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Claude Stéphane PERRIN

Recherches philosophiques qui, inspirées par l'idée du neutre, vont au-delà du scepticisme vers une interprétation moderne (historique et intemporelle) du principe de raison.

BACHELARD ET LA CONNAISSANCE (3)

Détail d'une photographie de Bachelard reproduite sur la couverture du livre de F. Dagognet intitulé Gaston Bachelard - sa vie, son œuvre – avec un exposé de sa philosophie, PUF, 1965.

Détail d'une photographie de Bachelard reproduite sur la couverture du livre de F. Dagognet intitulé Gaston Bachelard - sa vie, son œuvre – avec un exposé de sa philosophie, PUF, 1965.

 

Être : "Pour le savant, l'Être n'est saisi en un bloc ni par l'expérience ni par la raison. Il faut donc que l'épistémologie rende compte de la synthèse plus ou moins mobile de la raison et de l'expérience, quand bien même cette synthèse se présenterait philosophiquement comme un problème désespéré." [1]

 

Évidence : "L'évidence y est (chez Descartes) entière précisément parce que les éléments simples sont indivisibles. On les voit tout entiers parce qu'on les voit séparés. De même que l'idée claire et distincte est totalement dégagée du doute, la nature de l'objet simple est totalement séparée des relations avec d'autres objets." [2]

   "Cette pensée tout entière resserrée sur le cogito cartésien, ne dure pas. Elle ne tient son évidence que de son caractère instantané, elle ne prend une conscience claire d'elle-même que parce qu'elle est vide et solitaire. Alors elle attend dans une durée qui n'est qu'un néant de pensée et par conséquent un néant effectif, l'attaque du monde." [3]

   "Mais la source initiale est impure : l'évidence première n'est pas une vérité fondamentale. En fait, l'objectivité scientifique n'est possible que si l'on a d'abord rompu avec l'objet immédiat, si l'on a refusé la séduction du premier choix, si l'on a arrêté et contredit les pensées qui naissent de la première observation." [4]

 

Général : "La philosophie a une science qui n'est qu'à elle, la science de la généralité. Nous allons nous efforcer de montrer que cette science du général est toujours un arrêt de l'expérience, un échec de l'empirisme inventif." [5]

 

Hypothèse : "Toute la doctrine de l'hypothèse du travail nous paraît vouée à une prompte décadence. Dans la proportion où cette hypothèse a été reliée à l'expérience, elle doit être tenue pour aussi réelle que l'expérience. Elle est réalisée. Le temps des hypothèses décousues et mobiles est passé, comme est passé le temps des expériences isolées et curieuses. Désormais, l'hypothèse est synthèse." [6]

   "Ce sont maintenant les objets qui sont représentés par des métaphores, c'est leur organisation qui fait figure de réalité. Autrement dit, ce qui est hypothétique maintenant, c'est notre phénomène ; car notre prise immédiate sur le réel ne joue que comme une donnée confuse, provisoire, conventionnelle, et cette prise phénoménologique réclame inventaire et classement."[7]

 

Idée : "L'idéalisme immédiat, qui prend son départ dans une intuition globale donnant à la fois le sujet et l'objet, est ainsi doublement fautif : il est fautif en posant un sujet originellement constitué, alors que l'esprit est une valeur d'ordre essentiellement dynamique qui ne se manifeste pleinement qu'au moment même de sa reconstitution active et hiérarchique, comme la conscience bivalente d'un renoncement et d'un développement. L'idéalisme immédiat est encore fautif sur le terrain objectif quand il prétend prendre l'idée comme un absolu qu'on peut dégager par une analyse, alors qu'une idée est toujours solidaire de corrélations. Elle vaut par son rôle. Son rôle dépend de sa place. Elle est un instant du long discours que l'être propose à autrui, un instant de l'interminable monologue que la pensée tient avec elle-même. De toute manière l'idée correspond toujours à une modification spirituelle. Elle est vraiment un mode de l'âme." [8]

 

Infini : "Je ne vis pas dans l'infini, parce que dans l'infini on n'est pas chez soi." [9]

 

Intelligence : "Mais l'intelligence aussi doit avoir un mordant. Elle attaque un problème. Si elle sait le résoudre, elle en confie le résultat à la mémoire, à l'organisé, mais en tant qu'elle organise vraiment, elle agresse, elle transforme. Une intelligence vive est servie par un regard vif et par des paroles vives. Tôt ou tard, elle doit blesser. L'intelligence est toujours un facteur de surprise, de stratagème. Elle est une force hypocrite. Quand elle attaque résolument, c'est après mille feintes. L'intelligence est une griffe qui brise en éraflant." [10]

 

Intuition : "On corrigera en particulier la tendance au repos intellectuel que donne la pratique de l'intuition ; on développera l'habitude de la pensée discursive. (…) L'intuition ne doit jamais être une donnée. Elle doit toujours être une illustration." [11]

   "Une intuition féconde doit faire d'abord la preuve de son unité." [12]

   "Une intuition ne se prouve pas, elle s'expérimente. Et elle s'expérimente en multipliant ou même en modifiant les conditions de son usage." [13]

   "Les intuitions premières sont toujours des intuitions à rectifier (…) L'intuition critiquée se révèle illusion (…) L'intuition première, dans l'ordre des sciences physiques, n'est qu'une première illusion." [14]

   "On montrerait facilement que l'intuition commune est caractérisée par un déficit d'imagination, par un abus de principes unifiants, par un repos dans une molle application du principe de raison suffisante." [15]

   "Toutes les notions de base peuvent en quelque manière être dédoublées ; elles peuvent être bordées par des notions complémentaires. Désormais toute intuition procédera d'un choix ; il y aura donc une sorte d'ambiguïté essentielle à la base de la description scientifique et le caractère immédiat de l'évidence cartésienne sera troublé." [16]

    "Nous voyons les rapports de l'intuition et de l'intelligence sous un jour plus complexe qu'une simple opposition. Nous les voyons sans cesse intervenir en coopération. Il y a des intuitions à la base de nos concepts : ces intuitions sont troubles – à tort on les croit naturelles et riches. Il y a des intuitions dans la mise en rapport de nos concepts : ces intuitions, essentiellement secondes, sont plus claires – à tort on les croit factices et pauvres (…) Comme le dit justement M. Bergson, une intuition philosophique demande une contemplation longuement poursuivie. Cette contemplation difficile, qui doit être apprise et qui pourrait sans doute être enseignée, n'est pas loin d'être une méthode discursive d'intuition." [17] 

 

Opinion : "La science, dans son besoin d'achèvement comme dans son principe, s'oppose absolument à l'opinion. S'il lui arrive sur un point de légitimer l'opinion, c'est pour d'autres raisons que celles qui fondent l'opinion ; de sorte que l'opinion a, en droit, toujours tort. L'opinion pense mal ; elle ne pense pas : elle traduit des besoins en connaissances. En désignant les objets par leur utilité, elle s'interdit de les connaître. On ne peut rien fonder sur l'opinion : il faut d'abord la détruire. Elle est le premier obstacle à surmonter. Il ne suffirait pas, par exemple, de la rectifier sur des points particuliers, en maintenant, comme une sorte de morale provisoire, une connaissance vulgaire provisoire. L'esprit scientifique nous interdit d'avoir une opinion sur des questions que nous ne comprenons pas, sur des questions que nous ne savons pas formuler clairement." [18]

 

Précision : "L'excès de précision, dans le règne de la quantité, correspond très exactement à l'excès du pittoresque, dans le règne de la qualité. La précision numérique est souvent une émeute de chiffres, comme le pittoresque est, pour parler comme Baudelaire, «une émeute de détails»." [19]

 

Préjugé : "Quand il se présente à la culture scientifique, l'esprit n'est jamais jeune. Il est même très vieux, car il a l'âge de ses préjugés. Accéder à la science, c'est, spirituellement rajeunir, c'est accepter une mutation brusque qui doit contredire un passé." [20]

 

Preuve : "La méthode de la preuve expérimentale ne voit dans le simple que le résultat d'une simplification, qu'un choix, qu'un exemple, autant de nuances qui présupposent une extension de pensée hors du fait unique, hors de l'idée unique, hors de l'axiome unique." [21]

 

Problème : "Et quoi qu'on dise, dans la vie scientifique, les problèmes ne se posent pas d'eux-mêmes. C'est précisément ce sens du problème qui donne la marque du véritable esprit scientifique. Pour un esprit scientifique, toute connaissance est une réponse à une question. S'il n'y a pas eu de question, il ne peut y avoir connaissance scientifique. Rien ne va de soi. Rien n'est donné. Tout est construit." [22]

 

Physique : "La tâche à laquelle s'efforce la physique contemporaine est la synthèse de la matière et du rayonnement. Cette synthèse physique est sous-tendue par la synthèse métaphysique de la chose et du mouvement. Elle correspond au jugement synthétique le plus difficile à formuler car ce jugement s'oppose violemment aux habitudes analytiques de l'expérience usuelle qui divise sans discussion la phénoménologie en deux domaines : le phénomène statique (la chose), le phénomène dynamique (le mouvement). Il faut restituer au phénomène toutes ses solidarités et d'abord rompre avec notre concept de repos : en microphysique, il est absurde de supposer la matière au repos puisqu'elle n'existe pour nous que comme énergie et qu'elle ne nous envoie de message que par le rayonnement." [23]

 


[1] Bachelard, Le Nouvel esprit scientifique, PUF, 1949, p. 16.

[2] Bachelard, Le Nouvel esprit scientifique, PUF, 1949, p. 142.

[3] Bachelard, L'Intuition de l'instant, Gonthier- Médiations, 1973, p.35-36.

[4] Bachelard, La Psychanalyse du feu, Gallimard, (1949) 1965, p. 9.

[5] Bachelard, La Formation de l'esprit scientifique, Vrin, 1970, p. 55.

[6] Bachelard, Le Nouvel esprit scientifique, PUF, 1949, p. 6.

[7] Bachelard, Études, Vrin, 1970, p. 14.

[8] Bachelard, Études, Vrin, 1970, p. 92-93.

[9] Bachelard, L'Intuition de l'instant, Gonthier- Médiations, 1973, cité sur la couverture.

[10] Bachelard, Lautréamont, p.146.

[11] Bachelard, La Formation de l'esprit scientifique, Vrin, 1970, p. 237.

[12] Bachelard, L'Intuition de l'instant, Gonthier- Médiations, 1973, p.28.

[13] Bachelard, L'Intuition de l'instant, Gonthier- Médiations, 1973, p.8.

[14] Bachelard, Études, Vrin, 1970, pp. 84, 82, 58.

[15] Bachelard, La Philosophie du non,  PUF, 1940-1973, p.104.

[16] Bachelard, Le Nouvel esprit scientifique, PUF, 1949, p. 142.

[17] Bachelard, La Dialectique de la durée, PUF, 1972, pp. 10-11.

[18] Bachelard, La Formation de l'esprit scientifique, Vrin, 1970, p. 14.

[19] Bachelard, La Formation de l'esprit scientifique, Vrin, 1970, p. 213.

[20] Bachelard, La Formation de l'esprit scientifique, Vrin, 1970, p. 14.

[21] Bachelard, Le Nouvel esprit scientifique, PUF, 1949, p. 145.

[22] Bachelard, La Formation de l'esprit scientifique, Vrin, 1970, p. 14.

[23] Bachelard, Le Nouvel esprit scientifique, PUF, 1949, pp. 140-141.

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À propos

claude stéphane perrin

Claude Stéphane PERRIN. Professeur de philosophie à la retraite, j'écris et je lis en méditant sur le problème de la non-violence, notamment à partir d'une idée non indifférente et non nihiliste du neutre .
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