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Claude Stéphane PERRIN

Recherches philosophiques qui, inspirées par l'idée du neutre, vont au-delà du scepticisme vers une interprétation moderne (historique et intemporelle) du principe de raison.

Les primes paroles

Le Titien. Détail d'un tableau intitulé Salomé (Galleria Doria-Pamphili, Rome) et reproduit p.70 du livre de Pa-novsky intitulé Le Titien – Questions d'iconologie, Hazan collection 35/37, 1990.

Le Titien. Détail d'un tableau intitulé Salomé (Galleria Doria-Pamphili, Rome) et reproduit p.70 du livre de Pa-novsky intitulé Le Titien – Questions d'iconologie, Hazan collection 35/37, 1990.

 

- La parole et l'apparence :

- "Mais, observera-t-on, l'apparence se dit. Et puisque c'est toujours quelqu'un qui parle, l'apparence n'est-elle pas toujours apparente pour quelqu'un, "[1]

- "En réalité l'apparence, comme telle, comporte une présence muette à elle-même, elle est auto-apparence." [2]

- "Dès que l'apparence est dite, une scission s'opère : il y a ce que je dis et moi qui le dis. (…) Car le mouvement naturel du langage est de laisser de côté celui qui le prononce : en parlant, celui qui parle se laisse de côté. «Les pommiers sont en fleurs» : en disant cela, j'opère un prélèvement sur une apparence multiforme, je la réduis à une abstraction, une généralité. Que reste-t-il de l'odeur de campagne, de la nuance du ciel, de la douceur du vent, du nuage blanc qui glisse…?" [3]

 

- Parler et voir :

- "Le regard qui «avance» ou qui «retarde» ne comprend pas, ou ne comprend plus, mais le regard qui est contemporain de ce qui se passe, comprend. Les mots alors sont presque inutiles. Dans la sphère de l'apparence, tout, d'une certaine façon, est langage, de sorte qu'avec ceux qui vivent de la même vie, font parie de la même «sphère», il n'y a pas besoin d'expliquer, de s'expliquer." [4]

- "Le savoir est irréductiblement double, parler et voir, langage et lumière, et c'est la raison pour laquelle il n'y a pas d'intentionnalité. (…) Le pli de l'être, selon Heidegger ou Merleau-Ponty, ne donne pas à voir sans donner aussi à parler…C'est le même monde qui se parle dans le langage et qui se voit dans la vue… La Lumière ouvre un parler comme si les significations hantaient le visible pendant que le visible murmurait le sens. (…) Que puis-je être, de quels plis m'entourer ou comment me produire comme sujet ? Le je ne désigne pas un universel, mais un ensemble de positions singulières occupées dans un On parle-On voit. (…) Et d'abord, d'après le savoir comme problème, penser, c'est voir et c'est parler, mais penser se fait dans l'entre-deux, dans l'interstice ou la disjonction du voir et du parler. C'est chaque fois inventer l'entrelacement, chaque fois lancer une flèche de l'un contre la cible de l'autre, faire miroiter un éclair de lumière dans les mots, faire entendre un cri dans les choses visibles. Penser, c'est faire que voir atteigne à sa limite propre, et parler, à la sienne, si bien que les deux soient la limite commune qui les rapporte l'un à l'autre en les séparant." [5]

 

- La parole et l'émotion :

- "J'essaierais d'aller, si possible, à l'origine de la joie de parler." [6]

 

 - La parole et le silence :

- "Il y a un temps pour se taire et un pour par­ler." [7]

- "Le prince dont l'oracle est à Delphes ne parle pas, ne cache pas, mais signifie." [8]  

- "Les paroles les plus belles sont les voix même du silence". [9]

- "Les choses sont transparentes, nous offrent leur simplicité, se tiennent là comme en elles-mêmes." [10]

- "La parole est parole sur fond de silence, mais le silence n'est encore qu'un nom dans le langage, une manière de dire (…) Cela revient à dire que nous parlons à partir de cette différence qui fait que, parlant, nous différons de parler." [11]


[1] Conche, Orientation philosophique, p.314.

[2] Conche, Orientation philosophique – essai de déconstruction, Les Belles Lettres, 2011, collection «encre marine», p.314.

[3] Conche, Orientation philosophique, p.315.

[4] Conche, Orientation philosophique, p.316.

[5] Deleuze, Foucault, Minuit, 1986, pp.117, 118, 119, 122, 124, 125.

[6] Bachelard, Fragments inédits de l'Introduction à la Poétique du Phénix, cités dans le livre sur Bachelard de Jean-Claude Margolin, écrivains de toujours/Seuil, 1974, p.98.

[7] La BibleL'Écclésiaste, 3, 1, 7.

[8] Héraclite, B.93.

[9] Lavelle, La dialectique du monde sensible.

[10] Conche, Orientation philosophique, p.316.

[11] Blanchot, L'Entretien infini, p.44.

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À propos

claude stéphane perrin

Claude Stéphane PERRIN. Professeur de philosophie à la retraite, j'écris et je lis en méditant sur le problème de la non-violence, notamment à partir d'une idée non indifférente et non nihiliste du neutre .
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