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Claude Stéphane PERRIN

Recherches philosophiques qui, inspirées par l'idée du neutre, vont au-delà du scepticisme vers une interprétation moderne (historique et intemporelle) du principe de raison.

La bêtise (2)

La bêtise (2)
La bêtise (2)

La philosophie peut-elle nuire à la bêtise ?

 

De Nietzsche à Deleuze :

 

Un aphorisme de Nietzsche : "Nuire à la bêtise (Der Dummheit Schaden thun). - La réprobation de l'égoïsme qu'on a prêchée avec tant d'opiniâtre conviction a certainement nui dans l'ensemble à ce sentiment (au bénéfice, je le répéterai mille et mille fois, des instincts grégaires de l'homme), et lui a nui notamment en ceci qu'elle l'a dépouillé de sa bonne conscience et lui a ordonné de chercher en soi-même la vraie source de tous les maux. «Ton égoïsme est la malédiction de ta vie», voilà ce qu'on a prêché pendant des millénaires : cette croyance, comme je le disais, a fait du tort à l'égoïsme ; elle lui a enlevé beaucoup d'esprit, de sérénité, d'ingéniosité et de beauté ; elle l'a abêti, enlaidi, empoisonné. Les philosophes anciens assignaient au contraire une tout autre source au mal ; les penseurs n'ont cessé de prêcher depuis Socrate : «C'est votre irréflexion (Gedankenlosigkeit), votre bêtise (Dummheit), votre habitude de vous laisser vivre (Dahinleben) suivant la règle et de vous subordonner à l'opinion du voisin qui vous empêchent si souvent d'être heureux ; c'est nous, penseurs, qui le sommes le plus, car nous pensons.» Ne nous demandons pas ici si ce sermon contre la bêtise est mieux fondé que le sermon contre l'égoïsme ; ce qui est certain c'est qu'il a dépouillé la bêtise de sa bonne conscience : ces philosophes ont nui à la bêtise. (diese Philosophen haben der Dummheit Schaden gethan.)." (Nietzsche, Le Gai savoir, § 328).

 

Une interprétation de Deleuze : "La bêtise est une structure de la pensée comme telle : elle n'est pas une manière de se tromper, elle exprime en droit le non-sens dans la pensée. La bêtise n'est pas une erreur, ni un tissu d'erreurs. On connaît des pensées imbéciles, des discours imbéciles qui sont faits tout entiers de vérités ; mais ces vérités sont basses, sont celles d'une âme basse, lourde et de plomb. La bêtise et, plus profondément, ce dont elle est le symptôme : une manière basse de penser. [...] Lorsque quelqu'un demande à quoi sert la philosophie, la réponse doit être agressive, puisque la question se veut ironique et mordante. La philosophie ne sert pas à l'État ni à l'église, qui ont d'autres soucis. Elle ne sert aucune puissance établie. La philosophie sert à attrister. Une philosophie qui n'attriste personne et ne contrarie personne n'est pas une philosophie. Elle sert à nuire à la bêtise, elle fait de la bêtise quelque chose de honteux." Gilles Deleuze, (Nietzsche et la Philosophie, Presses Universitaires de France, Paris, 1967, p. 120).

 

La transfiguration dionysiaque de Nietzsche : "Quelle est la plus haute espèce chez l’être et quelle est l’espèce la plus basse ? Le parasite est la plus basse espèce, mais celui qui est la plus haute espèce nourrit le plus de parasites. Car l’âme qui a la plus longue échelle et qui peut descendre le plus bas : comment ne porterait-elle pas sur elle le plus de parasites ?  

-  l’âme la plus vaste qui peut courir, au milieu d’elle-même s’égarer et errer le plus loin, celle qui est la plus nécessaire, qui se précipite par plaisir dans le hasard : –

– l’âme qui est, qui plonge dans le devenir ; l’âme qui possède, qui veut entrer dans le vouloir et dans le désir : –

– l’âme qui se fuit elle-même et qui se rejoint elle-même dans le plus large cercle ; l’âme la plus sage que la folie invite le plus doucement :

– l’âme qui s’aime le plus elle-même, en qui toutes choses ont leur montée et leur descente, leur flux et leur reflux : – oh ! comment la plus haute âme n’aurait-elle pas les pires parasites ? " (Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, Des vieilles et des nouvelles tables, 19, LDP n° 987-988, p.240).

 

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À propos

claude stéphane perrin

Claude Stéphane PERRIN. Professeur de philosophie à la retraite, j'écris et je lis en méditant sur le problème de la non-violence, notamment à partir d'une idée non indifférente et non nihiliste du neutre .
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Rachid 19/02/2015 17:06

Lumineux!!!

claude stéphane perrin 19/02/2015 18:19

Merci

Moi 19/02/2015 12:44

« Le grand nombre ne sont ni capable de commettre les plus grands maux, ni de produire les meilleurs biens. Ils ne sont pas capables de rendre un homme sage ou insensé. Ce qu’ils font est le fruit du hasard »
Platon, Criton

claude stéphane perrin 19/02/2015 13:29

Merci

Moi 19/02/2015 12:43

« L’Idée n’est point essentiellement communicable, elle ne l’est que relativement ; car, une fois conçue et exprimée dans l’œuvre d’art, elle ne se révèle à chacun que proportionnellement à la valeur de son esprit ; voilà justement pourquoi les œuvres les plus excellentes de tous les arts, les monuments les plus glorieux du génie sont destinés à demeurer éternellement lettres closes pour la stupide majorité des mortels ; pour eux les chefs-d’œuvre sont impénétrables, ils sont inaccessibles, séparés par un large abîme, et ils ressemblent au prince dont l’abord n’est pas permis au peuple. Malgré tout, les plus sots des hommes n’en louent pas moins de confiance les chefs-d’œuvre consacrés ; car ils ne veulent point laisser voir leur sottise, mais ils n’en sont pas moins, dans leur for intérieur, disposés à condamner ces mêmes chefs-d’œuvre, dès qu’on leur fait espérer qu’ils le peuvent faire sans aucun danger de se dévoiler ; alors ils déchargent avec volupté cette haine longtemps nourrie en secret contre tout ce qui est beau et grand et contre ceux qui le réalisent ; ils ne peuvent pardonner aux chefs-d’œuvre de les avoir humiliés en ne leur disant rien. Car en général, pour reconnaître et admettre volontiers et librement la valeur d’autrui, il est nécessaire d’en avoir soi-même. C'est là-dessus que se fonde la nécessité d’être modeste, dès qu’on a du mérite ; c'est aussi là-dessus que repose l’estime excessive qu’on a pour la modestie ; seule parmi toutes ses sœurs, cette vertu n’est jamais oubliée, dès que l’on ose faire l’éloge d’un homme de mérite ; c'est qu’on espère, en la vantant, faire preuve d’intentions conciliantes et apaiser la colère des imbéciles. Qu’est-ce en effet que la modestie, sinon une feinte humilité, par laquelle, au sein de ce monde infecté de la plus détestable envie, l’on demande pardon pour ses avantages et pour ces mérites à des gens qui sont dépourvus des uns et des autres ? Car celui qui ne s’attribue ni avantages ni mérites, par la bonne raison qu’il n’en possède pas, celui-là n’est point modeste, il n’est qu’honnête homme ». Schopenhauer, MVR

Moi 19/02/2015 12:43

« En examinant la ligue des sots contre les gens d’esprit, on croirait voir une conjuration de valets pour écartes les maîtres. » Maxime des « Fragments sur l’histoire de la philosophie » (Schopenhauer, Parerga, chap. II).

Moi 19/02/2015 12:43

« Il ne faut pas se faire d’illusions à ce sujet : en tout temps, sur toute la surface du globe, en toute circonstance, la nature elle-même a organisé une conjuration de tous les cerveaux médiocres, méchants et niais contre l’esprit et l’intelligence » (53) « en tout temps et partout, dans toutes les conditions et dans toutes les circonstances, la médiocrité et la sottise ne haïssent rien si profondément et avec tant d’acharnement au monde que l’intelligence, l’esprit, le talent (…) Et quelle terrible majorité la médiocrité et la sottise ont de leur côté ! C'est là un obstacle fondamental aux progrès de l’humanité en tout genre. (…] La sincérité d’effort la plus désintéressée, l’aspiration irrésistible à expliquer l’existence, la sérieuse profondeur d’esprit qui s’efforce de pénétrer dans l’intimité des êtres et l’enthousiasme réel pour la vérité, telles sont les premières et indispensables conditions pour oser se présenter de nouveau devant l’antique sphinx, en essayant une fois de plus de résoudre son énigme éternelle, au risque d’aller rejoindre ceux qui nous ont précédés dans le sombre abîme de l’oubli ». Schopenhauer, Au-delà de la philosophie universitaire

« Comme si tout n’était pas l’œuvre de têtes isolées qui ont dû se heurter un long moment à la mauvaise société de ce monde pour sauver et affranchir celui-ci des entraves de la grossièreté et de l’abêtissement ! »