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Claude Stéphane PERRIN

Recherches philosophiques qui, inspirées par l'idée du neutre, vont au-delà du scepticisme vers une interprétation moderne (historique et intemporelle) du principe de raison.

Nietzsche et Dostoïevski

Nietzsche et Dostoïevski

"Dostoïevski, - c'est le seul psychologue chez lequel j'ai pu apprendre quelque chose ; le fait de l'avoir connu m'apparaît comme une des plus belles réussites de mon existence."

 

"Les criminels avec lesquels Dostoïevski vivait au bagne étaient tous des natures indomptées - ne valaient-ils pas cent fois mieux qu'un chrétien au cœur " brisé " ? "(La Volonté de puissance).

 

"Ce n'est pas à tort que Dostoïevski a prétendu que les détenus des bagnes sibériens forment l'élément le plus vigoureux et le plus précieux du peuple russe."  (La Volonté de puissance).

 

"Dans la pratique de la vie, en fait de patience, de bonté et d'aide mutuelle, les petites gens leur sont supérieurs (aux philosophes de la vertu) ; c'est à peu près le jugement que Dostoïevski ou Tolstoï réclament pour leurs moujiks. Ils sont plus philosophes dans la pratique, ils ont une façon plus courageuse de faire ce qui est nécessaire…" [1]

 

"Principaux symptômes du pessimisme : les dîners chez Magny, le pessimisme russe (Tolstoï, Dostoïevski) (…) ; le pessimisme moral : moi-même." [2]

 

"Au fond, on nous mépriserait, si on ne nous croyait pas la force à tuer un homme, le cas échéant. Dans presque tous les crimes s'expriment aussi des qualités qui ne devraient manquer à aucun homme. Ce n'est pas à tort que Dostoïevski a dit des habitants des bagnes sibériens qu'ils formaient la fraction la plus vigoureuse et la plus estimable de la population russe. Si le criminel, chez nous, est une plante si mal nourrie et si malingre, c'est à la honte de nos conditions sociales ; à l'époque de la Renaissance, le criminel était prospère et acquérait son genre de vertu particulière – la vertu au sens de la Renaissance, il est vrai, la virtù : la vertu exempte de virus moral. On ne peut relever les hommes qu'en les traitant sans mépris ; le mépris moral est une dégradation et un dommage pire que tous les crimes."[3]

 

"Représenter des choses effroyables et inquiétantes, c'est déjà chez l'artiste un instinct de puissance et de splendeur : c'est qu'il ne les craint point… Il n'y a pas d'art pessimiste… L'art affirme : Job affirme. – Mais Zola ? Mais les Goncourt ? – Les choses qu'ils montrent sont laides, mais s'ils les montrent, c'est qu'ils prennent plaisir à cette laideur… Ne protestez pas, c'est vous qui vous trompez en affirmant le contraire ! – Quelle délivrance que de lire Dostoïevski ! " [4]

 

"Ce monde étrange et morbide, où nous introduisent les Évangiles, un monde comme pris d'un roman russe, où le rebut de la société, les maladies nerveuses et l'idiotie « enfantine » semblent s'être donné rendez-vous, ce monde doit de toute façon avoir grossi le type. Les Premiers disciples, en particulier, traduisirent dans leur propre crudité, pour pouvoir en comprendre quelque chose, un être entièrement fait de symboles et de choses insaisissables ; pour eux le type n'existait qu'après avoir été moulé dans des moules connus ... Le prophète, le messie, le Juge futur, le maître de morale, le faiseur de miracles, Jean-Baptiste - autant d'occasions de méconnaître le type… Enfin, n'attachons pas une valeur trop mince à la caractéristique de toute grande vénération, surtout lorsqu'elle est sectaire. Elle efface chez les êtres vénérés les traits originaux, souvent péniblement étranges, les idiosyncrasies – elle ne les voit pas elle-même. Il faut regretter qu'un Dostoievski n'ait pas vécu dans le voisinage de cet intéressant décadent, je veux dire quelqu'un qui saurait ressentir précisément le charme saisissant d'un tel mélange de sublime, de morbide et d'enfantin." [5]

 


[1]  Nietzsche, La Volonté de puissance, (Der Wille zur Macht) t. I et II - Œuvre posthume (Nachgelassene Werke), Trad. G. Bianquis. Paris, NRF., Gallimard, 1942, tome I, liv. 2, § 536.

[2] Nietzsche, La Volonté de puissance, tome II, liv. 1, § 84.

[3] Nietzsche, La Volonté de puissance, tome II, liv. 3, § 491.

[4] Nietzsche, La Volonté de puissance, tome II, liv. 4, § 461.

[5] Nietzsche, L'Antéchrist, § 31.

 

 

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À propos

claude stéphane perrin

Claude Stéphane PERRIN. Professeur de philosophie à la retraite, j'écris et je lis en méditant sur le problème de la non-violence, notamment à partir d'une idée non indifférente et non nihiliste du neutre .
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