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Claude Stéphane PERRIN

Recherches philosophiques qui, inspirées par l'idée du neutre, vont au-delà du scepticisme vers une interprétation moderne (historique et intemporelle) du principe de raison.

La poétique de Bachelard

Détail d'un tableau de Paul Klee intitulé Automates astraux, 1918. Aquarelle et plume sur papier, 22,5 x 20, 30 cm. Beyeler Foundation, Riehen/Bâle. Œuvre reproduite page 19 de l'édition Paul Klee, Parkstone international, 2013.

Détail d'un tableau de Paul Klee intitulé Automates astraux, 1918. Aquarelle et plume sur papier, 22,5 x 20, 30 cm. Beyeler Foundation, Riehen/Bâle. Œuvre reproduite page 19 de l'édition Paul Klee, Parkstone international, 2013.

 

"Essentiellement, l'instant poétique est une relation harmonique de deux contraires. Dans l'instant passionné du poète, il y a toujours un peu de raison ; dans le refus raisonné, il reste toujours un peu de passion. Les antithèses successives plaisent déjà au poète. Mais pour le ravissement, pour l'extase, il faut que les antithèses se contractent en ambivalence. Alors l'instant poétique surgit... "[1]

 

"Être poète, c'est multiplier la dialectique temporelle, c'est refuser la continuité facile de la sensation et de la déduction ; c'est refuser le repos catagénique pour accueillir le repos vibré, le psychisme vibré."[2]

 

"Les axes de la poésie et de la science sont d'abord inverses. Tout ce que peut espérer la philosophie, c'est de rendre la poésie et la science complémentaires, de les unir comme deux contraires bien faits. Il faut donc opposer à l'esprit poétique expansif, l'esprit scientifique taciturne pour lequel pour lequel l'antipathie préalable est une saine précaution." [3]

 

"Quand on a reconnu un complexe psychologique, il semble qu'on comprenne mieux, plus synthétiquement, certaines œuvres poétiques. En fait, une œuvre poétique ne peut guère recevoir son unité que d'un complexe. Si le complexe manque, l'œuvre, sevrée de ses racines, ne communique plus avec l'inconscient. Elle paraît froide, factice, fausse."[4]

 

"C'est après coup, objectivement, après l'épanouissement, que nous croyons découvrir le réalisme et la logique intime d'une œuvre poétique. (…) On ne fait pas de poésie au sein d'une unité : l'unique n'a pas de propriété poétique. Si l'on ne peut faire mieux et atteindre tout de suite à la multiplicité ordonnée, on peut se servir de la dialectique, comme d'un fracas qui réveille les résonances endormies." [5]

 

«Toute la poésie de Novalis pourrait recevoir une interprétation nouvelle si l'on voulait lui appliquer la psychanalyse du feu. Cette poésie est un effort pour revivre la primitivité. Pour Novalis, le conte ("l'ère… de la liberté, l'état primitif de la nature..."[6] ) est toujours plus ou moins une cosmogonie. Il est contemporain d'une âme et d'un monde qui s'engendrent.» [7]

 

"L'imagination ne peut s'éclairer que par les poèmes qu'elle inspire. Son rôle est de former des images qui dépassent la réalité, qui la chantent. Elle invente la vie nouvelle, elle invente l'esprit nouveau. (…) Cette adhésion à l'invisible, voilà la poésie première, voilà la poésie qui nous permet de prendre goût à notre destin intime. Elle nous donne une impression de jeunesse et de jouvence en nous rendant sans cesse la faculté de nous émerveiller. La vraie poésie est une fonction d'éveil. (…) Le monde n'existe poétiquement que s'il est réinventé." [8]

 

"La fonction poétique est de donner une forme nouvelle au monde qui n'existe poétiquement que s'il est sans cesse réimaginé." [9]

 

"Le poème est essentiellement une aspiration à des images nouvelles. Il correspond au besoin essentiel de nouveauté qui caractérise le psychisme humain." [10]

 

"Il n'y a pas de poésie antécédente à l'acte du verbe poétique."[11]

 

"Toute poésie est surprenante. Elle est par essence une nouveauté du langage… Lire un poème véritable, c'est vivre la surprise du dépassement du langage humain…"[12]

 

"La philosophie de la poésie doit reconnaître que l'acte poétique n'a pas de passé, du moins pas de passé proche le long duquel on pourrait suivre sa préparation et son avènement. (…) L'image poétique n'est pas soumise à une poussée. Elle n'est pas l'écho d'un passé. C'est plutôt l'inverse : par l'éclat d'une image, le passé lointain résonne d'échos et l'on ne voit guère à quelle profondeur ces échos vont se répercuter et s'éteindre. Dans sa nouveauté, dans son activité, l'image poétique a un être propre, un dynamisme propre. Elle relève d'une ontologie directe.(…) Il faut en venir, pour éclairer philosophiquement le problème de l'image poétique, à une phénoménologie de l'imagination. Entendons par là une étude du phénomène de l'image poétique quand l'image émerge dans la conscience comme un produit direct du cœur, de l'âme, de l'être de l'homme saisi dans son actualité. (…) L'image poétique est une émergence du langage, elle est toujours un peu au-dessus du langage signifiant. À vivre les poèmes, on a donc l'expérience salutaire de l'émergence. C'est là sans doute de l'émergence à petite portée. Mais ces émergences se renouvellent ; la poésie met le langage en état d'émergence. La vie s'y désigne par sa vivacité." [13]

 

"Qu'est-ce qu'un beau poème sinon une folie retouchée ? Un peu d'ordre poétique imposé aux images aberrantes ? Un maintien d'une intelligente sobriété dans l'emploi – intensif tout de même – des drogues imaginaires. Les rêveries, les folles rêveries, mènent la vie." [14]

 

"La poétique de la rêverie est une poétique de l'anima." [15]

 


[1] Bachelard, Instant poétique et instant métaphysique in L'Intuition de l'instant, Livre de Poche/biblio-essais n°4197, p.104.

[2] Bachelard, La Dialectique de la durée, PUF, 1972, p.125.

[3] Bachelard, La Psychanalyse du feu, 1938, Gallimard, 1965, p.10.

[4] Bachelard, La Psychanalyse du feu, 1938, Gallimard, 1965, p.38.

[5] Bachelard, La Psychanalyse du feu, 1938, Gallimard, 1965, p.180.

[6] Novalis, Henri d'Ofterdingen, trad., p. 241, note p. 191.

[7] Bachelard, La Psychanalyse du feu, Gallimard, (1949) 1965, Le complexe de Novalis, p. 68.

[8] Bachelard, L'Eau et les rêves, Corti, 1942-1971, pp.23-24,27.

[9] Bachelard, L'Eau et les rêves, Corti, 1942-1971, p.81.

[10] Bachelard, L'Air et les songes, Corti, 1943-1965, p.7-8.

[11] Bachelard, L'Air et les songes, Corti, 1943-1965, p.14.

[12] Bachelard, Émission radiophonique de J.Charpier du 16 mai 1954.

[13] Bachelard, La Poétique de l'espace, PUF, 1957-1964, pp.1, 2 et 10.

[14] Bachelard, La Poétique de la rêverie, PUF, 1960-1971, p.147.

[15] Bachelard, La Flamme d'une chandelle, 1961-1970, p. 5. 

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À propos

claude stéphane perrin

Claude Stéphane PERRIN. Professeur de philosophie à la retraite, j'écris et je lis en méditant sur le problème de la non-violence, notamment à partir d'une idée non indifférente et non nihiliste du neutre .
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