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Claude Stéphane PERRIN

Recherches philosophiques qui, inspirées par l'idée du neutre, vont au-delà du scepticisme vers une interprétation moderne (historique et intemporelle) du principe de raison.

BLANCHOT ET LA PAROLE

Lévinas et BlanchotLévinas et Blanchot

Lévinas et Blanchot

 

La parole et Dieu :

 

- "Parler de Dieu, ce serait dire tout autre chose et déjà céder la parole à ce qui ne se laisse jamais entendre à partir de l'unité de l'Unique (…) Il est dérisoire de prétendre avoir rompu avec l'ère théologique. Avec cette conséquence que, sous le nom de Dieu, c'est toujours aussi bien l'homme comme Unique que l'on continue d'adorer. (…) À un double niveau : admettons que là où il y a l'homme avec ses attributs divins, conscience en première personne, transparence de lumière, parole qui voit et dit le sens, regard parlant qui le lit, le théologique soit d'ores et déjà préservé, sans qu'aucun rapport d'authentique transcendance (tel que l'exige la foi monothéiste) ait même eu besoin de se désigner explicitement. Le théologique sera donc maintenu, c'est-à-dire, aussi bien, suspendu. (…) Toute négation de Dieu, c'est-à-dire l'affirmation de l'absence de Dieu, est toujours encore discours qui parle de Dieu et à Dieu en son absence.(…) Là serait la force et l'inanité de l'argument ontologique : Dieu, qu'il soit, qu'il ne soit pas, reste Dieu ; Dieu, souveraineté du neutre, toujours en excès par rapport à l'Être, vide de sens, séparé par ce vide et absolument de tout sens et non-sens." [1]

 

La parole et le silence :

 - "La parole est parole sur fond de silence, mais le silence n'est encore qu'un nom dans le langage, une manière de dire (…) Cela revient à dire que nous parlons à partir de cette différence qui fait que, parlant, nous différons de parler." [2]

 

 

La parole et la pensée :

 

- "C'est comme si, chaque fois que l'extrême se dit, elle (la parole fragmentaire) appelait la pensée au dehors (non pas au-delà), lui désignant par sa fissure que la pensée est déjà sortie d'elle-même, qu'elle est hors d'elle, en rapport – sans rapport – avec un dehors d'où elle est exclue dans la mesure où elle croit pouvoir l'inclure et, chaque fois, nécessairement, en fait vraiment l'inclusion où elle s'enferme. Et c'est encore trop dire de cette parole que le dire qu'elle «appelle» la pensée, comme si elle-même détenait quelque extériorité absolue qu'elle aurait pour fonction de faire retentir comme lieu jamais situé. Elle ne dit, par rapport à ce qui a été dit, rien de nouveau..." [3]

- "Le jeu de la pensée, ce jeu dont deux hommes parlant sont les joueurs et par lequel il est chaque fois demandé à la pensée d'affirmer son rapport à l'inconnu… La parole porte avec elle le caractère fortuit qui lie dans le jeu la pensée au hasard."[4]

 

La parole et la mort : 

 

- "Il n'y a parole que parce que ce qui est a disparu en ce qui le nomme, frappé de mort pour devenir la réalité du nom : la vie de cette mort, voilà bien ce qu'est admirablement la parole la plus ordinaire et, à un plus haut niveau, celle du concept." [5]

- "La parole mesurée et la démesure héroïque ont ceci de commun : l'un et l'autre affrontent la mort. Mais la parole est plus profondément engagée dans le mouvement de mourir, puisque seule elle réussit à en faire une vie seconde, durant sans durée. En ce sens, et en admettant que le héros soit le maître, l'homme qui semble détenir la parole comme un pouvoir sera le maître du maître." [6]

 

 

La parole et le néant :

 

- "Le néant sans pensée, cette banalité vide et insignifiante. (…) Il (le langage) parle au nom de ce néant qui dissout toute chose, étant le devenir parlant de la mort même et toutefois, intériorisant cette mort, la purifiant peut-être, pour la réduire au dur travail du négatif, par lequel, en un combat incessant, le sens vient vers nous, et nous allons vers lui". (…) Par la seule puissance inhumaine du pari, par cette voie qui détourne nécessairement de l'être, c'est toujours pour le néant que nous parions, quelle que soit l'annonce de notre jeu : un néant qui tantôt s'appelle Dieu, tantôt s'appelle monde, et dans les deux cas, ce qui aura gagné, ce sera bien l'infini, mais l'infini du néant. (…) Descartes, Kant, Hegel, Bergson n'ont pas seulement refusé de penser le néant à l'écart de l'être, mais se sont irrités (sauf peut-être Hegel qui l'identifie avec une malice souveraine à l'immédiat, faisant ainsi de l'immédiat néant) de ce qui est pour l'un le signe de l'ampleur du vouloir (donc une marque de perfection), pour l'autre le défaut d'un concept ou un concept vide sans objet, pour l'autre un vide sans objet et sans concept, c'est-à-dire un mot, c'est-à-dire l'illusion d'un mot, autrement dit, rien qu'un rien, qui est tout de même quelque chose. Or toutes ces réductions – fondées sur l'exigence masquée de continuité et de plénitude que porte la philosophie – n'ont servi à rien, pas même à décider si le langage qui détient le rien parle ou non pour rien ou si le rien ne serait pas là pour permettre de parler. (…) C'est précisément l'une des découvertes pénibles de notre expérience que néant n'est pas l'extrême, il ne l'est qu'en tant qu'il nous trompe."[7]

 

La parole et le neutre :

 

- "Le neutre est ce qui ne se distribue dans aucun genre : le non-général, le non-générique, comme le non-particulier. Il refuse l'appartenance aussi bien à la catégorie de l'objet qu'à celle du sujet. Et cela ne veut pas seulement dire qu'il est encore indéterminé et comme hésitant entre les deux, cela veut dire qu'il suppose une relation autre, ne relevant ni des conditions objectives, ni des dispositions subjectives… L'inconnu est toujours pensé au neutre. La pensée du neutre est une menace et un scandale pour la pensée (…) L'un des premiers langages de la pensée occidentale, celui d'Héraclite est de parler au neutre singulier. L'un-la-chose-sage, le non-à-espérer, le non-à-aborder, le commun… la chose-commune, cela-le-sage, cela-l'un, cela-le-commun ne sont pas des concepts…ni des idées… Notre manière d'abstraire et de généraliser est inhabile à promouvoir des signes." [8]

- "On peut "domestiquer le neutre en y substituant la loi de l'impersonnel et le règne de l'universel…ou en affirmant la primauté éthique du Moi-Sujet, l'aspiration mystique à l'Unique singulier (…) La philosophie heideggérienne pourrait être entendue comme une réponse à cette interrogation du neutre et une tentative pour s'en approcher d'une manière non conceptuelle, mais il faut l'entendre aussi comme un nouveau retrait devant ce que la pensée ne pourrait pouvoir accueillir qu'en la sublimant (…) La réflexion sur la différence de l'être et de l'étant, différence qui n'est pas la différence théologique du Transcendant et du fini (à la fois moins absolue et plus originelle que celle-ci), différence qui est aussi tout autre que la différence de l'existant et de sa manière d'exister, semble appeler la pensée et le langage à reconnaître dans le Sein un mot fondamental pour le neutre, c'est-à-dire à penser au neutre. Mais il faut rectifier aussitôt et dire que la dignité qui est accordée à l'être dans l'appel qui nous viendrait de lui, tout ce qui rapproche d'une façon ambiguë l'être du divin, la correspondance du Sein et du Dasein, le fait providentiel qu'être et compréhension de l'être vont ensemble, l'être étant ce qui éclaire, s'ouvre et se destine à l'étant qui se fait ouverture de clarté, ce rapport donc du Sein et de la vérité, voilement se dévoilant dans la présence de lumière, ne nous disposent pas à la recherche du neutre telle que l'implique l'inconnu. De même, lorsque Sartre condamne ce qu'il appelle le practico-inerte dont il parle comme les théologiens parlent du mal, y voyant, du reste justement, non pas un moment de la dialectique, mais un moment d'expérience capable de faire échec à toute dialectique, c'est du neutre encore que la pensée s'approche, cette fois en le dépréciant, c'est-à-dire précisément en refusant de le penser comme neutre." [9]

- "Serait neutre celui qui n'intervient pas dans ce qu'il dit (…) laissant parler ce qui ne peut se dire dans ce qu'il y a à dire."[10]

 

La parole et l'oubli :

 

- "Voir, c'est peut-être oublier de parler, et parler, c'est puiser au fond de la parole l'oubli qui est l'inépuisable. (…) Qui parle est déjà oublié. Qui parle s'en remet à l'oubli, presque avec préméditation… à cette nécessité de l'oubli. L'oubli est le maître du jeu." [11]

 

La parole et le quotidien :

 

"Nous-mêmes à l'ordinaire (…) Le quotidien, c'est la platitude (ce qui retarde et ce qui retombe, la vie résiduelle dont se remplissent nos poubelles et nos cimetières, rebuts et détritus), mais cette banalité est pourtant aussi ce qu'il y a de plus important, si elle renvoie à l'existence dans sa spontanéité (…) Toujours les deux côtés se retrouvent, le quotidien avec son côté fastidieux, pénible et sordide (l'amorphe, le stagnant), et le quotidien inépuisable, irrécusable et toujours inaccompli (…) Quels que soient ses aspects, le quotidien a ce trait essentiel : il ne se laisse pas saisir. Il échappe. Il appartient à l'insignifiance, et l'insignifiant est sans vérité, sans réalité, sans secret, mais est peut-être le lieu de toute signification possible (…) Nous n'avons affaire qu'à une prolixité ressassante qui ne dit rien et ne montre rien (…) Le quotidien échappe. C'est sa définition (…) Le quotidien c'est la vie dans sa dissimulation équivoque (…) Le propre du quotidien, c'est de nous désigner une région, ou un niveau de parole, où la détermination du vrai et du faux, comme l'opposition du oui et du non, ne s'applique pas (…) Le quotidien échappe. Pourquoi échappe-t-il ? C'est qu'il est sans sujet. Lorsque je vis le quotidien, c'est l'homme quelconque qui le vit, et l'homme quelconque n'est ni à proprement parler moi ni à proprement parler l'autre, il n'est ni l'un ni l'autre (…) Le quotidien récuse les valeurs héroïques, mais c'est qu'il récuse bien davantage, toutes les valeurs et l'idée même de valeur, ruinant toujours à nouveau la différence abusive entre authenticité et inauthenticité (…) Le quotidien n'est-il pas alors une utopie, le mythe d'une existence privée de mythe ? (…) C'est que, dans le quotidien, nous ne naissons ni ne mourrons : de là le poids et la force énigmatique de la vérité quotidienne ."[12]

 

La parole et l'inconnu :

 

- "L'inconnu est verbalement un neutre (…) L'inconnu n'est ni objet ni sujet. Cela veut dire que penser l'inconnu, ce n'est nullement se proposer le pas encore connu, objet de tout savoir encore à venir, mais ce n'est pas davantage le dépasser en l'absolument inconnaissable,sujet de pure transcendance, se refusant à toute manière de connaître et de s'exprimer.(…) Nous supposons une relation où l'inconnu serait affirmé, manifesté, voire exhibé : découvert – et sous quel aspect ? Précisément en cela qui le retient inconnu. (…) Ce ne sera pas un rapport de dévoilement. L'inconnu ne sera pas révélé, mais indiqué (…) Ni visible, ni invisible ou plus justement se détournant de tout visible et de tout invisible (…). L'inconnu exclut toute perspective, il ne se tient pas dans un cercle de vue, il ne peut faire partie d'un ensemble (…) Comme la mort, il échappe à toute prise… Sauf à la parole, mais pour autant que celle-ci n'est pas une prise, n'est pas une saisie… parole qui parle sans exercer aucune forme de pouvoir… parole d'infini… parler, c'est sans lien se lier à l'inconnu." [13]

 

La parole fragmentaire :

 

- "Le fragment est la seule forme d'expression convenant à un ouvrage paradoxal (…) Le fait d'être ainsi posé toujours à la limite donne au fragment deux traits différents : parole d'affirmation, et n'affirmant rien que ce plus et ce surplus d'une affirmation étrangère à la possibilité (…) laissant jouer entre les fragments, dans l'interruption et l'arrêt, l'illimité de la différence (…) Il y a deux sortes de pluralisme. L'un est philosophie de l'ambiguïté, expérience de l'être multiple. Puis cet autre étrange pluralisme, sans pluralité ni unité, que la parole de fragment porte en elle comme la provocation du langage, celui qui parle encore lorsque tout a été dit. (…) La parole comme fragment a rapport avec ce fait que l'homme disparaît.(…) La parole intermittente, discontinue, qui, sans être insignifiante, ne parle pas en raison de son pouvoir de représenter ni même de signifier (…) Elle se désigne à partir de l'entre-deux, est comme en faction autour d'un lieu de divergence, espace de la dis-location qu'elle cherche à cerner, mais qui toujours la discerne, l'écartant d'elle-même, l'identifiant à cet écart, imperceptible décalage, où toujours elle revient à elle, identique, non identique. (…) D'un côté, marquant la rupture, elle empêche la pensée de passer par degrés de l'homme au surhomme, c'est-à-dire de les penser selon la même mesure ou même selon des mesures seulement différentes, c'est-à-dire de se penser elle-même selon l'identité et l'unité. D'un autre côté, elle marque davantage que la rupture. (…) Si l'idée de dépassement – entendue, soit dans un sens hégélien, soit dans un sens nietzschéen : création qui ne conserve pas, mais détruit – ne saurait suffire à Nietzsche, si penser, ce n'est pas seulement outrepasser, si l'affirmation de l'Éternel Retour s'entend (d'abord) comme l'échec du dépassement, est-ce que la parole fragmentaire nous ouvre à cette perspective, nous permet de parler dans cette direction ? (…) Elle répète sur le mode de la fragmentation (…) vers le dehors où parle l'ininterrompu, la fin qui n'en finit pas. (…) Qui dit fragment ne doit pas seulement dire fragmentation d'une réalité déjà existante, ni moment d'un ensemble encore à venir. (…) Le fragment n'est pas… un texte concentré, il ouvre sur l'intervalle (attente et pause)…, il rend possibles des rapports nouveaux qui s'exceptent de l'unité, comme ils excèdent l'ensemble."[14]

 

La parole et la violence :

 

"Arrogance de la parole claire qui vient de la confiance dans le savoir; de là, sa violence propre, celle de l'excès de savoir, ce trop de savoir qui, parce qu'il a atteint d'un seul coup la forme plénière de l'universalité (l'homme comme universel), lui fait oublier la réserve qu'il porte en soi et dont il s'exclut lui-même par oubli, cette part qu'il ne saurait reconnaître comme vraie, puisque son statut est, aussi bien, le non-vrai, la rupture désœuvrée, l'infidélité radicale sous le double retrait du divin et de l'humain : soit la non-présence même. (…) La parole fuit plus vite, plus essentiellement que la fuite. Elle détient, dans le mouvement de dérober, l'essence de la fuite ; c'est pourquoi elle la parle, elle la prononce. Quand, dans la fuite, quelqu'un se met à parler, c'est comme si le mouvement de dérober, tout à coup, prenait la parole" [15]

- "La parole est guerre et folie au regard. (…) La parole ne se présente plus comme une parole, mais comme une vue affranchie des limitations de la vue. Non pas une manière de dire, mais une manière transcendante de voir." [16]

- "Lorsque je parle, toujours j'exerce un rapport de puissance, j'appartiens, que je le sache ou non, à un réseau de pouvoirs dont je me sers, luttant contre la puissance qui s'affirme contre moi. Toute parole est violence, violence d'autant plus redoutable qu'elle est secrète et le centre secret de la violence, violence qui déjà s'exerce sur ce que le mot nomme et qu'il ne peut nommer qu'en lui retirant la présence – signe, nous l'avons vu, que la mort parle (cette mort qui est pouvoir), lorsque je parle." [17]

 

La parole et l'opinion :

 

- "Déjà l'opinion, celle qui n'a pas de support, qu'on peut lire dans les journaux, mais jamais dans tel journal particulier, est plus proche du caractère panique de la question. L'opinion tranche et décide, en une parole qui ne décide pas et qui ne parle pas. Elle est tyrannique, parce que personne ne l'impose et que personne n'en répond. (…) Quelque chose d'impersonnel est toujours en train de détruire, dans l'opinion, toute opinion. C'est le vertige de l'arrachement. Les idées plates et les banalités de langage, qui lui servent de véhicule, dissimulent l'enfoncement dans la profondeur, le détournement qui s'abîme dans le tourbillon de la fuite. L'opinion n'est donc jamais assez opinion (c'est précisément ce qui la caractérise). Elle se contente d'être un alibi pour elle-même" [18]

 

La parole et l'absurde :

 

- "Il est de l'essence de l'absurde de n'être qu'un passage et de rejeter aussitôt celui qui le rencontre (…) L'absurde ne peut parler, ni s'affirmer sans se détruire. Ce qui exclut toute valeur, devient, en s'affirmant, valeur, propose un jugement de valeur, échappe à l'absurde (…) L'essence de l'absurde est de vouloir rester non-pensé et non-parlé (…) L'absurde signifie : impossibilité des pensées (logiques)." [19]

 

La parole et le malheur :

 

- "La pensée ne peut être qu'une fraude, si elle n'est pas pensée à partir de cette bassesse du malheur (…) Penser le malheur, c'est conduire la pensée vers ce point où la puissance n'est plus la mesure de ce qu'il faut dire et penser; c'est unir la pensée à cette impossibilité de penser qu'elle est pour elle-même comme son centre (…) C'est ainsi que le centre de la pensée est ce qui ne se laisse pas penser (…) C'est comme si, chaque fois que l'extrême se dit, elle (la parole fragmentaire) appelait la pensée au dehors (non pas au-delà), lui désignant par sa fissure que la pensée est déjà sortie d'elle-même, qu'elle est hors d'elle, en rapport – sans rapport – avec un dehors d'où elle est exclue dans la mesure où elle croit pouvoir l'inclure et, chaque fois, nécessairement, en fait vraiment l'inclusion où elle s'enferme."[20]

 

La parole et la différence :  

"La parole qui ne développe pas a dès l'abord renoncé au dernier mot, soit parce que celui-ci est supposé avoir été déjà prononcé, soit parce que parler, c'est reconnaître que la parole est nécessairement plurielle, fragmentaire, capable de maintenir, par-delà l'unification, toujours la différence." [21]

 

La parole et le symbole :

 

- "Nommer le possible, répondre à l'impossible (sont) les deux centres de gravité de tout langage."[22]

- "Le symbole restaure le pouvoir du sens, le symbole étant la transcendance même du sens, son dépassement : ce qui à la fois libère le texte de tout sens déterminé, puisqu'à proprement parler il ne signifie rien, et libère le texte de sa force textuelle, puisque le lecteur se sent en droit d'écarter la lettre pour trouver l'esprit, d'où les ravages de la lecture symbolique, la pire façon de lire un texte littéraire)." [23]

 

La parole et autrui :  

"La parole affirme l'abîme qu'il y a entre moi et autrui et elle franchit l'infranchissable, mais sans l'abolir ni le diminuer. Bien plus, sans cette infinie distance, sans cette séparation de l'abîme, il n'y aurait pas de parole, de sorte qu'il est juste de dire que toute parole véritable se souvient de cette séparation par laquelle elle parle. (…) Et qui est «Autrui» ? l'inconnu, l'étranger, étranger à tout visible et à tout non-visible, et qui cependant vient à «moi» comme parole, lorsque parler, ce n'est plus voir… L'Autre y parle dans cette présence de parole qui est sa seule présence, parole neutre, infinie, sans pouvoir, où se joue l'illimité de la pensée, sous la sauvegarde de l'oubli". [24]

 

La parole et le propre de l'homme :

 

- "Abraham est pleinement un homme, c'est un homme qui s'en va et qui, par ce premier départ, fonde le droit humain au commencement, seule création véritable (…) Mais l'homme est l'indestructible qui peut être détruit. (...) L'homme actuel est l'homme qui se croit définitif … Il a un pouvoir qui le dépasse sans qu'il cherche à se dépasser lui-même en ce pouvoir… Le surhomme est celui qui seul conduit l'homme à être ce qu'il est : l'être de dépassement, en quoi s'affirme la nécessité pour lui de passer et de périr en ce passage (…) L'homme supérieur est manqué (missgeraten), non parce qu'il a échoué, il a échoué, parce qu'il a réussi : il a atteint son but (…) Le propre de l'homme supérieur est le sérieux de la probité et la rigueur de la véracité : parole continue, sans intermittence et sans vide, parole de l'accomplissement logique qui ignore le hasard, le jeu, le rire." [25]

 

La parole littéraire :

 

- "L'incessant, le discontinu, la répétition : la parole littéraire semble répondre mystérieusement à ces trois exigences pourtant opposées, mais toutes trois ensemble s'opposant à la prétention de l'invincible unité… Je proposerai maintenant ce semblant de pensée en forme d'aphorisme : identifier en séparant, parole d'entendement, dépasser en niant, parole de raison, reste la parole littéraire qui dépasse en redoublant, crée en répétant et, par d'infinies redites, dit une première fois et une unique fois jusqu'à ce mot de trop où défaille le langage."[26]

 

 

 

[26] Blanchot, L'Entretien infini, p.505.

[25] Blanchot, L'Entretien infini, pp.184,192,221,233.

[24] Blanchot, L'Entretien infini, pp.89,320.

[23] Blanchot, L'Entretien infini, p.387.

[22] Blanchot, L'Entretien infini, p.92.

[21] Blanchot, L'Entretien infini, p.500.

[20] Blanchot, L'Entretien infini, p.175,176,237,239.

[19] Blanchot, L'Entretien infini, pp.265,269,273.

[18] Blanchot, L'Entretien infini, pp.26,27. 

[17] Blanchot, L'Entretien infini, p. 60.

[16] Blanchot, L'Entretien infini, p.40

[15] Blanchot, L'Entretien infini, pp.23,31.

[14] Blanchot, L'Entretien infini, pp.152,231,232,233,234,235,237,238,239,451,527.

[13] Blanchot, L'Entretien infini, pp. 440, 442, 443, 444, 445.

[12] Blanchot, L'Entretien infini, pp.355,357,358,359,360,364,365,366.

[11] Blanchot, L'Entretien infini, pp.40,317.

[10] Blanchot, L'Entretien infini, p.447.

[9] Blanchot, L'Entretien infini, p.441.

[8] Blanchot, L'Entretien infini, p.440.

[7] Blanchot, L'Entretien infini, pp. 49, 50, 148,217, 261.

[6] Blanchot, L'Entretien infini, p.544.

[5] Blanchot, L'Entretien infini, p.50.

[4] Blanchot, L'Entretien infini, p.317.

[3] Blanchot, L'Entretien infini, pp.237-238.

[2] Blanchot, L'Entretien infini, p.44.

[1] Blanchot, L'Entretien infini, Gallimard, 1969, pp.378, 379,448.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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À propos

claude stéphane perrin

Claude Stéphane PERRIN. Professeur de philosophie à la retraite, j'écris et je lis en méditant sur le problème de la non-violence, notamment à partir d'une idée non indifférente et non nihiliste du neutre .
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