Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Claude Stéphane PERRIN

Recherches philosophiques qui, inspirées par l'idée du neutre, vont au-delà du scepticisme vers une interprétation moderne (historique et intemporelle) du principe de raison.

BACHELARD ET LA PSYCHANALYSE

Détail du tableau de Sandro Botticelli intitulé La Naissance de Vénus (1484-1486). Cette œuvre (172,5 x 278,5 cm) a été reproduite dans le Dictionnaire Universel de la peinture, Le Robert, 1975, p.311, tome 1.

Détail du tableau de Sandro Botticelli intitulé La Naissance de Vénus (1484-1486). Cette œuvre (172,5 x 278,5 cm) a été reproduite dans le Dictionnaire Universel de la peinture, Le Robert, 1975, p.311, tome 1.

Psychanalyse : "Peut-être peut-on saisir ici un exemple de la méthode que nous proposons de suivre pour une psychanalyse de la connaissance objective. Il s'agit de trouver l'action des valeurs inconscientes à la base même de la connaissance empirique et scientifique. (…) Précisément, un des avantages de la psychanalyse de la connaissance objective que nous proposons paraît être l'examen d'une zone moins profonde que celle où se déroulent les instincts primitifs ; et c'est parce que cette zone est intermédiaire qu'elle a une action déterminante pour la pensée claire, pour la pensée scientifique. (…) Pour nous qui nous bornons à psychanalyser une couche psychique moins profonde, plus intellectualisée, nous devons remplacer l'étude des rêves par l'étude de la rêverie… (…) Il y aurait donc place, croyons-nous, pour une psychanalyse indirecte et seconde, qui chercherait toujours l'inconscient sous le conscient, la valeur subjective sous l'évidence objective, la rêverie sous l'expérience. On ne peut étudier que ce qu'on a d'abord rêvé. La science se forme plutôt sur une rêverie que sur une expérience et il faut bien des expériences pour effacer les brumes du songe. (…) Quand on contemple une hache de silex taillé, il est impossible de résister à cette idée que chaque facette bien placée a été obtenue par une réduction de la force, par une force inhibée, contenue, administrée, bref par une force psychanalysée."[1] "Bien que le présent ouvrage soit un nouvel exemple, après la Psychanalyse du feu, de la loi des quatre éléments poétiques, nous n'avons pas retenu pour titre La Psychanalyse de l'Eau qui aurait pu faire pendant à notre ancien essai. Nous avons choisi un titre plus vague : L'Eau et les Rêves. C'est là une obligation de la sincérité. Pour parler de psychanalyse, il faut avoir classé les images originelles sans laisser à aucune d'elles la trace de ses premiers privilèges ;  il faut avoir désigné, puis désuni, des complexes qui ont longtemps noué des désirs et des rêves. (…) La sincérité nous oblige à confesser que nous n'avons pas réussi le même redressement à l'égard de l'eau. Les images de l'eau, nous les vivons encore, nous les vivons synthétiquement dans leur complexité première en leur donnant souvent notre adhésion irraisonnée. (…) Une psychanalyse des images de l'eau est donc rarement nécessaire puisque ces images se dispersent comme d'elles-mêmes. Et elles n'ensorcellent pas n'importe quel rêveur." [2] "La psychanalyse, née en milieu bourgeois, néglige bien souvent l'aspect réaliste, l'aspect matérialiste de la volonté humaine. Le travail sur des objets, contre la matière, est une sorte de psychanalyse matérielle. Il offre des chances de guérison rapide parce que la matière ne nous permet pas de nous tromper sur nos propres forces. (…) Les psychanalystes nous parlent d'un asthme psychique, d'un asthme noué sur des complexes inconscients. Le Dr Allendy rapproche ainsi ses propres angoisses de l'asthme de son père. Il guérirait, dit-il, s'il pouvait effacer on ne sait quel souvenir du père au souffle brisé… Mais le travail contient en soi-même sa propre psychanalyse, une psychanalyse qui peut porter ses bienfaits dans toutes les profondeurs de l'inconscient. «Intégrer le souffleur ? » Pourquoi ne pas intégrer le «soufflet»? … Quand un alchimiste soufflait sur son feu, il lui apportait le principe d'une sécheresse, le moyen de lutter contre d'insidieuses faiblesses liquides. Tout souffle, pour qui rêve, est une haleine chargée d'influences. Cet onirisme des objets met en ordre des rêves confus de l'inconscient du travailleur et facilite l'engagement dans le travail. "[3] "La psychanalyse étudie une vie d'événements, une vie qui n'engrène plus sur la vie des autres." [4]

Psychologie : "La Psychologie elle-même deviendrait scientifique si elle devenait discursive comme la Physique, si elle se rendait compte qu'en nous-mêmes, comme hors de nous-mêmes, nous comprenons la Nature en lui résistant. À notre point de vue, la seule intuition légitime en Psychologie est l'intuition d'une inhibition." [5]

Sexualité : "En premier lieu, il faut reconnaître que le frottement est une expérience fortement sexualisée. (…) Pour enflammer le pilon en le glissant dans la rainure du bois sec, il faut temps et patience. Mais ce travail devait être bien doux pour un être dont toute la rêverie était sexuelle. (…) Toute l'Alchimie était traversée par une immense rêverie sexuelle, par une rêverie de richesse et de rajeunissement, par une rêverie de puissance." [6] "Quelle est donc la fonction sexuelle de la rivière ? C'est d'évoquer la nudité féminine. Voici une eau bien claire, dit le promeneur. Avec quelle fidélité elle refléterait la plus belle des images ! Par conséquent, la femme qui s'y baignerait sera blanche et jeune ; par conséquent elle sera nue. L'eau évoque d'ailleurs la nudité naturelle, la nudité qui peut garder une innocence. Dans le règne de l'imagination, les êtres vraiment nus, aux lignes sans toison, sortent toujours d'un océan. L'être qui sort de l'eau est un reflet qui peu à peu se matérialise : il est une image avant d'être un être, il est un désir avant d'être une image. (…) Il ne sera d'ailleurs pas difficile au moindre apprenti en psychanalyse de saisir, dans cette dernière image du cygne, des traits masculins. Comme toutes les images en action dans l'inconscient, l'image du cygne est hermaphrodite. Le cygne est féminin dans la contemplation des eaux lumineuses ; il est masculin dans l'action. Pour l'inconscient, l'action est un acte. Pour l'inconscient, il n'y a qu'un acte… Une image qui suggère un acte doit évoluer, dans l'inconscient, du féminin au masculin." [7]

Censure : "Le rêve nocturne peut bien être une lutte violente ou rusée contre les censures. La rêverie nous fait connaître le langage sans censure. Dans la rêverie solitaire nous pouvons nous dire tout à nous-mêmes."[8]

Refoulement : "Nous sommes arrivés à cette conclusion que le refoulement était une activité normale, une activité utile, mieux une activité joyeuse. Pas de pensée scientifique sans refoulement. Le refoulement est à l'origine de la pensée attentive, réfléchie, abstraite. Toute pensée cohérente est construite sur un système d'inhibitions solides et claires. Il y a une joie de la raideur au fond de la joie de la culture. C'est en tant qu'il est joyeux que le refoulement bien fait est dynamique et utile. Pour justifier le refoulement, nous proposons donc l'inversion de l'utile et de l'agréable, en insistant sur la suprématie de l'agréable sur le nécessaire. À notre avis, la cure vraiment anagogique ne revient pas à libérer les tendances refoulées, mais à substituer au refoulement inconscient un refoulement conscient, une volonté constante de redressement. Cette transformation est très visible dans la rectification d'une erreur objective ou rationnelle."[9] 

Sublimation : "Max Scheler a montré ce qu'il y a d'excessif dans la théorie de la sublimation telle que la développe la Psychanalyse classique. Cette théorie suit la même inspiration que la doctrine utilitaire qui est à la base des explications évolutionnistes. (…) On peut trouver, précisément dans les âmes qui luttent contre les passions, une sublimation d'un autre type que nous appellerons la sublimation dialectique pour la distinguer de la sublimation continue que la Psychanalyse classique envisage uniquement." [10] "La sublimation n'est pas toujours la négation d'un désir ; elle ne se présente pas toujours comme une sublimation contre des instincts. Elle peut être une sublimation pour un idéal. Alors Narcisse ne dit plus : «Je m'aime tel que je suis», il dit : «Je suis tel que je m'aime.» Je suis avec effervescence parce que je m'aime avec ferveur. Je veux paraître, donc je dois augmenter ma parure." [11]

 


[1] Bachelard, La Psychanalyse du feu, Gallimard, (1949) 1965, pp.23, 26, 32, 44 et 57.

[2] Bachelard, L'Eau et les rêves, Corti, 1942-1971, pp. 9-10, 30.

[3] Bachelard, La Terre et les rêveries de la volonté, Corti, 1948-1965, pp. 30 et 143-144.

[4] Bachelard, La Poétique de la rêverie, 1960, p. 110.

[5] Bachelard, La Formation de l'esprit scientifique, Vrin, 1970,  p. 23.

[6] Bachelard, La Psychanalyse du feu, 1938, Gallimard, 1965, pp. 46, 53 et 87.

[7] Bachelard, L'Eau et les rêves, Corti, 1942-1971, pp.49 et 52.

[8] Bachelard, La Poétique de la rêverie, 1960, p. 49.

[9] Bachelard, La Psychanalyse du feu, Gallimard, 1965,  pp. 164-165.

[10] Bachelard, La Psychanalyse du feu, 1938, Gallimard, 1965, p. 163-164.

[11] Bachelard, L'Eau et les rêves, Corti, 1942-1971, p.34-35.

Retour à l'accueil

Partager cet article

Repost 0

À propos

claude stéphane perrin

Claude Stéphane PERRIN. Professeur de philosophie à la retraite, j'écris et je lis en méditant sur le problème de la non-violence, notamment à partir d'une idée non indifférente et non nihiliste du neutre .
Voir le profil de claude stéphane perrin sur le portail Overblog

Commenter cet article