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Claude Stéphane PERRIN

Recherches philosophiques qui, inspirées par l'idée du neutre, vont au-delà du scepticisme vers une interprétation moderne (historique et intemporelle) du principe de raison.

BACHELARD ET LE TEMPS

Détail d'une photographie de Gaston Bachelard reproduite p. 128 du livre de Pierre Quillet intitulé Bachelard, Seghers, 1964.

Détail d'une photographie de Gaston Bachelard reproduite p. 128 du livre de Pierre Quillet intitulé Bachelard, Seghers, 1964.

      "Le temps est une réalité resserrée sur l'instant et suspendue entre deux néants." [1]

 

      "Si notre cœur était assez large pour aimer la vie dans son détail, nous verrions que tous les instants sont à la fois des donateurs et des spoliateurs et qu'une nouveauté jeune ou tragique, toujours soudaine, ne cesse d'illustrer la discontinuité du Temps."[2]

 

      "Ce que la pensée d'Einstein frappe de relativité c'est le laps de temps, c'est la «longueur» du temps. Cette longueur, elle se révèle relative à sa méthode de mesure." [3]

 

      "La prétention de prendre pour claire en soi la simultanéité de deux événements localisés en des points de l'espace différents, la doctrine d'Einstein nous la refuse. (…) Il faut ajuster la mesure de la durée qui sépare des instants différents à cette définition toujours relative de la simultanéité. Pas de concomitance assurée qui ne se double d'une coïncidence." [4]

 

      "Mais nous nous entêterons à affirmer que le temps n'est rien s'il ne s'y passe rien, que l'Éternité avant la création n'a pas de sens ; que le néant ne se mesure pas, qu'il ne saurait avoir une grandeur."[5]

 

      "Et nous rêvons à une heure divine qui donnerait tout. Non pas l'heure pleine, mais l'heure complète. L'heure où tous les instants du temps seraient utilisés par la matière, l'heure où tous les instants réalisés dans la matière seraient utilisés par la vie, l'heure où tous les instants vivants seraient sentis, aimés, pensés. L'heure par conséquent où la relativité de la conscience serait à l'exacte mesure du temps complet. Finalement le temps objectif, c'est le temps maximum ; c'est celui qui contient tous les instants. Il est fait de l'ensemble dense des actes du Créateur."[6]

 

      "Du côté de l'avenir, le rythme est moins solide. Entre les deux néants : hier et demain, il n'y a pas de symétrie. L'avenir n'est qu'un prélude, qu'une phrase musicale qui s'avance et qui s'essaie. Une seule phrase." [7]

 

      "Le temps ne dure qu'en inventant." [8]

 

      "La conscience du temps est toujours pour nous une conscience de l'utilisation des instants, elle est toujours active, jamais passive, bref la conscience de notre durée est la conscience d'un progrès de notre être intime, que ce progrès soit d'ailleurs affectif, ou inné, ou simplement rêvé."[9]

 

      "Nous faisons notre temps comme notre espace par le simple souci que nous prenons de notre avenir et par le désir de notre propre expansion. C'est ainsi que notre être, dans notre cœur et dans notre raison, correspond à l'Univers et qu'il réclame l'Éternité." [10]

 

      "Mais est-ce du temps encore, ce pluralisme d'événements contradictoires enfermés dans un seul instant ? Est-ce du temps, toute cette perspective verticale qui surplombe l'instant poétique ? Oui, car les simultanéités accumulées sont des simultanéités ordonnées. Elles donnent une dimension à l'instant puisqu'elles lui donnent un ordre interne. Or le temps est un ordre et n'est rien autre chose. Et tout ordre est un temps. L'ordre des ambivalences dans l'instant est donc un temps. Et c'est ce temps vertical que le poète découvre quand il refuse le temps horizontal, c'est-à-dire le devenir des autres, le devenir de la vie, le devenir du monde. Voici alors les trois ordres d'expériences successives qui doivent délier l'être enchaîné dans le temps horizontal :

1° s'habituer à ne pas référer son temps propre au temps des autres – briser les cadres sociaux de la durée ;

2°s'habituer à ne pas référer son temps propre au temps des choses  briser les cadres phénoménaux de la durée ;

3° s'habituer – dur exercice – à ne pas référer son temps propre au temps de la vie – ne plus savoir si le cœur bat, si la joie pousse – briser les cadres vitaux de la durée.

Alors seulement on atteint la référence autosynchrone, au centre de soi-même, sans vie périphérique. Soudain toute l'horizontalité plate s'efface. Le temps ne coule plus. Il jaillit."[11]

 

      "Le temps a plusieurs dimensions, le temps a une épaisseur. Il n'apparaît continu que sous une certaine épaisseur, grâce à la superposition de plusieurs temps indépendants." [12]

 


[1] Bachelard, L'Intuition de l'instant, Gonthier- Médiations, 1973, p.13.

[2] Bachelard, L'Intuition de l'instant, Gonthier- Médiations, 1973, p.15.

[3] Bachelard, L'Intuition de l'instant, Gonthier- Médiations, 1973, p.29.

[4] Bachelard, L'Intuition de l'instant, Gonthier- Médiations, 1973, p.31

[5] Bachelard, L'Intuition de l'instant, Gonthier- Médiations, 1973, p.39.

[6] Bachelard, L'Intuition de l'instant, Gonthier- Médiations, 1973, p.48.

[7] Bachelard, L'Intuition de l'instant, Gonthier- Médiations, 1973, p.52.

[8] Bachelard, L'Intuition de l'instant, Gonthier- Médiations, 1973, p.86.

[9] Bachelard, L'Intuition de l'instant, Gonthier- Médiations, 1973, p.88.

[10] Bachelard, L'Intuition de l'instant, Gonthier- Médiations, 1973, p.93.

[11] Bachelard, Le Droit de rêver, Puf, 1970, pp. 226-227 et p. 234.

[12] Bachelard, La Dialectique de la durée, PUF, 1972, p.107.

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À propos

claude stéphane perrin

Claude Stéphane PERRIN. Professeur de philosophie à la retraite, j'écris et je lis en méditant sur le problème de la non-violence, notamment à partir d'une idée non indifférente et non nihiliste du neutre .
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