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Claude Stéphane PERRIN

Recherches philosophiques qui, inspirées par l'idée du neutre, vont au-delà du scepticisme vers une interprétation moderne (historique et intemporelle) du principe de raison.

BACHELARD ET LE RÉEL

Tableau de Paul Klee intitulé Séparation, le soir (aquarelle et crayon sur papier sur carton, bordures inférieures et supérieures à l'aquarelle et à l'encre de Chine, 33,5 x 23,2 cm). Donation de Livia Klee, œuvre reproduite p.214 de l'édition Paul Klee, Parkstone international, 2013.

Tableau de Paul Klee intitulé Séparation, le soir (aquarelle et crayon sur papier sur carton, bordures inférieures et supérieures à l'aquarelle et à l'encre de Chine, 33,5 x 23,2 cm). Donation de Livia Klee, œuvre reproduite p.214 de l'édition Paul Klee, Parkstone international, 2013.

Apparence : "On ne peut parler d'un monde du phénomène, d'un monde des apparences que devant un monde qui change d'apparences." [1]

   "L'être ne reçoit pas non plus paisiblement ses apparences ; il est constamment en lutte contre ses apparences. D'ailleurs, puisqu'il comprend la notion d'apparence, c'est qu'il en est tour à tour la victime et le vainqueur. Il y avait en moi tant de caractères qui ne tenaient point à moi et qui troublaient la consistance logique de mon essence ! En les détachant de moi, je me constitue."[2]

 

Crise : "Quelle que soit la durée des repos dans le réalisme, ce qui doit frapper c'est que toutes les révolutions fructueuses de la pensée scientifique sont des crises qui obligent à un reclassement profond du réalisme. De plus, ce n'est jamais la pensée réaliste qui provoque d'elle-même ses propres crises. L'impulsion révolutionnaire vient d'ailleurs : elle prend naissance dans le règne de l'abstrait. C'est dans le domaine mathématique que sont les sources de la pensée expérimentale contemporaine."[3]

 

Empirique : "La pensée empirique est claire, après coup, quand l'appareil des raisons a été mis au point. En revenant sur un passé d'erreurs, on trouve la vérité en un véritable repentir intellectuel. En fait, on connaît contre une connaissance antérieure, en détruisant des connaissances mal faites.(…) Quand la connaissance empirique se rationalise, on n'est jamais sûr que des valeurs sensibles primitives ne coefficientent pas les raisons."[4]

 

Réalisme : "Nous appelons réalisme toute doctrine qui maintient l'organisation des impressions au niveau des impressions elles-mêmes, qui place le général après le particulier, comme une simplification du particulier, qui croit par conséquent à la richesse prolixe de la sensation individuelle et à l'appauvrissement systématique de la pensée qui abstrait." [5]

 

Réalité : "La saveur et l'odeur, par leur aspect direct et intime, paraissent nous apporter un sûr message d'une réalité matérielle. Le réalisme du nez est bien plus fort que le réalisme de la vue. À la vue, les fumées et les rêves ! Au nez et à la bouche, les fumets et les viandes ! L'idée de vertu substantielle est liée à l'odeur par un lien étroit." [6]

   "Toutefois le sens du vecteur épistémologique nous paraît bien net. Il va sûrement du rationnel au réel et non point, à l'inverse, de la réalité au général comme le professaient tous les philosophes depuis Aristote jusqu'à Bacon." [7]

   "Le réel est toujours un objet de démonstration." [8]

   "On démontre le réel, on ne le montre pas. C'est surtout vrai quand il s'agit de mettre en œuvre un phénomène organique. En effet dès que l'objet se présente comme un complexe de relations il faut l'appréhender par des méthodes multiples. L'objectivité ne peut se détacher des caractères sociaux de la preuve. On ne peut arriver à l'objectivité qu'en exposant d'une manière discursive et détaillée une méthode d'objectivation." [9]

   "Qu'est-ce que la croyance à la réalité, qu'est-ce que l'idée de réalité, quelle est la fonction métaphysique primordiale du réel ? C'est essentiellement la conviction qu'une activité dépasse son donné immédiat, ou, pour parler plus clairement, c'est la conviction que l'on trouvera plus dans le réel caché que dans le donné évident. (…) Au moment où la notion se présente comme une totalité, elle joue le rôle d'une réalité." [10]

   "Dès lors, il nous semble que dans l'intervalle qui sépare l'évanouissement d'un objet scientifique et la constitution d'une nouvelle réalité, il y a place pour une pensée non réaliste, pour une pensée se faisant un appui de son mouvement." [11]

   "C'est à tort… qu'on veut voir dans le réel la raison déterminante de l'objectivité alors qu'on ne peut jamais apporter que la preuve d'une objectivation correcte. (…) Si l'on veut rester dans la clarté, il faut en venir à poser le problème systématiquement en termes d'objectivation plutôt que d'objectivité." [12]

   "Sur n'importe quel problème particulier, le sens de l'évolution épistémologique est net et constant : l'évolution d'une connaissance particulière va dans le sens d'une cohérence rationnelle. Dès qu'on connaît deux propriétés d'un objet, on n'a de cesse de les relier. Une connaissance plus poussée s'accompagne d'un foisonnement de raisons coordonnées. Si près qu'on reste du réalisme, la moindre mise en ordre introduit des facteurs rationnels ; quand on va plus avant dans la pensée scientifique, on voit s'accroître le rôle des théories. À la pointe de la science, pour découvrir les caractères inconnus du réel, seules les théories sont prospectives." [13]

   "Les doctrines relativistes tendent à présenter la réalité elle-même comme le résultat d'une espèce d'induction ; elles correspondraient donc à une réalité qu'on trouve au sommet et non à la base d'un mouvement de pensée. (…) La réalité devrait apparaître comme une conquête de l'Esprit, la conquête décisive et dernière de la pensée discursive." [14]

   "La direction de notre effort vers le réel est d'une netteté inflexible. C'est une conquête, non une trouvaille. Notre pensée va au réel, elle n'en part pas. À aucun moment nous n'avons trouvé une réalité qu'on connaîtrait par abstraction progressive ; toujours nous avons eu affaire à une réalité qu'on formait en amassant des relations." [15]

   "La théorie tient bon, elle n'hésite pas, au prix de quelques modifications de base, à chercher les réalisations d'un concept entièrement nouveau, sans racine dans la réalité commune. Ainsi la réalisation prime la réalité. Cette primauté de la réalisation déclasse la réalité. Un physicien ne connaît vraiment une réalité que lorsqu'il l'a réalisée, quand il est maître ainsi de l'éternel recommencement des choses et qu'il constitue en lui un retour éternel de la raison. L'idéal de la réalisation est d'ailleurs exigeant : la théorie qui réalise partiellement doit réaliser totalement. Elle ne peut avoir raison d'une manière fragmentaire. La théorie est la vérité mathématique qui n'a pas encore trouvé sa réalisation complète. Le savant doit chercher cette réalisation complète. Il faut forcer la nature à aller aussi loin que notre esprit." [16]

   "Les garanties de réalité sont finalement d'ordre mathématique et le philosophe pourrait dire : Donnez-moi des conditions mathématiques invariantes, et je vous ferai une réalité." [17]

   "Toute connaissance précise conduit à anéantir des apparences, à hiérarchiser les phénomènes, à leur attribuer en quelque sorte des coefficients de réalité ou, si l'on aime mieux encore, des coefficients d'irréalité. On analyse le réel à coup de négations." [18]

   "C'est par le possible qu'on découvre le réel." [19]

 

 

 

 


[1] Bachelard, La Psychanalyse du feu, Gallimard, (1949) 1965, p.95.

[2] Bachelard, Études, Vrin, 1970, p. 96.

[3] Bachelard, Le Nouvel esprit scientifique, PUF, 1949, p. 134.

[4] Bachelard, La Formation de l'esprit scientifique, Vrin, 1970, p. 13-15.

[5] Bachelard, La Valeur inductive de la relativité, Vrin, p.206.

[6] Bachelard, La Formation de l'esprit scientifique, Vrin, 1970, p. 115.

[7] Bachelard, Le Nouvel esprit scientifique, PUF, 1949, p. 4.

[8] Bachelard, La Philosophie du non,  PUF, 1940-1973, p.89-90.

[9] Bachelard, Le Nouvel esprit scientifique, PUF, 1949, p. 11-12.

[10] Bachelard, Le Nouvel esprit scientifique, PUF, 1949, p. 30-31.

[11] Bachelard, Le Nouvel esprit scientifique, PUF, 1949, p. 133.

[12] Bachelard, La Valeur inductive de la relativité, Vrin, p.243.

[13] Bachelard, La Philosophie du non,  PUF, 1940-1973, p.21.

[14] Bachelard, La Valeur inductive de la relativité, Vrin, p.11.

[15] Bachelard, La Valeur inductive de la relativité, Vrin, p.241.

[16] Bachelard, La Philosophie du non,  PUF, 1940-1973, p.36.

[17] Bachelard, La Valeur inductive de la relativité, Vrin, p.240-241.

[18] Bachelard, La Dialectique de la durée, PUF, 1972, p. 15.

[19] Bachelard, La Valeur inductive de la relativité, Vrin, p.93.

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À propos

claude stéphane perrin

Claude Stéphane PERRIN. Professeur de philosophie à la retraite, j'écris et je lis en méditant sur le problème de la non-violence, notamment à partir d'une idée non indifférente et non nihiliste du neutre .
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