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Claude Stéphane PERRIN

Recherches philosophiques qui, inspirées par l'idée du neutre, vont au-delà du scepticisme vers une interprétation moderne (historique et intemporelle) du principe de raison.

Nietzsche et l'amour de la gloire.

Nietzsche et l'amour de la gloire.

"Celui qui est à vendre saisit
d'une main graisseuse
ce clinquant vulgaire de la gloire !

- Veux-tu les acheter ?
Ils sont tous à vendre.
Mais offre un bon prix !
Fais sonner ta bourse pleine !
- sinon tu les
affermis,
tu affermis leur vertu...

Ils sont tous vertueux.
Gloire et vertu - cela s'accorde
Tant que vivra le monde,
il payera le caquetage de la vertu
avec le cliquetis de la gloire -,
ce bruit-là
fait vivre le monde...

Devant tous les vertueux
je veux être débiteur,
débiteur de toutes les grandes dettes !
Devant tous les résonateurs de la gloire
mon ambition se fait ver de terre -,
parmi de telles gens il me prend envie
d'être
le plus humble...

Cette monnaie dont se sert
tout le monde pour payer,
la
gloire -,
je mets des gants pour toucher cette monnaie,
avec dégoût, je la
piétine
... " [1]

 

Pour Nietzsche, le philosophe est nécessairement un voyageur solitaire et intemporel à l'égard de la reconnaissance d'un peuple, car, soucieux du problème de l'existence de chacun, il a d'autres priorités. Pour commencer il veut "sympathiser profondément avec la douleur universelle." [2] Il veut ensuite faire prendre conscience à chacun de cette détresse en montrant que le philosophe en est "le type permanent." [3]Comment ? En exprimant l'"instinct universel" de la Nature car il sait reconnaître ce qui "fait besoin" pour lui et pour les autres. En conséquence, Nietzsche se moque bien de son propre rayonnement historique, a fortiori de tout rapport avec quelque gloire possible qui ne serait d'ailleurs que "l'expectative d'une place d'honneur au temple de l'histoire."[4] Au reste, cette place ne flatterait que son amour-propre et sa vanité en contredisant les exigences de la raison. [5] En effet, impudique, cette gloire détruirait la noblesse de la grande raison du corps (sa propre santé) en la réduisant à "la reconnaissance du grand nombre", [6] c'est-à-dire à l'estime de masses toujours dominées par des illusions, qui prouvent ainsi qu'elles ont "besoin d'esclavage."[7] Dans ces conditions, mal compris, méconnu ou calomnié, le destin de l'ami de sa propre solitude ne doit être que celui d'un voyageur qui va sur les sommets et qui cherche à croître, même dangereusement, en hauteur.[8] Néanmoins, ce destin de déraciné ne l'empêche pas de se préparer à être posthume : "C'est seulement après notre trépas que nous naîtrons à notre vie, et que nous deviendrons vivants, ah ! très vivants ! Nous, hommes posthumes ! " [9] En tout cas, sachant qu'une philosophie populaire (qui serait pour le peuple et non pour un public) devrait s'appuyer sur un concept noble du peuple, [10] Nietzsche sait bien, en attendant, qu'il doit choisir ses lecteurs : "Quand on écrit c'est non seulement pour être compris, mais encore pour ne l'être pas."[11]

 

__________________________________________________________

[1]  Nietzsche, Dithyrambes de Dionysos, 1888,  Gloire et éternité, 2.

[2]  Nietzsche, Le Livre du philosophe, § 27.

[3]  Nietzsche, Le Livre du philosophe, § 23.

[4]  Nietzsche, Seconde considération intempestive, op.cit., p. 88.

[5]  Nietzsche, Seconde considération intempestive, op.cit., p. 129.

[6]  Nietzsche, Le Gai savoir, § 171.

[7]  Nietzsche, Le Gai savoir, § 149.

[8]  Nietzsche, Le Gai savoir, § 371.

[9]  Nietzsche, Le Gai savoir, § 365.

[10]  Nietzsche, Le Livre du philosophe, § 29.

[11]  Nietzsche, Le Gai savoir, § 381, p. 359.

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À propos

claude stéphane perrin

Claude Stéphane PERRIN. Professeur de philosophie à la retraite, j'écris et je lis en méditant sur le problème de la non-violence, notamment à partir d'une idée non indifférente et non nihiliste du neutre .
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