air et les songes, Corti, 1943-1965, p.9.

[17]  Aristote, La Politique, trad. Tricot, 1,2, 1253 a.

[16] Deleuze, Foucault, Minuit, 1986, pp.117, 118, 119, 122, 124, 125.

[15] Conche, Orientation philosophique – essai de déconstruction, Les Belles Lettres, 2011, collection «encre marine», p.316.

[14] Novalis, cité p.82 de Novalis par Pierre Garnier, Seghers, 1962.

[13]  Montaigne, Essais, Pléiade, II, XII, Apologie de Raimond Sebond, p.505.

[12]  Bergson, Essai sr les données immédiates de la conscience, 1889, Conclusion.

[11]  Alain, Éléments de philosophie, 1941, livre III, chap. II, Gallimard, p.159.

[10] Novalis, L'Encyclopédie, op.cit., p. 88.

[9] Alain, Définitions, Les arts et les dieux, Pléiade, 1958, p.1031.

[8] Rassam, Le Silence comme introduction à la métaphysique, Université de Toulouse, 1980, p.65.

[7] Benny Lévy, Le meurtre du Pasteur, Grasset, pp.254, 270.

[6] Benny Lévy, Le meurtre du Pasteur, Grasset, p.155.

[5] Conche, Orientation philosophique – essai de déconstruction, Les Belles Lettres, 2011, collection «encre marine», p.316.

[4] Conche, Orientation philosophique – essai de déconstruction, Les Belles Lettres, 2011, collection «encre marine», p.314.

[3] Lavelle, La dialectique du monde sensible.

[2] Héraclite, B.93.

[1] La BibleL'Écclésiaste, 3, 1, 7.

 

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À propos

claude stéphane perrin

Claude Stéphane PERRIN. Professeur de philosophie à la retraite, j'écris et je lis en méditant sur le problème de la non-violence, notamment à partir d'une idée non indifférente et non nihiliste du neutre .
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