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Claude Stéphane PERRIN

Recherches philosophiques qui, inspirées par l'idée du neutre, vont au-delà du scepticisme vers une interprétation moderne (historique et intemporelle) du principe de raison.

Philosopher, méditer et contempler

Détail d'un tableau de Giorgione intitulé Les Trois philosophes, 1508, huile sur toile, 123 cm x 144 cm, Vienne, Kunsthistorisches Museum. Cette œuvre a été reproduite p.86 du Dictionnaire universel de la peinture, t.3, Le Robert, 1975.

Détail d'un tableau de Giorgione intitulé Les Trois philosophes, 1508, huile sur toile, 123 cm x 144 cm, Vienne, Kunsthistorisches Museum. Cette œuvre a été reproduite p.86 du Dictionnaire universel de la peinture, t.3, Le Robert, 1975.

   

 

   Le philosophe ne se contente pas de créer des concepts, des repères intellectuels clairs et distincts, il problématise aussi son rapport à l'irrationnel en pensant la complexité de sa propre singularité qui peut alors méditer sur de possibles contacts avec l'infini. Dans ces conditions, les images et les concepts entrelacent leurs devenirs, aléatoires et nécessaires, abstraits et sensibles, en fonction d'une possible cohérence entre la pensée et les images. Ensuite, le philosophe peut entrevoir cette cohérence entre une image sentie et l'infinité de la Nature dont il n'a aucune image, notamment lorsqu'il cesse de penser pour contempler, c'est-à-dire pour percevoir, d'une manière involontaire, donc inattentive, puis réfléchie, l'apparence pure et silencieuse de la Nature naturante qui, pour Pyrrhon et Marcel Conche,[1] n'est ni l'apparence de quelque chose, ni une apparence pour quelqu'un. En conséquence, au-delà des images, il n'y a rien d'autre que le silence d'une âme qui contemple "la porte invisible" [2] de la Nature infinie.

   De son côté, l'artiste crée et pense ses images en fonction de germes primordiaux (diagrammes, schèmes) qui ne sont pas étrangers aux concepts de la pensée, même si ces derniers sont plus explicites et plus clairs. Dès lors, qu'elle soit imagée ou conceptualisée, la pensée des images permet à chacun de méditer, de penser par rapport à lui-même et par rapport à un monde ouvert sur l'infinité de la Nature, dans un constant entrelacement du concret avec l'abstrait, des images avec des concepts.

   Par ailleurs, que penser des images qui figurent les activités multiples de la philosophie ? Par exemple, le tableau de Giorgione intitulé Les Trois philo­sophes (1508) est exemplaire eu égard à l'ouverture de la problématique qu'il incarne. Ce tableau rassemble mystérieusement trois points de vue qui vont au-delà de la représentation imagée : la perspective d'un philosophe (Aristote peut-être) concentré sur quelques apparences du monde, celle d'un philosophe qui semble vouloir dialoguer, et celle d'un autre philosophe qui paraît préférer l'activité silencieuse de l'écriture. Pour le dire autrement, un monticule est recouvert d'un lierre qui révèle un sens, très vivant, du réel. Dans l'observation attentive de ce lierre, et peut-être aussi d'un figuier, le philosophe assis a tourné le dos aux autres philosophes qui, dialoguant ou non entre eux, paraissent indifférents au paysage arboré, donc, d'une certaine manière, à la Nature. L'énigme de la Vérité du Tout reste ainsi silencieusement suspendue à ces trois points de vue possibles ?

   Dans une méditation sur les images, que ces dernières soient pesantes ou légères, de multiples dialogues silencieux sont également possibles entre les forces créatrices de la pensée qui les interprète dans son rapport à l'infinité de la Nature et les formes singulières de celui qui les éprouve dans sa finitude spatio-temporelle. De plus, dans le dialogue secret qui se noue entre raison et déraison, profondeurs et altitudes, animus et anima, les images de la pensée et la pensée des images demeurent entrelacées comme le silence et la parole, y compris lorsqu'un profond repli sur soi conduit inéluctablement à l'oubli de ses propres images.

 


[1] Conche (Marcel), Pyrrhon ou l'apparence, PUF, 1994.

[2] Léon Zack, Les Chevaux et les Jours, XIII, poèmes et gravures, Lafranca, Locarno, 1978.

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À propos

claude stéphane perrin

Claude Stéphane PERRIN. Professeur de philosophie à la retraite, j'écris et je lis en méditant sur le problème de la non-violence, notamment à partir d'une idée non indifférente et non nihiliste du neutre .
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