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Claude Stéphane PERRIN

Recherches philosophiques qui, inspirées par l'idée du neutre, vont au-delà du scepticisme vers une interprétation moderne (historique et intemporelle) du principe de raison.

Conche et Heidegger

Conche et Heidegger

1. Un extrait de Vivre et philosopher [1] :

 

   Albert Béguin parlait jadis [2] "d'un trait bien connu de l'esprit allemand : le refus de l'universel" (cela malgré Kant et d'autres), et d'un "épouvantable relativisme aboutissant à la glorification de tout ce qui est particulier à l'Allemagne". L'hypernationalisme de Heidegger serait incompréhensible si le Dasein dont il a instauré "l'Analytique" dans Être et Temps avait été un Dasein ouvert à l'universel. Alors aussi Heidegger eût pu prendre la juste mesure d'Auschwitz – ce qu'il n'a jamais fait (n'y a-t-il pas quelque inconscience à écrire – en 1946, dans la Lettre sur l'humanisme : "Peut-être ce qui distingue cette époque-ci réside-t-il dans la disparition de la dimension du salut. Peut-être est-ce là l'unique malheur (Unheil)" ?). Alors aussi eût-il pu parler. Le silence de Heidegger s'explique par un déficit essentiel de sa philosophie - où il n'est pas fait droit à la morale -, et par le caractère tronqué de son analyse du Dasein dans Être et Temps. On dira que devant Auschwitz, l'horreur absolue, le seul langage possible est celui du silence. Soit ! mais ce silence-là n'est pas celui de Heidegger, lequel, pour reprendre des mots de Marx [3], "trouve sa racine la plus profonde dans son insuffisance". Et, quelle que soit la grandeur de Heidegger, cette insuffisance est de nature philosophique.

 


[1] Marcel Conche, Vivre et philosopher (Réponses aux questions de Lucile Laveggi), LDP n° 32288, 1991, p.135.

[2] Esprit, 1er mai 1945, p. 790.

[3] Critique de la philosophie du droit de Hegel.

Conche et Heidegger

2. Un extrait de Heidegger par gros temps[1]

   Quant à la réaction absolument intime de "honte" et de douleur de Heidegger devant "Auschwitz", comme résumé de toutes les horreurs, elle n'avait pas à être rendue publique, à supporter la détérioration de la publicité et du bavardage. Mais peut-être Heidegger a-t-il dit à Paul Celan le mot attendu, puisque, après leur rencontre à la "hutte", le poète, au dire des témoins, apparut "métamorphosé" et comme "délivré d'un grand poids"[2]. De mon côté, je me borne à essayer de comprendre.

 


[1] Marcel Conche, Heidegger par gros temps, Préface de Philippe Granarolo, Les Cahiers de l'Égaré, 2004.

[2] Gerhart Bauman.

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À propos

claude stéphane perrin

Claude Stéphane PERRIN. Professeur de philosophie à la retraite, j'écris et je lis en méditant sur le problème de la non-violence, notamment à partir d'une idée non indifférente et non nihiliste du neutre .
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