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Claude Stéphane PERRIN

Recherches philosophiques qui, inspirées par l'idée du neutre, vont au-delà du scepticisme vers une interprétation moderne (historique et intemporelle) du principe de raison.

Klee, Deleuze et Guattari

Paul Klee : Auftrieb und Weg, 1932, 45 x 45 cm.

Paul Klee : Auftrieb und Weg, 1932, 45 x 45 cm.

Le plan d'immanence, pour Deleuze et Guattari, se présente comme l'Un-Tout d'une pure variation qui diffère dans l'histoire. Ce plan, illimité (ouvert sur l'Infini), informe, puissant et indivisible est précisément pour ce tandem de philosophes un plan fractal (qui répète à l'infini ses concavités et convexités). C'est un plan de consistance variable et fluide de raccordements croissants et renouvelés, de respiration et d'immanence pour des concepts (singuliers) qui en sont distincts (comme le sont une surface ou un volume concrets et fragmentés). Ce plan est "l'image de la pensée, l'image qu'elle qu'elle se donne de ce que signifie penser." [1]

   Cette image pré-philosophique et non-conceptuelle présuppose la philosophie. Elle instaure le plan comme sol absolu et elle oriente comme le tracé mobile et tâtonnant d'une table, comme une coupe du chaos, comme un crible, comme la machine abstraite d'un plateau ou d'un désert mouvant, comme un réservoir, un horizon absolu, ou bien comme la réserve sans aucun observateur que peupleront des événements (puis des concepts), ou enfin comme "la vague unique qui enroule et déroule" [2] l'agencement de tous les concepts, sachant que, malléables, les concepts des événements sont en droit "les vitesses infinies de mouvements finis." [3]

   En droit, c'est-à-dire selon une exigence droite (et fulgurante) de la pensée, car cette fulgurance est inhérente à l'événement pur de la pensée, sans doute inhérente aussi à la vérité de l'image qui advient instantanément dans toute pensée, et qui, sans repères fixes, sans repères objectifs, sans désirs subjectifs, s'ouvre sur l'infini (sur l'horizon absolu de la Nature) en se donnant, en même temps, l'épreuve du mouvement de l'infini dans son aller et retour, dans sa poussée et son retour sur soi dont la réversibilité est vraie sans tendre vers le vrai  : "La pensée revendique «seulement» le mouvement qui peut être porté à l'infini. Ce que la pensée revendique en droit, ce qu'elle sélectionne, c'est le mouvement infini ou le mouvement de l'infini. C'est lui qui constitue l'image de la pensée."[4]

   C'est ainsi que le plan d'immanence de Deleuze et Guattari peut faire penser à un tableau, notamment au tableau de Paul Klee intitulé Auftrieb und Weg (1932). Car le peintre semble mettre dans le même mouvement infini de réversibilité l'événement conjoint de penser et d'être, c'est-à-dire de se donner en même temps, en les pliant, en les courbant ou en les tissant, une image fulgurante de la pensée (Noûs) et ce qui la figure d'une manière sensible comme Nature (Physis) infinie, même avec des traits, des couleurs, des pictogrammes : "Le mouvement n'est pas image de la pensée sans être aussi matière de l'être." [5]

 

 


[1] Deleuze et Guattari, Qu'est-ce que la philosophie ? Minuit, Reprise, 1991/2005, p.39.

[2] Deleuze et Guattari, Qu'est-ce que la philosophie ? Minuit, Reprise, 1991/2005, p.38.

[3] Deleuze et Guattari, Qu'est-ce que la philosophie ? Minuit, Reprise, 1991/2005, p.38.

[4] Deleuze et Guattari, Qu'est-ce que la philosophie ? Minuit, Reprise, 1991/2005, p.40.

[5] Deleuze et Guattari, Qu'est-ce que la philosophie ? Minuit, Reprise, 1991/2005, p.41.

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À propos

claude stéphane perrin

Claude Stéphane PERRIN. Professeur de philosophie à la retraite, j'écris et je lis en méditant sur le problème de la non-violence, notamment à partir d'une idée non indifférente et non nihiliste du neutre .
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